De l'autre coté du miroir

J'aime prendre un beau livre, le regarder sous tous les angles, m'attarder sur les illustrations et le texte. Ce profond intérêt a donné lieu à une collection, puis plus tard à ce blog.

De l'autre côté du miroir

est un lieu où je partage mes découvertes, où je parle de mes coups de coeur, où j'interviewe des artistes et des auteurs dont j'aime les créations.

Au détour des pages, vous découvrirez des beaux-livres, des romans, des bandes dessinées, le tout portant sur des univers que je chéris : la féerie, la fantasy, le merveilleux et la littérature jeunesse.

Enchantement

Le petit Ivan a dix ans lorsqu’il croise le chemin d’une jeune femme endormie au coeur de la forêt ukrainienne. Pris de peur par une présence inconnue gardienne de la Belle endormie, il court, fuit pour rejoindre ses parents et leur protection. Des années plus tard, l’image de la jeune femme le hante encore, qui est-elle et que fait-elle là, seule, au milieu de ce lieu désertique ? Lors d’un voyage dans son pays natal, Ivan, devenu jeune homme, pousse jusqu’à ce coin de forêt. Là, il affronte le terrible gardien, au prix de mille efforts avant d’embrasser la jeune femme, sans savoir que ce geste va le plonger à travers le temps et l’histoire, un voyage qui va le mener tout droit au IXème siècle, une époque où la magie existait encore .

Je dirais juste waouh, c’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit une fois la lecture de ce livre terminée. Enchantement est une plongée dans les origines historique d’un conte connu de tous, celui de la Belle au bois dormant, tout conte a une origine avant d’être remanié à mainte reprises, celui-ci trouve sa source dans un petit village ukrainien au IX ème siècle. Evidemment, Ivan n’a point idée des conséquences que va avoir son baiser, qui en plus de la réveiller l’emmène tout droit dans cette époque lointaine.

L’univers d’  Orson Scott Card foisonne d’ une quantité de thèmes, tous aussi fouillés les uns que les autres : le folklore russe et juif, la difficulté de connaître son identité et la différence ( Ivan est un juif né en Russie immigré aux Etats-Unis, son coeur oscille entre ces différentes cultures, et on ressent également sa difficulté de s’intégrer dans ces différents lieux), ce qui conduit le lecteur vers le clash des cultures, le thème récurant à travers cette histoire. Ce thème débute dés le début du roman où Ivan se sent différent, car il n’a pas le même bagage familial que ses petits camarades, puis la vie aux Etats-Unis, où sa mère refuse d’apprendre à parler anglais et à s’intégrer, puis la difficulté du jeune homme à se faire à l’époque de Katerina, la princesse sortie d’un sommeil de mille ans, et finalement la même difficulté pour Katerina à se faire à notre époque.

Le voyage à travers le temps est source de quiproquos et de découvertes pour les deux jeunes héros dûs au choc des époques. Ivan se fait de suite méprisé par la jeune femme, car il n’a absolument rien du sauveur qu’elle s’était imaginée. En effet, il n’a rien des hommes musclés du IXème siècle et se montre incapable de soulever une épée. De même, quelque chose d’aussi insignifiant que les vêtements peuvent se montrer source de drame culturel : Ivan, nu, demande à la jeune femme de lui donner son châle pour ne pas être gêné par sa nudité, sans savoir qu’à cette époque voir des hommes porter des vêtements féminins est le comble de la déchéance. Il doit tout apprendre de ce monde inconnu, faire attention à ses paroles, à ses gestes, qui peuvent être mal interprétés. Alors évidemment ce nouveau venu gène, est regardé de travers par le père de la jeune fille, qui n’a qu’une idée, se débarrasser au plus vite de ce gendre indésirable. Nous sommes très loin de l’image du Prince Charmant et du célèbre « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », la fiancée n’a qu’une envie, trouver un moyen d’envoyer balader son sauveur et le pseudo Prince Grand Sauveteur de la Princesse endormie ne veut qu’une chose, lui, se faire la malle et rentrer à son époque. J’ai trouvé que l’auteur retranscrivait très bien les différents sentiments, impressions des personnages. On sent réellement leur peur, leur surprise, leur désorientation face à ces mondes inconnus et aux particularités des époques.

