Petites questions à … Raphaël Grosjean

Je vous ai parlé il y a quelques semaines du guide du lutin voyageur sorti chez Au Bord des Continents le mois dernier (http://autrecotedumiroir.net/le-guide-du-lutin-voyageur). Raphaël Grosjean, auteur et illustrateur de ce petit chef d’oeuvre nous fait aujourd’hui découvrir l’envers du décor. Oui, vous saurez tout sur l’élaboration de ce guide, la forêt de Puc et la participation très remarquée de Monsieur Bichon !

-D’où vous est venu l’idée de créer ce guide ?

Je voulais vraiment faire un livre sur les lutins. J’ai longtemps cherché la forme que pourrait avoir ce projet, j’ai d’abord pensé faire une bande dessinée, mais l’idée de suivre un scénario linéaire avec les mêmes personnages du début à la fin m’enchantait peu, finalement. Le format livre illustré s’est donc imposé, tout naturellement, mais je ne souhaitais pas faire un simple bestiaire répertoriant de façon exhaustive les différentes catégories de lutins. Je laisse ça aux personnes plus sérieuses et mieux documentées que moi ! Prenant le parti de rire des travers du petit peuple je me suis dit qu’il serait idéal de les observer dans leur milieu naturel, d’où l’idée d’un voyage de lieux insolites en lieux insolites.

- La Forêt de Puc semble être un endroit enchanteur recelant mille merveilles, comment avez-vous sélectionné les endroits dont vous parleriez dans ce guide ?

Il y a deux façon d’élaborer une étape pour le guide. Pendant toute la création du livre j’ai tenu à jour une liste des différents endroits qui m’inspiraient particulièrement et que je voulais illustrer. Je notais donc tout ce qui me passait par la tête, en des termes souvent concis qui, pour moi, définissaient le mieux l’essence d’un lieu ou la particularité du lutin qui y vit. En reprenant ces idées, une à une, j’ai tenté d’en faire des images. Ainsi,  “Château démoli par des lutins consciencieux” est devenu l’étape du Château de Jean sans Barbe alors que “Lutin manœuvrant un ascenseur le long d’une falaise” est tombé dans les oubliettes du projet ; je le regrette d’ailleurs… je la garde pour plus tard cette idée.
À l’inverse, parfois, c’est le dessin qui a fait naître l’idée. J’avais fait, par exemple, le dessin d’une petite habitation lutin dont la façade était constituée d’un morceau de tonneau. C’est en cherchant à l’intégrer au projet que j’ai inventé le Spleen Casimir, l’endroit le plus chic de la forêt de Puc.

-Si l’on ne devait visiter qu’un seul endroit de la  La Forêt de Puc , quel serait-il ?

Pour moi, sans hésiter, il faut voir la Grande Muraille de Lodéon. Ce muret qui traverse la forêt de Puc, d’Ouest en Est, existe en vrai. Je suis tombé dessus lors d’une promenade en forêt près de Dijon. C’est pour moi la manifestation absurde d’un sens aigu de la propriété.

-Au contraire, s’ il y en avait un où on ne devrait absolument pas mettre les pieds ?

Hmm, voyons… je pense qu’un séjour à Grütenberg Von Schnack (une auberge tenue par une bande de lutins irascibles) n’a rien d’une partie de plaisir.

-A vous lire, le choix de l’illustrateur s’est révélé être la partie la plus délicate dans la réalisation du guide du lutin voyageur, quelles sont les raisons qui ont arrêté votre choix sur Monsieur Bichon ?

Parce que les bons illustrateurs n’étaient pas disponible à ce moment là !
Blagues à part, lorsque j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’avais prévu de me mettre dans la peau d’un lutin voyageant seul et assurant aussi bien la partie texte que la partie illustration. Puis l’idée de confier ces tâches à deux personnages distincts m’a semblé amusante surtout si celui qui tient la plume utilise l’espace dont il dispose pour critiquer l’illustrateur et son travail. À travers ce jeu, je me livre certes à une petite auto-critique de mon propre travail, mais cela a surtout pour but de créer un peu de compassion, donc un lien affectif, avec M. Bichon. Et ça marche ! La plupart des commentaires que je reçois m’intiment l’ordre de laisser M. Bichon tranquille, ah ah !

