Petites questions à … Virginie Ropars

Immobiles, elles vous fixent de leur regard de verre. Créatures hybrides sorties des songes de Virginie Ropars, elles nous ensorcellent, nous fascinent, nous emportent dans une délicieuse rêverie où beauté et noirceur cohabitent … Les créations de Virginie sont intrigantes: elles nous plongent dans les recoins les plus sombres de la Féerie, elles nous hypnotisent par leurs détails et leur richesse. Observez à votre tour les splendides parures de ces demoiselles, mais chut … ne venez-vous pas d’en voir une bouger ?

-Ton univers s’est d’abord exprimé dans le dessin, comment es-tu passée du papier à la sculpture ?

Cela s’est fait par hasard, mais entre le papier et la sculpture il y a d’abord eu la modélisation 3D pour le jeu vidéo et la série 3D. J’avais déjà fait un peu de sculpture mais sans y trouver réellement de satisfaction. Le dessin, que j’ai aujourd’hui laissé de côté par manque de temps, constitue la base de ma formation et de mon intérêt artistique. Même si je travaille en volume, je me sens très proche dans la démarche du dessin et de l’illustration. Lorsque je travaillais sur ordinateur, mes loisirs étaient surtout centrés sur des choses non virtuelles; j’avais besoin d’avoir des matières bien réelles dans les mains. Je faisais des vêtements, des bijoux, des accessoires en cuir, de la broderie et du dessin.La sculpture est venue sur un coup de tête. Finalement la poupée s’est imposée comme le média idéal pour contenir tout ce que j’aimais faire, avec en plus la possibilité de la créer comme un dessin avec une composition, une dynamique, un univers coloré. C’est passionnant, car très complet et quasi sans limite.

- Tu as travaillé sur une poupée tirée d’une illustration de Jean-Sébastien Rossbach, une autre de tes création est tirée de l’illustration « Obéron » d’Olivier Ledroit, comment choisis-tu les illustrations dont tu vas t’inspirer pour tes personnages ?

En fait, ça n’est pas vraiment dans ce sens que cela se passe, c’est avant tout une rencontre avec un illustrateur et son univers. Je ne m’inspire pas spécifiquement d’illustrations pour mes autres boulots, là ce sont deux travaux très spéciaux c’est à mon sens plus proche de la collaboration. Obéron, j’avais envie de le faire depuis très longtemps, c’est une illustration d’Olivier qui date de 20 ans environ. J’adore le boulot et l’univers d’Olivier depuis ses travaux dans Casus Belli. Nous allions exposer ensemble au château de Comper en 2007. J’ai rencontré Daniel Maghen pour un projet sur lequel je devais collaborer avec Philippe Bouveret au printemps 2007 (finalement Philippe travaille seul dessus), j’ai donc demandé à Daniel si je pouvais contacter Olivier Ledroit pour voir avec lui s’il serait ok pour que je travaille sur son Obéron, je ne fais rien sans l’autorisation de l’auteur. J’ai contacté Olivier et il a été tout de suite enthousiaste, je lui ai envoyé des images en cours de production et nous nous sommes rencontrés à Comper pour les Rencontres de l’Imaginaire. Ma sculpture a été exposée auprès de l’original pendant tout le mois d’Août. J’ai rencontré Jean-Sébastien en 2006 et il m’a proposé très vite de faire quelque chose avec lui. C’est resté en suspens et comme nous avions l’opportunité de nous retrouver lors d’une expo il m’a proposé de travailler sur son Alligator-432. J’ai dit oui tout de suite forcément. J’aime beaucoup son travail et son univers, il a des influences artistiques très intéressantes. J’ai également travaillé sur une collaboration avec Barbara Canepa pour sa nouvelle BD à venir « END ». J’en ai beaucoup d’autres en prévision, mais il faut trouver le temps.

-Quel est le processus qui donne naissance à tes créations ?

C’est complexe et un peu long à expliquer mais disons que je commence une pièce lorsqu’elle est bien claire dans ma tête. Il faut que je sache où je vais sinon je vais droit dans le mur techniquement. Je commence toujours par la tête c’est ce qui me donne une sorte de fil d’expression à suivre pour toute la durée du travail. je fais de la sculpture directe, il n’y a pas de moulage dans mes créations, ce sont donc toutes des pièces uniques, qui ne seront jamais reproduites. Une fois la tête faite, je construis le corps, les mains, les pieds et tout le reste, vêtements, coiffures, etc… Bref, je fais tout de A à Z.