Toutefois, il faut garder à l’esprit, qu’ Enchantement est avant tout une merveilleuse histoire inspirée de la Belle au Bois Dormant où la méchante sorcière n’est autre que la terrible Baba Yaga. On y découvre les origines de cette prêtresse du mal, notamment celle de sa maison si connue, ayant la particularité de se déplacer sur deux pattes de poule.

J’ai trouvé cette réinterprétation extraordinaire, d’une très grande richesse. Je me suis plongée avec délice dans cette histoire d’amour intemporel sur fond de voyage dans le temps et de magie. Ce roman est vraiment très prenant, vraiment une agréable découverte !

Enchantement, Orson Scott Card, éditions Points, 2009
Note: Et même que la couverture elle est super jolie elle briiiiiiiiilllllle et y a des petits coeurs partout ^^.

Cette lecture a été réalisée dans le cadre d’une lecture commune avec certains membres de Livraddict pour le Book Club du mercredi 7 juillet 2010.

Neverwhere

Richard mène une vie tout à fait ordinaire: une petite amie, un boulot, un appart, le train-train quotidien quoi. Un soir, en se rendant à une soirée avec Jessica, il voit une jeune fille blessée gisant sur le trottoir. N’écoutant que son bon coeur, il la ramène chez lui sans savoir que ce geste va être le début de la fin… sa fiancé le quitte, on ne le reconnaît plus nul part, il a tout simplement été rayé de la carte ! Alors évidemment Richard cherche à comprendre. Il part donc à la recherche de la source de tous ses ennuis, Porte, la jeune fille qu’il a aidé. Mais ça, c’est sans savoir qu’il va pénétrer dans un monde n’ayant rien en commun avec son quotidien, un Londres secret, une ville souterraine située sous la capitale anglaise, un univers invisible aux yeux des mortels qui se révèle aussi dangereux qu’attirant.

Chers visiteurs, voilà un livre qui confirme mon engouement et ma fanatitude envers la plume de monsieur Gaiman. Décidément, il sait trouver le mot, l’expression, la phrase juste pour nous plonger de suite dans son univers, dans une atmosphère étrange et terriblement prenante d’où on ne souhaite sortir sous aucun prétexte.

Ce Londres souterrain est un endroit dangereux, féodal, peuplé de créatures étranges et souvent malveillantes. Les différents peuples y habitant sont regroupés en baronnies, toutes ces différentes races formant un joli méli-mélo les jours de marché où on peut s’y procurer tout et n’importe quoi.

J’ai trouvé les personnages terriblement attachants. Richard, tout d’abord, ce gars complètement paumé au milieu de ce monde qu’il ne comprend pas, si différent du notre, où la magie plane, invisible, omniprésente. Il décide d’accompagner Porte pour retrouver sa vie et les choses rationnelles, même s’il doit affronter moult dangers qu’ il ne saisit pas toujours. Il se montre courageux, même si la peur est constante, sentiment qu’il partage avec Dame Porte, la jeune femme qu’il a sauvé. Aussi paumée et terrifiée que son voisin du Londres d’ en haut, la jeune fille vient de perdre sa famille dans des circonstances tragiques. Comme les autres membres de sa famille, Porte a le pouvoir d’ouvrir des passages, d’en créer même lorsque ceux-ci sont apparemment inexistants. D’abord fragile, elle montre très vite une grande force de caractère et se montre désolée d’avoir entraîné Richard dans son monde.

Les personnages secondaires sont également très recherchés et approfondis. J’ai particulièrement aimé le personnage du Marquis de Carabas, être ambigu oscillant entre l’ombre et la lumière, grand manipulateur dont on ne sait jamais s’il agit de façon pernicieuse ou amicale. Et que dire de Messieurs Croup et Vandemar, tueurs sadiques dont les répliques sont terriblement grinçantes ?

