Blue Cerises

Les Blue Cerises, c’est Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre amis, au début assez ordinaires, mais qu’on apprend ensuite liés par un secret. Voici leur pacte :

« En cet été de nos quatorze ans,

En ce jour de vacances,

Nous enterrons notre enfance.

Moi, Zik, j’arrache les tiges de ces cerises,

Comme notre innocence vient de nous être enlevée.

Moi, Violette, je croque le noyau de ce fruit, pour

Ne jamais oublier l’amertume de notre rencontre.

Moi, Amos, je badigeonne mon visage de ce jus,

Couleur du sang, pour me souvenir toujours

De ces heures d’angoisse.

Moi, Satya, je jette le reste des fruits dans

Le courant, qu’ils la rejoignent, elle, notre disparue,

Qu’elle sache que par elle notre alliance est scellée.

Désormais, comme les gouttes qui font l’eau

De cette rivière, tous les quatre, nous sommes soudés.

Comme les galets du chemin, nous tiendrons

Le secret.

Aujourd’hui, nous devenons les « blue Cerises » :

Amos, Violette, Satya et Zik, nous jurons

D’être unis à jamais. »

Ce pacte, suivi de leurs signatures, tout méphistophélique qu’il soit, est vite oublié pendant la lecture de la première saison.

Tous quatre sont fans de vieux films. Il était donc logique que leur QG soit une vieille cinémathèque. Lieu de rendez-vous, de confession, de détente, de coup de gueule et de coup au cœur, ce lieu est l’un des grands incontournables de ce livre.

Mais revenons à des descriptions plus formelles, puisque ce n’est pas un livre ordinaire. Blue Cerises, c’est quatre petits livrets, d’environ cinquante pages chacun. Il y a un livret par personnage pour chaque mois (octobre, novembre et décembre pour l’instant), et chaque mois forme une saison. Il y a donc, pour le moment… douze livrets parus.

Autre originalité, et c’est toute la saveur de cette collection, chaque personnage s’esquisse sous la plume d’un auteur différent. Ainsi, non content de voir chaque mois sous le regard de chacun des quatre amis, le lecteur a aussi sous les yeux quatre écritures différentes !

Ce qui me plaît tant avec les Blue Cerises, c’est qu’on n’a pas toutes les informations d’un coup. L’omniscience du lecteur ne peut se faire que s’il lit les quatre livrets de la saison. Ce n’est qu’en ayant leurs points de vue à chacun qu’on peut reconstituer une histoire, leur histoire.

Quatre voix, quatre plumes, du mystère, un pacte, que demander de plus ? Une présentation peut-être. Soit. Donc présentons.

Amos, c’est le Saint-Sébastien des temps modernes. Archer, martyr (dans ses relations amoureuses) et homosexuel, il est le malchanceux. Sa sœur jumelle, Chani, et lui, n’ont en commun « que le date et l’heure de naissance », à ses dires tout du moins. Tous deux sont élevés par leur père (leur mère ayant disparu quand ils avaient deux ans) qui est tout à la fois protecteur, peu bavard, et souvent absent. Sa grande confidente, c’est sa tante Elena, chauffeur de taxi. Mais ce qui le tracasse vraiment (outre le maniaque du téléphone et ses peines de cœur à cause du beau Lucas), c’est de devoir partir au Québec. Oui son père a reçu une promotion qui ne se refuse pas, oui, ça ne dérange aucunement sa sœur de changer de vie. Mais lui a ses Cerises. Et le Québec, c’est le bout du monde ! Alors c’est décidé, il restera à Paris ! Par tous les moyens !

Un humour décapant, des jeux de mots insolites, voilà ce que prête, entre autres, Sigrid Baffert à Amos. Elle est auteur de littérature jeunesse au parcours assez chaotique. Le mieux, pour la (re-)découvrir, c’est son site. Nul ne parle mieux d’elle qu’elle-même.

Violette, la romantique, fleur bleue, se promenant le cœur en bandoulière (même si elle s’en défend) ; ce qui va lui causer quelques tords. Elle, elle doit passer dix jours aux Corbières, loin, très loin dans le sud, là où il n’y a même pas d’ordinateur, et où le téléphone ne capte pas. Le bagne quoi ! Elle est petite-nièce d’un Républicain espagnol pas toujours très sérieux (sauf dans les souvenirs de guerre, et quand il s’inquiète pour elle au point de la faire suivre par un « ange gardien » noir, Henrique). Elle appelle les auteurs par leurs prénoms, surtout Marguerite (Duras), qu’elle préfère à Amélie (Nothomb). On comprend alors que ces paroles soient mâtinées d’espagnol, d’anglais (comme chez tout jeune parisien), et d’expressions dignes d’une dissertation. Sa plaie au cœur à elle, c’est Constant. Un type beau comme Louis Garrel, mais un peu trop pressé en amour.