Concernant l’inspiration, je travaille par associations, de choses, d’idées, tout cela se mélange un peu, ça va dépendre de ce que je lis, de ce que j’ai sous les yeux à un moment donné. J’essaie de nourrir mon cerveau et mon imaginaire tous les jours pour créer de nouvelles images ensuite.

-Beaucoup de tes créations touchent aux aspects les plus sombres de la Féerie, pourquoi avoir fait ce choix artistique ?

Ce n’est pas un choix, je crois, ça a toujours été mon univers. Donc, je ne pouvais pas faire autre chose que de l’exprimer. Même si cette noirceur féerique constitue la majorité de mon travail, j’ai fait et je ferai encore des pièces beaucoup plus lumineuses. Mais c’est un fait que les choses sombres m’intéressent beaucoup plus. Enfin c’est souvent ambivalent, l’ambivalence des choses et des personnages c’est ça qui est intéressant dans la féerie, ce n’est jamais vraiment noir ni jamais vraiment lumineux ou bien intentionné comme on aimerait le croire. J’aime l’idée du beau fruit vénéneux et je serai je pense toujours plus proche de Lovecraft et d’Arthur Machen que d’Andersen ou de l’univers féerique de Cecily Mary Barker, même si j’apprécie aussi beaucoup cet univers et qu’il nourrit mon imagination.

A mon avis, ce qui est intéressant dans les contes de fées ce sont les zones d’ombres, cela rend la lumière plus brillante encore lorsqu’elle est présente.

-Tu as participé à l’exposition collective sur Merlin au château de Comper, peux-tu nous parler de ta vision de ce grand personnage ?

J’ai fait le choix d’un Merlin jeune, on le voit le plus souvent représenté comme un vieil homme, mais Merlin est un personnage multiple qui peut prendre toutes les formes. J’aimais bien la vision romantique d’un Merlin, sombre, solitaire, tiraillé entre plusieurs mondes et intérêts, un merlin introspectif, se sachant incapable de maîtriser totalement l’âme des hommes et leurs destins, un grand visionnaire qui se saurait tributaire des choix des hommes. J’aime beaucoup cette vision de Merlin comme une sorte de surdoué se sachant inapte et qui choisit de fuir et de se réfugier dans son amour pour Viviane. Finalement, il choisit ce qu’il y a de plus humain en lui: l’amour. C’est ultra-romantique non ?

-Ton site s’appelle « La Crapaudine », pourquoi avoir choisi ce nom ?

Je vais sans doute abandonner ce nom sur la nouvelle mouture de mon site. C’était surtout le nom de mon atelier à La Gacilly. Il est aujourd’hui fermé, j’ai installé mon atelier chez moi, c’est plus pratique et agréable. Ce qui m’intéresse dans ce nom, c’est qu’on peut le comprendre de différentes façons et que c’est assez étrange et imagé pour interpeller les gens qui n’ont pas d’idées sur sa signification. J’aime assez toutes les significations de la crapaudine, symboliquement ça peut être intéressant: la pièce qui placée au sol tient le gond d’une porte, un plante (l’épiaire), ou encore une grille qui empêche les déchets de rentrer dans les gouttières, etc… mais évidemment ce qui me plaît c’est « la crapaudine » en tant que pierre d’épreuve, elle était très recherchée à la Renaissance, elle se trouvait dans la tête des crapauds, disait-on, et était sensée protéger de la peste et détecter le poison. Il y a aussi une sorte de légende qui dit que cette pierre est un cadeau porte-bonheur que les fées peuvent vous faire en retour. Mais je préfère, de loin, la version précédente.

- Quel est le thème que tu aimes d’avantage traiter ?

C’est très variable, mais à mon avis je parle toujours un peu de la même chose de manière cyclique, la féminité et ce qu’elle peut avoir de fascinant et de dangereux. La femme comme créature, enracinée dans la boue de l’humanité tout en étant totalement magnifique dans sa forme. Mon boulot tourne beaucoup autour de ça, mais bien sûr les formes que cela peut prendre sont multiples, je m’en éloigne beaucoup parfois, tout comme je peux pencher plus d’un coté que de l’autre, c’est ambivalent comme je disais plus haut. L’ombre, la lumière et la féminité comme un vaisseau pour aller de l’un à l’autre.