Gaiman joue sans cesse avec le lecteur, le semant dans les méandres de ce Londres inconnu, et pourtant terriblement familier. Ainsi les héros traversent-ils des lieux connus de tous, des stations de métros existant réellement. Il manipule la réalité, y mêlant ses éléments fictionnels et trouvant des significations aux noms de ces dites-stations. Le ton du livre est souvent très drôle, les répliques de Richard sont souvent cocasses, en harmonie avec les découvertes qu’il fait dans ce monde du dessous où toutes les créatures qu’il prenait jusqu’ici comme chimères tirées de contes de fées existent vraiment.
Neverwhere, c’est une sucrerie à savourer sans retenu, une invitation au voyage, une écriture magique,poétique et terriblement imagée, un univers à découvrir les yeux grands ouverts, bref c’est LE livre à lire !!!!

Avant de lire le livre, j’avais déjà les images de la série en tête. Car oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Neverwhere est avant tout une série télévisée en six épisodes écrite par Gaiman, qui l’a ensuite adapté en roman. L’atmosphère y est aussi prenante, même si l’aspect a un peu vieilli (La série datant du milieu des années 90). Le générique est terriblement flippant je trouve, on se retrouve propulsé dans un monde tout aussi inconnu que Richard Mayhew, porté par une musique redondante et hypnotique. Toutefois, cette série est beaucoup moins complète, moins imagée que le livre. C’est la même chose, mais avec la magie des mots de Gaiman en moins … ce qui fait une sacrée différence finalement !

Neverwhere, Neil Gaiman, éditions J’ai lu, 2001 (épuisé)
Note : Ce livre a été récemment réédité par les éditions Au Diable Vauvert (et même que les deux couvertures sont très jolies ^^)

Cette lecture a été réalisée dans le cadre d’une lecture commune avec Lexounet, Frankie, Miss Spooky Muffin, Lelf, allons voir ce qu’ils en ont pensé …

Daisies : Affogato all’Amarena

Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis vraiment très fan de la collection Métamorphose de chez Soleil. Chaque livre de cette collection (Billy Brouillard le don de trouble vueBilly Brouillard les comptines malfaisantes, Coeur de papierEco, les contes macabres) nous invite à un voyage onirique sans précédent, à une plongée dans un univers étrange et attirant, à la beauté époustouflante.

Daisies : Affogato all’ Amarena, c’est le petit dernier de cette collection, un artbook qui nous plonge au coeur des oeuvres de Claire Wendling. Le livre en lui-même est magnifique, rien que la couverture vaut le coup d’oeil : acrobate et lettrine nous invitent à pénétrer dans l’arène, j’aime énormément les arabesques en bas-relief et l’aspect brillant du dos où une petite souris gourmande, grande gardienne du livre,surveille le lecteur.

L’intérieur est aussi beau: des croquis préparatoires pour des affiches de festivals charentais se succèdent. Chaque image est une pure merveille recelant moult détails: lapins volants, petites filles rêveuses, renards et chatons se tiennent compagnie dans la première partie du livre, puis une poignée d’acrobates prennent la relève, dompteuses de créatures félines et de rats musiciens. La musique, toujours la musique dans la troisième partie du livre, où les notes s’envolent en compagnie de créatures féeriques adeptes d’orchestre et de fanfare. Nous restons en Féerie dans la partie suivante où créatures aquatiques et aériennes se mêlent en un harmonieux ballet  musical sans fausse note. On y croise sirènes cousines de grenouilles, lutins amis des fleurs et des animaux. C’est dans une ambiance festive et musicale que le voyage touche à sa fin, clowns et acrobates montent sur scène pour nous présenter leur numéro.

La musique, le spectacle, la féerie et l’harmonie donnent le ton de Daisies. Les croquis prennent vie sous nos yeux, on s’émerveille, on s’arrête sur un trait, une expression, c’est vraiment très beau !