Ce personnage haut en couleurs a la voix et l’humour de Cécile Roumiguière, qui retrace elle-même sa vie sur la page suivante. Je vous laisse la découvrir par vous-même.

L’autre fille de la bande, c’est Zik. Soizic pour l’état civil, mais elle se fâche si on le lui rappelle. Elle est métisse : fille d’un père réunionnais et d’une mère ardéchoise, elle porte un nom breton. Cherchez l’erreur ! Et, pour reprendre ces mots, ça lui va « comme une coiffe bigoudène à une Touareg ». Comme on le remarque d’emblée, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Quand son esprit, toujours révolté et parfois torturé, la travaille trop, c’est sur les toits de Paris qu’elle va s’apaiser, de préférence avec un stock de fraises Tagada. C’est là-haut qu’elle rencontre Jim Morrison, l’ange des toits qui lui fait visiter les catacombes le temps d’un concert, et accessoirement l’homonyme du chanteur des Doors (ou peut-être est-ce le vrai ?).

Cet humour parfois noir, un peu décalé, mais toujours plaisant à lire est l’œuvre de Maryvonne Rippert, auteur également de Métal Mélodie (excellente lecture pour toutes les filles qui trouvent que leur mère est passée de mode et bien trop sérieuse pour comprendre la vie). Son blog, le voici. A découvrir sans modération, même s’il n’y a pas de biographie ! Sachez seulement qu’elle est originaire de l’Ardèche (qui parle de coïncidences ?).

Et pour finir, parce qu’il faut bien un dernier : Satya. Ce charmant jeune homme est orphelin, élevé par mamie-yin et mamie-yang (à savoir respectivement Solange et Madeleine), les propiétaires de la librairie jeunesse La Malle de l’ange. L’esprit (et le cœur aussi, mais chut…) en vrac à cause de la belle Indiana, il décrypte tant bien que mal les codes que lui envoie sa belle, toujours à coup de littérature. Après des citations d’ED (Emily Dickinson), elle lui offre un livre de Cormier s’intitulant La balle est dans ton camp, et l’invite, par des moyens détournés bien sûr, à assister à un attentat… poétique. Qui est-elle ? Pourquoi tant de mystères, tant d’énigmes autour de leurs rencontres ? Je ne vous en dirai pas plus. « L’eau s’apprend par la soif. » ED bien sûr, qui d’autre.

Satya est, à mon sens, le ciment des Cerises, au moins dans cette première saison. Il est le seul à ne pas rester bloqué dans sa bulle sous ce déluge de soucis. Il est aussi le seul des quatre à sortir de la plume d’un homme. Jean-Michel Payet, le grand, l’unique. Si vous voulez approfondir votre lecture de ce côté, la trilogie d’Aerkaos devrait vous ravir. Et sa chère Mademoiselle Scaramouche ne manque pas de piquant. Lui aussi à la page, il signe ce blog, où l’on peut voir ses romans et ses BD-romans. A savourer au coin du feu.

Voici pour la première saison. Par la suite, on en apprend un peu plus sur la mystérieuse Olivia, qui est juste évoquée, et aussi vite oubliée, dans cette saison. On comprend également de mieux en mieux les termes de leur pacte, à mesure que se dévoile le secret qui a scellé leur amitié de manière si incongrue. Amitié qui semble d’ailleurs s’effilocher alors que le secret n’en est plus un. Je me refuse à vous raconter la suite. Quel plaisir y aurait-il, sinon, à aller les lire ? Et je ne sais moi-même pas encore tout.

En effet, l’histoire n’est pas finie. La saison quatre (janvier, logiquement) est attendue pour février 2012. Et pour nous faire patienter, les Editions Milan ont réédité la saison une en un tome ; ils s’apprêtent à faire de même avec les autres.

Si vous voulez poursuivre l’aventure, Amos, Zik, Satya et Violette vous accueillerons volontiers sur leurs blogs.  

Blue Cerises, Sigrid Baffert, Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert, Jean-Michel Payet, éditions Milan (Macadam), 2009

L’étrange vie de Nobody Owens

Nobody Owens est un petit garçon bien étrange : ses parents adoptifs sont morts et enterrés, tout comme toute sa famille d’adoption d’ailleurs. Son tuteur est un vampire, sa meilleure amie une petite sorcière passée de vie à trépas il y a quelques siécles et il lui arrive aussi de se faire garder par un loup garou… Nobody a donc une vie tout sauf ordinaire, et c’est sans compter sur un tueur membre d’une mystérieuse confrérie qui le recherche afin de finir le travail débuté quelques années plus tôt .