-En matière de fées et de féerie, quelles sont les oeuvres ou artistes qui t’ont le plus marquée?

Sans réfléchir Dulac, Rackham, ce sont les deux qui me viennent instantanément à l’esprit. Sinon je peux te sortir une foule d’autres artistes qui me fascinent mais on risque de sortir assez vite de la féerie pour tomber dans le fantastique et le symbolisme. David Thiérrée, dans une réponse à une interview précédente t’a donné une bien belle liste je vais reprendre quelques noms je pense, qui me marquent vraiment beaucoup et influencent mon travail en permanence, mais honnêtement c’est souvent très loin de la féerie.

Jon Toorop, Alphons Mucha, Gustave Adolphe Mossa, Kay Nielsen, Félicien Rops, William Russel Flint, Jean Delville, Carlos Schwabe, Luc-Olivier Merson, Frantz Von Stuck…. etc

aujourd’hui …

James Jean, Olivier Ledroit, Vania Zouravliov, Brom, Andy Brase, Michael Hussar …etc

Je te passe la liste de sculpteurs, je suis surtout influencée par la sculpture du 19ème siècle et par les artistes travaillant pour le cinéma, comme Steve Wang, Brian Wade… ou encore les oeuvres de Yasushi Nirasawa …etc

-Quels sont tes projets ?

Plusieurs choses vont venir en 2010, des expos dans un premier temps. Olivier Ledroit m’a demandé de travailler sur une pièce tirée de sa bd Requiem pour une expo sur ce thème en Février à Paris. Ensuite le 11 avril j’ai le grand plaisir d’être l’invitée d’honneur de l’expo annuelle de l’institut des créateurs de poupées de Belgique et de Hollande (DABIDA). C’est vraiment un grand honneur pour moi, d’autant que l’année dernière les invités d’honneur étaient Brian et Wendy Froud. Ensuite, dès Juillet je participe à un gros projet d’expo entre l’Angleterre et la Bretagne, c’est très long à expliquer ici mais pour ceux qui veulent en savoir plus (et je vous le conseille vivement vu la liste des artistes qui exposent, Alan Lee, Brian et Wendy Froud, Linda Ravenscroft, Olivier Ledroit, Erlé Ferronnière, Aleksi Briclot, Jean-Sébastien Rossbach, Didier Graffet, Séverine Pineaux…etc) allez faire un tour ici http://www.facebook.com/group.php?v=info&gid=185658313810

c’est un groupe facebook, mais il est visible par tout le monde. Et surtout prévoyez quelques jours en Bretagne autour du 24/25 Juillet pour ne pas manquer l’expo et le week-end avec les artistes au château de Comper.

J’ai également une expo à Berlin en Juin.

Et Olivier Ledroit et moi travaillons depuis l’année dernière sur un livre, nous y mélangeons nos univers, les textes sont de Pat Mills, mais il va falloir être très patients, la sortie n’est pas pour tout de suite.

*****

Je remercie encore une fois Virginie d’avoir accepté de participer à cette rubrique. Poursuivez le voyage en visitant son site http://vropars.free.fr/ .

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À propos de Laure

Passionnée par la Faërie et les légendes. Adepte des littératures de l'imaginaire.

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3 réponses à Petites questions à … Virginie Ropars

  1. Aude

    Bonjour Laure ,

    je suis contente de voir que tu t’intéresses à l ‘art figuratif, j’avais déjà vu des posts sur Hannie Sarris, la dédicace de Virginie sur la page de mon bouquin ( j’étais en plein déménagement et n’ai pu venir au chateau cet été ), je suis surprise que tu poses la question de la Crapaudine , c’est expliqué sur l’article de Virginie, c ‘est une pierre dite d’épreuve , mais peut-être était-ce pour ton interview .
    Je suis surprise aussi que vous ne fassiez pas allusion à mon ouvrage qui réunit Wendy , Virginie, Hannie , ce livre pourtant je crois que tu l’as entre les mains . J’espère que tu l’as aimé en tous cas , de tout coeur .

    @ bientôt de nous connaitre si tu veux.

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