Coeurs de rouille

Saxe rêve de quitter la ville qui l’a vu naître ; cité en plein déclin qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fût jadis. Les golems et les automates, autrefois créatures extraordinaires, ont subit le même sort, régressant jusqu’à devenir de stupides machines. Le chemin de Saxe croise celui de Dresde, créature mécanique abandonnée par son maître des siècles auparavant. Ensemble, ils vont tenter de fuir la métropole maudite.

Première excursion dans l’univers de Justine Niogret, auteure française dont j’ai entendu beaucoup de bien. Premier rendez-vous réussi – en fait non, plutôt deuxième, je viens de me rendre compte que j’avais lu une nouvelle de Justine dans l’anthologie les Fées des éditions de l’Oxymore. On tentera le triplet gagnant avec son dernier roman Mordred qui attend sagement sur les étagères.

Coeurs de rouille est un roman inquiétant, tant dans son atmosphère que dans ses personnages. Ville mourante, espèces humaine et robot déclinantes, sombres sont les perspectives de ce monde. Saxe n’a qu’un rêve : partir et découvrir le monde. Mais nul n’a jamais quitté la ville depuis des siècles. On murmure qu’une porte se trouverait dans les entrailles de monde, mais beaucoup pensent que ce n’est qu’une histoire bonne pour les enfants. Le hasard fait se rencontrer le jeune humain et une créature plusieurs fois centenaires, Dresde. Bien que tout oppose les deux êtres, une étrange complicité va naître entre Saxe et Dresde. Le rêve commun de liberté les entraîne dans les entrailles oubliées de la cité. Poursuivis par un monstre semblable à Dresde, ils s’enfoncent dans des lieux oubliés, témoins d’un passé depuis longtemps effacé.

Aventure dangereuse, quête identitaire d’un homme et d’une machine, Coeurs de rouille est un voyage à travers le temps dans les strates d’une cité décrépie abandonnée par le soleil qu’on lâche difficilement.

Coeurs de rouille, Justine Niogret, éditions Le pré aux clercs (Pandore), 2013

Les Errants, tome 1 : Origines

Un voyage scolaire au camp de travail de Struthof vire au cauchemar pour un groupe d’adolescents : un mal étrange se répand comme une traînée de poudre parmi les habitants de la région. Adultes, adolescents et enfants meurent pour mieux se relever, poursuivant les rares survivants. Marion et un groupe d’amis rescapés se retrouvent pris au piège au coeur du carnage.

Auteur, novelliste et traducteur, Denis Labbé entraîne le lecteur dans une histoire de zombies à première vue assez banale : les morts poursuivent les vivants pour leur croquer un bout de gras.

Le virus trouve son origine dans le camp de travail de Struthof. Une fiole est cassée, le mal s’échappe et contamine les personnes présentes. Les élèves scindés en deux groupes pour les visites n’ont aucune idée de ce qu’il se passe. Marion, gamine curieuse, laisse traîner ses oreilles et ses yeux là où il ne faut pas et découvre le poteau rose : des personnes tombent malades, meurent, puis se relèvent. Avec un groupe d’amis, elle prend la fuite pour tenter de rentrer chez elle et retrouver ses parents.

Si il y a une chose que je regrette dans ce roman, c’est les héros stéréotypés : nous avons droit au bad boy de service qui n’en est pas vraiment un, à la gothique, au fou des armes qui adore tirer sur tout ce qui bouge, etc … Marion, seule personnage vraiment intéressant, se retrouve chef de ce petit groupe et doit composer avec le caractère de chacun pour essayer de garder en vie toute la joyeuse troupe.

Le lecteur découvre l’étendu des dégâts à travers les yeux des adolescents. Si ceux-ci prennent la découverte de la maladie avec une certaine nonchalance au début du roman, pensant que le virus est contenu dans le camp, ils déchantent bien vite en découvrant que chaque village traversé est contaminé.

Ce premier tome des Errants est un road movie à travers les Vosges, une course contre la montre pour échapper à la mort. Bien que manquant parfois d’originalité, Origines est une aventure divertissante qui ne manque pas de pimant.

Les Errants, tome 1 : Origines, Denis Labbé, éditions du Chat Noir, 2013

La Vieille Anglaise et le continent

« Certaines personnes sont si profondément attachées à la Vie sous toutes ses formes, tous ses aspects, qu’elles consacrent leur existence à sa préservation, quitte à sacrifier celle des autres … Ann Kelvin, elle, lui consacrera sa mort. »

Auréolé de nombreuses distinctions (Grand prix de l’Imaginaire, prix Julia-Verlanger, prix Rosny aîné,…), la Vieille Anglaise et le continent est une plongée dans les profondeurs des océans et de la psyché humaine. Jeanne-A Debats y questionne le bien fondé du militantisme abusif et délivre au lecteur un message écologique sur la protection des océans et la dangereuse disparitions des grands cétacés.