Daisies : Affogato all’Amarena, Claire Wendling, préfacé par Ashley Wood, éditions Soleil Productions, collection Métamorphose, 2010

Toutes les images ©Copyright Claire Wendling /éditions Soleil Productions

Le Chat qui avait peur des Ombres

Il était une fois une petite matoune toute blanche pas très courageuse qui avait une peur bleue des ombres. Cette demoiselle féline vivait avec sa maîtresse dans une petite maison près d’un parc. Comme tous les chats, la petite Lilith est très intéressée par ce qui vole, virevolte, bouge, c’est si intéressant à poursuivre et à attraper ! Mais voilà, toute prise par son jeu si amusant, la petite chatte couleur de neige ne fait pas attention à la fenêtre ouverte et la voilà dans le parc. Au départ, elle ne s’en fait pas trop, c’est si plaisant de découvrir un nouveau territoire, de courir dans la poudreuse et de jouer avec les flocons. Mais voilà que la nuit tombe, et avec elle arrivent les ombres et les bruits inconnus. Terrifiée, Lilith va pourtant découvrir au coeur de l’obscurité des alliés inattendus qui l’aideront à retrouver le chemin de sa maison.

Rozenn signe ici une très jolie histoire emplie de poésie, celle d’un petit mistigri qui apprend à surmonter ses plus grandes angoisses pour retrouver les bras de sa maîtresse. C’est le premier livre édité de la demoiselle, mais j’ai vraiment trouvé que ce conte était bien écrit et les mots bien choisis et c’est avec plaisir que j’ai plongé dans son univers habité par une pointe de féerie, un soupçon de poésie et beaucoup, beaucoup de douceur et de neige . Nous partageons les angoisses de la petites chatte blanche à travers son long périple en terrain inconnu et l’inquiétude de sa petite maîtresse de la voir disparaître dans ce monde extérieur obscur et mystérieux.

C’est môsieur Collette qui s’est chargé de mettre en images les jolis mots de Dame Rozenn. Alors Xavier Collette, on ne le présente plus hein ? Après Seigneur Puma (également sorti chez Mic-Mac) et Alice, c’est la troisième parution du monsieur et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup ! -Si vous lisez le blog, vous savez déjà qu’il y aura bientôt des tic-tac au programme avec Rozenn – Ses illustrations ont toujours une douceur onirique alternant ombre et lumière, tons sombres et lumineux. On s’extase, on écarquille les yeux, c’est beau, très beau même, voilà c’est dit !

Le Chat qui avait peur des Ombres est un merveilleux livre à mettre entre toutes les mains mené par un talentueux duo, qui je pense, n’a pas fini de nous faire rêver !

Le chat qui avait peur des ombres, Rozenn, Xavier Collette, éditions Mic-Mac, 2010

Toutes les images ©Copyright Rozenn/Xavier Collette / Editions Mic-Mac

A paraître :le Chant des brumes-Laurent Miny,Christelle Grandjean,Ozégan,Yoann Lossel

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Cela fait pratiquement un an que j’ai vu passer sur le blog de Laurent Miny les premières images de ce beau livre édité par les éditions Soleil . Enfin il est là, il arrive, il sera dés le 21 juillet dans les bacs.

Le synopsis ?  ENTRE RÊVE ET RÉALITÉ, UN VOYAGE POÉTIQUE DANS LE MONDE DES BRUMES… Djani est à un moment crucial de son existence. Alors qu’il revient d’une expédition botanique en forêt équatoriale, il apprend la mort soudaine de son père. Effondré par la nouvelle, il est amené à se replonger dans son passé douloureux. Après une nuit blanche de souvenirs et une ballade en barque sur les lieux de son enfance, en quête de sommeil, Djani se retrouve aux travers des brumes dans un univers étrange peuplé de créatures qui semblent le connaître et l’inviter à les rejoindre. Rêve ou réalité ? Alors qu’il cherche à comprendre, Djani va se rendre compte que sa présence est en train de dérégler l’harmonie de ce lieu. Aidé par son guide, Mohenjo, un enfant arbre, par Ninionne, une jeune dryade facétieuse et par les trois savantes tisanières, il va devoir entreprendre un long périple pour restaurer ce qui a été détruit et découvrir enfin qui il est …

Nous retrouverons Laurent Miny et Christelle Grandjean aux illustrations, Yoann Lossel à la conception graphique et le grand Ozégan au texte … voilà qui promet un très beau voyage !

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Toutes les images ©Copyright Laurent Miny/ Christelle Grandjean/Yoann Lossel/Ozégan/éditions Soleil Productions