Dames de lune, Fées des brumes

Créature mythologique ou simple humaine, fée amoureuse ou femme vengeresse: les huit nouvelles contenues dans l’anthologie Dames de lune, Fées des brumes nous mènent à la rencontre d’épouse, d’amante, de mère, de fille … toutes liées par la magie, noire ou blanche.

Inspirées des illustrations de Cécile Guillot, les huit nouvelles sont assez sombres: destins tragiques, malédictions ou tromperies … la grande faucheuse est l’invitée de marque de cette anthologie. Toutefois, ne vous alarmez pas, car amour et amitié apportent une note d’espoir dans cette obscurité.

Stéphane Soutoul, seul représentant de la gente masculine du groupe, conte « l’étrange histoire du luthier amoureux », l’histoire d’un homme secrètement amoureux d’une femme inaccessible prêt à sacrifier sa vie pour que celle-ci trouve le bonheur. Toujours aussi agréable, l’écriture de Stéphane nous amène du côté de Kalistran, havre de paix où la musique est honorée.

Avec « Ralvn », Vanessa Terral nous offre une plongée dans la mythologie scandinave et les Divinités romaines. Ralvn, c’est le prénom d’une jeune femme multi-centenaire, fille de déesse, magicienne et guerrière qui se voit confier la garde d’un mausolée. Cette nouvelle alterne passé et présent de l’héroïne et plonge le lecteur dans une ambiance bit-lit auréolée de références mythologiques.

« La légende du dragon d’ambre » de Céline Guillaume nous transporte en l’an de grâce 1123 au château de Bourguaneuf, en terre morvandelle. Ici, un terrible dragon sème mort et destruction sur toute la contrée, propageant la terreur chez les habitants. Tous les courageux qui se sont opposés à lui y ont laissés la vie. Le dernier espoir du seigneur est la jeune magicienne Tendrelune. L’écriture poétique de Céline baigne le lecteur dans une ambiance moyenâgeuse où monstres et magie se côtoient.

Légendes bretonnes et surnaturel se retrouvent dans « Mademoiselle Hilda » de Malaïka Macumi, nouvelle où un médecin va vivre une étrange expérience au chevet de sa malade. Malaïka a une écriture simple, délicate et prenante: elle crée en quelques mots une ambiance malsaine où maladie, secret et fantasmagorie planent.

Avec « la maison de la sorcière », Aline Finley pénètre dans la vie antérieure d’une jeune femme: amie des fées et des créatures de la forêt, celle-ci a été injustement condamnée pour sorcellerie et brûlée sur le bûcher dans son ancienne vie. Avec son écriture, Aline transmet parfaitement les sentiments et l’incompréhension de la jeune héroïne.

L’un de mes chouchous est « Vanité ou destinée ? » d’Ambre Dubois. La jeune auteur nous offre un allé simple pour les terres Unseelie, où Christina, la jeune héroïne, va découvrir à ses dépends que les fées existent vraiment et qu’elles sont loin d’être les créatures mignonnettes des contes. Ambre Dubois signe une nouvelle proche de la Féerie anglo-saxonne et des légendes celtiques. C’est très bien écrit et on s’immerge avec délice dans cette ambiance claire-obscure.

Autre chouchou de l’anthologie : « La toile de Liadan » de Lia Vilorë. Nombreuses références aux légendes celtiques et aux récits moyenâgeux dans cette nouvelle où demoiselles, chevaliers et amour courtois sont au programme. Là encore, un très beau texte où un chevalier se prend d’amour pour une Fée solitaire.

Enfin, cet anthologie se conclut par « Dame Astraea » d’Angelique Ferreira, une nouvelle aux échos de la « Petite Sirène » d’Andersen; une histoire émouvante où une fée est prête à tous les sacrifices pour sauver son prince des griffes d’une sorcière.

Dames de lune, Fées des brumes est une anthologie qui brille par la diversité de ses textes. Elle mixte parfaitement les textes d’auteurs plus ou moins connus, permettant de retrouver avec plaisir les uns et de découvrir avec curiosité les autres. Déjà conquise par la thématique avant d’entamer la lecture, j’ai été charmée par les différentes ambiances et histoires.

Dames de lune Fées des brumes, anthologie dirigée et illustrée par Cécile Guillot, éditions du Chat Noir, 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions du Chat Noir.

Comment sauver un vampire amoureux, tome 2

Nous avions laissé Jessica et Lucius heureux et mariés à la fin de Comment se débarrasser d’un vampire. Comment sauver un vampire amoureux débute quelques mois plus tard. Jessica doit s’imposer comme héritière du trône aux côtés de Lucius et apprendre à être reine. Malheureusement, cette tâche s’avère plus difficile que prévue : elle ne parle pas le roumain, elle ignore tout des us et coutumes de la cour vampire et est terrifiée par sa belle-famille. Les choses s’aggravent lorsque Lucius est accusé de meurtre et emprisonné.