A l’aube de sa mort, le docteur Ann Kelvin accepte de mêler son âme au corps d’un cachalot dans le but de protéger le milieu marin : recrutée par des activistes, elle doit propager un virus afin de rendre la chair des créatures océaniques impropre à la consommation humaine.

Eminente spécialiste de la biologie marine dégoûtée par l’utilisation excessive des ressources vitales de l’océan par l’humanité, l’héroïne choisit de délaisser son corps humain malade pour vivre une nouvelle vie dans les profondeurs de l’océan. Difficile, tant pour le lecteur que pour l’héroïne elle-même de différencier la bête de la belle : si au début de la novella, Ann Kelvin est parfaitement consciente de son identité humaine et de ses faits et gestes, elle délaisse peu à peu sa part d’humanité pour s’abandonner à sa nouvelle identité.

Si l’expérience est d’abord décrite comme une réussite, les différents protagonistes se mettent ensuite à douter du bien fondé de leur mouvement. Est-il possible d’alerter la population mondiale sans provoquer de dommages collatéraux, tant du côté humain que de celui des créatures marines ?

La Vieille Anglaise et le continent, Jeanne-A Debats, éditions Griffe d’encre, 2008

16/24

La 5e vague, tome 1

La 5e vague … Non, non, l’héroïne n’est pas là pour nous raconter ses dernières vacances à la plage, mais plutôt sa survie face à un ennemi invisible, mais omniprésent. Leur ombre plane sur la planète Terre, ils nous ressemblent et ils se sont jurés de détruire l’espèce humaine.

Rick Yancey prend son temps pour nous décrire les différents événements qui ont conduit à l’invasion silencieuse de la planète Terre. Des ennemis, on en sait tout d’abord peu de choses : c’est une ombre qui plane dans le ciel, un danger que craignent les hommes sans trop savoir ce qu’il recèle. A travers les yeux de Cassie, nous découvrons ce qu’est devenue le monde après la quatrième vague. Seule, elle survit au jour le jour dans un paysage déserté où la mort peut la happer à chaque seconde. Elle revient sur les tragiques circonstances qui ont conduit à la perte de sa famille, la condamnant à vivre seule.

L’ennemi est perfide et ne recule devant rien pour se débarrasser de l’espèce humaine. Pas de chance pour lui, les humains peuvent se révéler plus ingénieux que lui. Tandis que nous découvrons ce que prépare l’ennemi avec sa 5e vague, la résistance se met en place. Cassie est persuadée que son petit frère est encore en vie et est prête à tout pour le retrouver.

L’écriture de Rick Yancey est simple, mais efficace. Difficile de lâcher son sombre univers post-apocalyptique avant la fin. Seule ombre au tableau, la romance qui occupe à mon sens une place trop importante. Il n’en reste pas moins que la 5e vague est le meilleur roman paru dans la collection R à ce jour.

La 5e vague, Rick Yancey, éditions Robert Laffont (R), 2013

Récits extraordinaires

J’aime beaucoup l’univers et l’écriture de Jean-François Chabas. Les filles de Cùchulainn m’a fait rêver, tout comme ses albums la Colère de Banshee ou Féroce. Avec Récits extraordinaires, il nous plonge dans trois histoires, à l’atmosphère feutrée et poétique.

Point commun entre ces trois récits : des enfants confrontés à l’inattendu, à des êtres extraordinaires, magiques. De par ces rencontres, ils vont en sortir grandis, changés. L’une va perdre sa plus grande peur, un autre va perdre ses illusions, un autre va se découvrir un grand destin.

Ninon est terrorisée par la neige. Elle est persuadée que sous le blanc manteau se cachent des créatures dangereuses, qui n’attendent qu’une chose : l’attraper et la faire disparaître à jamais. Personne ne veut la croire, alors qu’elle les entend distinctement chaque nuit. Ulysse possède un don depuis son plus jeune âge : comprendre le langage des oiseaux. Rejeté par sa famille à cause de sa différence, il pense trouver une nouvelle famille auprès des corbeaux. Le jeune narrateur de l’Ours-Lumière se rend chez la vieille Nmi après avoir été témoin d’ un étrange spectacle. La voyante-guérisseuse lui conte alors la légende de l’Ours-Lumière.

Rêve ou réalité ? J’ai été happée par l’atmosphère particulière qui se dégage de ces trois textes et par l’écriture délicate et imagée de Jean-François Chabas. Un énorme coup de coeur !

Récits extraordinaires, Jean-François Chabas, éditions l’Ecole des loisirs (Neuf), à paraître le 29 août 2013

15/24

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