-Raphaël, vous avez écrit être « aujourd’hui, LE plus grand spécialiste en matière de lutin » , comment avez-vous accumulé tout ce savoir sur le Petit Peuple ?

Oh, mon extraordinaire compétence en matière de lutin est la somme de toutes mes lectures sur le sujet, de mes propres observations et de mes discussions au coin du feu avec d’autres spécialistes du genre.
Plus sérieusement, pour moi, on n’est pas un spécialiste en matière de lutin lorsqu’on remplit des pages pour savoir qui, du Cluricaun ou du Leprechaun, a le plus gros chapeau. Il faut passer tout ça à la moulinette de son imagination et prendre le risque de traiter le sujet avec un peu d’impertinence et de légèreté. N’en déplaise aux puristes fantasques, je préfère mille fois la féerie pleine d’invention et d’absurdité de Terry Jones (La bible des Gnomes et Farfadets) à celle de… nan… je ne citerai pas de nom.

-La sortie du livre a donné naissance au blog du lutin, est-ce une une envie de prolonger l’aventure sur le net ?

Absolument ! J’ai de nombreux dessins qui n’ont pas été intégrés dans la maquette finale et que je désirerais montrer. Cela permettra de faire vivre, encore un temps, la forêt de Puc et ses habitants en attendant, qui sait, un nouveau livre sur cette région. Et puis ce blog c’est aussi l’endroit idéal pour recueillir les réactions des lecteurs et répondre à leurs questions. Ça sera aussi, pour moi, un lieu pour parler de tout ce qui m’intéresse, pas seulement de féerie, mais des autres thèmes d’illustrations qui me sont chers, de technique d’illustration, de musique – très présente dans mon quotidien, elle est intimement lié à mon processus de création.

-En matière de fées et de féerie, quelles sont les œuvres ou artistes qui vous ont le plus marqué?

Enfant, entre 8 et 10 ans, j’ai découvert le livre Les Gnomes de Rien Poortvliet et Wil Huygen ! Cet ouvrage à profondément marqué mon imaginaire. Aujourd’hui d’ailleurs, il traîne toujours sur mon bureau à dessin. Il y a eu aussi Les Fées de Brian Froud et Alan Lee, que je trouve toujours très beau ; je dois néanmoins avouer que j’ai toujours fait l’impasse sur la plus grande partie des textes de ce livre. Bien plus tard,Halloween de Jean-Baptiste Monge et Erlé Ferronnière est venu faire revivre ce monde de lutin et de sorcière à une époque où je baignais dans l’imaginaire pirate.

-Quelle est votre créature féerique préférée ?

Le Lutin, c’est sûr ! Je n’ai que peu d’intérêt pour les fées exhibitionnistes et les dragons maléfiques.

-Quels sont vos projets ?

Hé bien, à très court terme je pense sortir pour acheter du café car j’en consomme énormément. À moyen terme, j’aimerais profiter de l’été en allant régulièrement à la piscine et enfin, à plus long terme – ce qui vous intéresse le plus – j’aimerais faire de nouveaux guides du lutin (qui ne fait pas que voyager…), des couvertures de romans, des livres de contes pour les plus jeunes, enfin bref ! je vous tiendrai au courant.

*****

Je remercie encore une fois Raphaël d’avoir pris le temps de répondre à mes petites questions . Pour continuer la découverte et suivre son actualité, rendez – vous sur le blog du lutin http://www.blogdulutin.com/ .

© Toutes les images Copyright Raphaël Grosjean

À propos de Laure

Etudiante en métiers du Livre à la recherche d'un poste en bibliothèque à partir de septembre 2012. Amoureuse des beaux livres et des belles images. Adepte des littératures de l'imaginaire et de la littérature jeunesse.Signe particulier ? Possède un chat garou et est secrètement amoureuse du Docteur et de Neil Gaiman.

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