L’originalité et l’humour du premier tome m’avaient touchée et je l’avais dévoré en quelques heures. Bien que cette suite se révèle assez prévisible, elle reste toujours aussi agréable à lire. Les vampires de Beth Fantaskey peuvent se montrer sombres, dangereux. Loin de l’attitude un peu frivole que l’on retrouvait par moment dans le premier tome, l’ambiance de Comment sauver un vampire amoureux est noire, sérieuse. Les côtés les plus dangereux et ténébreux de nos vampires sont révélés.

J’ai trouvé que les deux tomes s’enchaînaient parfaitement. L’histoire du « happy couple » reprend là où elle s’était arrêtée. Aux côtés de Jessica, nous découvrons la cour vampirique, comment elle fonctionne. La jeune femme est mise en lumière durant tout le tome, la vraie star, c’est elle. Avec Lucius de côté, elle révèle sa force de caractère, sa volonté. Elle n’hésite pas à prendre des décisions difficiles afin d’affirmer son autorité, malgré son évident manque de confiance en elle et sa fragilité au début du roman.

Un second tome assez réussi, même si j’ai préféré la fraîcheur et la découverte du premier tome des aventures de Jessica et Lucius. Toutefois, cette suite tient ses promesses et j’ai retrouvé avec un réel plaisir les personnages imaginés par Beth Fantaskey.

Comment sauver un vampire amoureux, Beth Fantaskey, éditions du Masque (Msk), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

La trilogie des Illumières, tome 1 : l’Eternéant

[l'Eternéant] : n.m. Monde situé entre la vie et la mort où se perdent les enfants sur la route de l’au-delà.

Après un accident de voiture auquel ils n’ont pas survécu, Nick et Allie se retrouvent coincés dans l’Eternéant, monde invisible situé à mi-chemin entre la vie et la mort. Cet univers, merveilleux et dangereux à la fois, suit ses propres règles : si les enfants ne prennent pas garde, ils finissent avalés par la terre, s’enfonçant sans fin dans ses entrailles jusqu’à attendre son coeur, où ils restent piégés jusqu’à la fin des temps. Dans l’Eternéant, les enfants sont condamnés à garder la même apparence pendant des siècles, mais s’ils n’y prennent pas garde, ils oublient tout de la vie qu’ils ont perdu, à commencer par leur nom.

La reine autoproclamée de ce royaume, Marie Tourcéleste, est l’une des rares adolescentes de l’Eternéant. Étrangement, les enfants sont les seuls à se perdre sur le chemin de l’Au-delà et Marie s’est donnée comme mission de veiller sur eux, leur trouvant un foyer dans l’un des rares immeubles ayant passé dans les limbes, les Twin Towers. Nick et Allie n’ont aucune envie de rester coincés dans cet entre-deux, et encore moins de rester dans le petit monde parfait qu’à créé Marie. Allie n’a qu’une idée en tête, retourner chez elle et retrouver sa famille, même s’il y a de très grandes chances pour qu’ils ne la voient pas. En effet, les créatures coincées dans ce monde deviennent des fantômes: les vivants ne peuvent ni les voir, ni les entendre et ils ne peuvent pas interagir avec le monde des vivants.

De Neal Shusterman, j’avais déjà lu les fragmentés, roman qui m’avait vraiment bouleversée. Avec l’Eternéant, premier tome de la trilogie des illumières, il plonge le lecteur dans une ambiance étrange aux relents de sa Majesté des Mouches et de Peter Pan. Ici, les enfants perdus, abandonnés, se regroupent et s’organisent en société. Certains choisissent de vivre autour de Marie, d’autres choisissent de semer la violence et la peur en jouant les gros durs. Pourtant il y a quelque chose que tous craignent: les monstres. Car en ce monde,  les légendes urbaines prennent vie et un nom fait trembler tous les enfants: le Mc Gill.

L’éternéant, Neal Shusterman, éditions du Masque (MsK), à paraître le 4 janvier 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

Paradise

Une seconde d’inattention, une erreur, deux vies brisées. Condamné à un an de prison pour avoir renversé Maggie alors qu’il conduisait en état d’ivresse, Caleb rentre dans sa ville natale après avoir purgé sa peine. Maggie, quant-à elle, sort tout juste de l’hôpital après une longue rééducation. Les deux adolescents vont devoir réapprendre le train train quotidien, reprendre la route des cours et se réapproprier des gestes cent fois répétés.

Simone Elkeles signe avec Paradise l’histoire touchante de deux adolescents: deux points de vue alternés, celui de Maggie et celui de Caleb. L’un vient de passer un an en prison et vient d’être libéré de manière anticipée pour bonne conduite. L’autre a vu ses espoirs brisés par l’accident : sportive de haut niveau, elle doit maintenant réapprendre à marcher et enchaîne les opérations et les séances de rééducation. J’ai trouvé l’utilisation des points de vus alterné très intelligent: l’auteur partage ainsi les deux versions de l’histoire, de l’accident. A aucun moment elle ne juge, ni tente d’influencer le lecteur. Toutefois, cela reste de la fiction et on n’échappe pas à certains stéréotypes du côté des personnages secondaires.

Ce roman aborde des thématiques assez variées: sujets bateaux récurrents comme l’amour ou l’amitié, mais également sujets plus rares et difficiles à traiter comme l’abus d’alcool chez certains jeunes, la prison, la difficulté de se reconstruire, le handicap, le regard des autres et les réactions de la famille et des amis.

Ces deux gamins que tout opposent partagent finalement les mêmes peurs, les mêmes angoisses: celle de se croiser, celle de retourner en cours, celle du regard des autres. Tous deux ont peur d’avoir perdu l’amour de leurs proches. Toutefois, tous deux montrent un grand courage dans les épreuves qu’ils traversent, une force de caractère qui va les rapprocher.

Brisée psychologiquement et physiquement par l’accident, Maggie est étouffée par l’amour de sa mère, mais souffre cruellement du manque de présence de son père: celui-ci a en effet quitté le cocon familial et a fondé une autre famille. L’adolescente se sent responsable de ce départ, et le sport de haut niveau semblait être, à ses yeux, la seule chose capable d’attirer l’attention paternelle. Fragile et forte à la fois, elle n’a qu’un rêve, quitter la petite ville de Paradise pour aller étudier en Espagne. Mais, là encore, le destin lui joue des tours.

A sa sortie de prison, Caleb est touché par la superficialité de sa famille: ceux-ci ont changé et ne sont plus que les fantômes d’eux même. Sa soeur est devenue anorexique, sa mère prend pilule sur pilule pour garder le contrôle de sa vie et son père préfère ignorer la déchéance familiale. L’adolescent est dégoûté par les non-dits, par les faux-semblants. Il ne peut parler à personne de la prison, de son vécu pendant l’année écoulée.

Bizarrement, c’est une vieille dame excentrique qui va rapprocher ces deux âmes blessées, Mrs Reynolds. Celle-ci va être leur employeur durant quelques mois, et va effacer les rancunes et les peurs de chacun. Avec son côté gentille « Tatie Danielle », elle va donner une leçon de vie à nos deux jeunes héros et leur faire découvrir que les apparences sont parfois trompeuses.

Paradise se lit vite, très vite. Simone Elkeles, auteure reconnue de « teen romance » aux Etats-Unis, écrit plutôt bien. Pas beaucoup de descriptions, beaucoup de dialogues: elle met avant tout en relief les sentiments, les émotions, les pensées de ses personnages. Paradise est un double monologue sympathique qui devrait toucher le coeur de beaucoup d’adolescents.

Paradise, Simone Elkeles, éditions La Martinière Jeunesse (Fiction), à paraître le 12 janvier 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions La Martinière Jeunesse.

L’herbier des fées

Aleksandr Bogdanovitch, imminent botaniste russe du siècle dernier parcourt le monde à la recherche de l’élixir d’immortalité pour le compte du Cabinet des sciences occultes de Raspoutine. Ses recherches le conduisent en Bretagne sur les terres de Merlin: dans la forêt légendaire de Brocéliande, le scientifique va faire une extraordinaire découverte qui va changer à jamais son existence.

Au texte: Sébastien Perez. Aux illustrations: Benjamin Lacombe. Voilà, tout est dit, je peux limite arrêter ma chronique ici. En effet, les deux compères réunis ont tendance à signer de véritables petits trésors (et ça marche aussi quand ils le font séparément !): Destins de chiens, la Funeste nuit d’ErnestGénéalogie d’une Sorcière ou Rossignol (que je n’ai pas encore chroniqué, mais ça ne serait tarder), c’est eux !

Avec l’herbier des fées, Sébastien et Benjamin touchent à la magie, chose qu’ils avaient déjà fait avec la petite sorcière et le grimoire de sorcière. Mais ici, et c’est une première, le sulfureux duo prend le chemin de Faërie et mène le lecteur à la rencontre de volubiles créatures ayant élu domicile dans les frondaisons bretonnes.

Alternant journal de bord, herbier, planches d’anatomie, échanges de lettres et photographies, l’herbier des fées nous fait partager les découvertes d’Aleksandr Bogdanovitch, homme obnubilé par ses recherches scientifiques qui va peu à peu ouvrir son esprit au monde invisible qui l’entoure et aux êtres féeriques qui le peuplent. Les fées sont végétales, aériennes, immanquablement liées à la plante qui les a vu naître. Elles se cachent aux yeux des humains, elles se cachent aux yeux du lecteur: il faut en effet souvent soulever une feuille ciselée ou un transparent pour pouvoir les admirer.

Avec l’herbier des fées, Sébastien Perez et Benjamin Lacombe signe un magnifique ouvrage qui devrait enchanter les plus petits comme les plus grands. J’ai trouvé leur vision des fées vraiment originale et poétique. Certains y verront un homme rongé par la solitude qui sombre lentement mais sûrement dans la folie et les hallucinations … je préfère pour ma part croire en une extraordinaire rencontre et un happy-end féerique. Ce livre est à la fois un herbier, un conte, une aventure extraordinaire. C’est un très beau livre-objet que l’on prend plaisir à admirer sous toutes les coutures.

Le site du livre : herbierdesfees.com

L’herbier des fées, Benjamin Lacombe, Sébastien Perez, éditions Albin Michel, 2011

© Toutes les images Copyright Benjamin Lacombe/ Sébastien Perez/ éditions Albin Michel