Neil Gaiman, que l’on connait notamment pour Stardust et Neverwhere signe ici un vrai petit bijou d’humour noir et d’enchantement. On savoure chaque page des aventures de cet étrange petit  garçon qui se retrouve à grandir dans un cimetierre et à coabiter avec ses habitants.

Entre curiosité pour le monde des vivants et l’envie de ne pas quitter celui des morts, la vie de Nobody est quelque peu compliquée. Au cours des huit chapitres, on le voit grandir jusqu’à atteindre l’âge adulte et être enfin prêt à partir découvrir le monde.

Le monde des morts est tout sauf triste et rappelle un peu celui de Tim Burton décrit dans les Noces Funébre, à la diférence qu’ici le monde des morts est décrit par son manque de couleurs, au contraire de celui du monde des vivants qui est coloré et lumineux. Les habitants du cimetierre vont et viennent  et forment une grande famille où chacun continue de viguer à ses activités. On ne ressent aucune tristesse dans la description que fait Neil Gaiman du Monde des Morts et le seul personnage à être oréolé de cette sensation est le tuteur de Nobody, le mystérieux Silas.

L’étrange vie de Nobody Owens est une histoire touchante qu’on n’arrive pas à lâcher avant la fin, tant l’auteur a su donner vie à ce jeune garçon au destin si extraordinaire.

Gaiman, Neil. L’étrange vie de Nobody Owens. Edition Albin Michel Jeunesse, 2009 (Wiz)

Neverwhere

Richard mène une vie tout à fait ordinaire: une petite amie, un boulot, un appart, le train-train quotidien quoi. Un soir, en se rendant à une soirée avec Jessica, il voit une jeune fille blessée gisant sur le trottoir. N’écoutant que son bon coeur, il la ramène chez lui sans savoir que ce geste va être le début de la fin… sa fiancé le quitte, on ne le reconnaît plus nul part, il a tout simplement été rayé de la carte ! Alors évidemment Richard cherche à comprendre. Il part donc à la recherche de la source de tous ses ennuis, Porte, la jeune fille qu’il a aidé. Mais ça, c’est sans savoir qu’il va pénétrer dans un monde n’ayant rien en commun avec son quotidien, un Londres secret, une ville souterraine située sous la capitale anglaise, un univers invisible aux yeux des mortels qui se révèle aussi dangereux qu’attirant.

Chers visiteurs, voilà un livre qui confirme mon engouement et ma fanatitude envers la plume de monsieur Gaiman. Décidément, il sait trouver le mot, l’expression, la phrase juste pour nous plonger de suite dans son univers, dans une atmosphère étrange et terriblement prenante d’où on ne souhaite sortir sous aucun prétexte.

Ce Londres souterrain est un endroit dangereux, féodal, peuplé de créatures étranges et souvent malveillantes. Les différents peuples y habitant sont regroupés en baronnies, toutes ces différentes races formant un joli méli-mélo les jours de marché où on peut s’y procurer tout et n’importe quoi.

J’ai trouvé les personnages terriblement attachants. Richard, tout d’abord, ce gars complètement paumé au milieu de ce monde qu’il ne comprend pas, si différent du notre, où la magie plane, invisible, omniprésente. Il décide d’accompagner Porte pour retrouver sa vie et les choses rationnelles, même s’il doit affronter moult dangers qu’ il ne saisit pas toujours. Il se montre courageux, même si la peur est constante, sentiment qu’il partage avec Dame Porte, la jeune femme qu’il a sauvé. Aussi paumée et terrifiée que son voisin du Londres d’ en haut, la jeune fille vient de perdre sa famille dans des circonstances tragiques. Comme les autres membres de sa famille, Porte a le pouvoir d’ouvrir des passages, d’en créer même lorsque ceux-ci sont apparemment inexistants. D’abord fragile, elle montre très vite une grande force de caractère et se montre désolée d’avoir entraîné Richard dans son monde.

Les personnages secondaires sont également très recherchés et approfondis. J’ai particulièrement aimé le personnage du Marquis de Carabas, être ambigu oscillant entre l’ombre et la lumière, grand manipulateur dont on ne sait jamais s’il agit de façon pernicieuse ou amicale. Et que dire de Messieurs Croup et Vandemar, tueurs sadiques dont les répliques sont terriblement grinçantes ?

Gaiman joue sans cesse avec le lecteur, le semant dans les méandres de ce Londres inconnu, et pourtant terriblement familier. Ainsi les héros traversent-ils des lieux connus de tous, des stations de métros existant réellement. Il manipule la réalité, y mêlant ses éléments fictionnels et trouvant des significations aux noms de ces dites-stations. Le ton du livre est souvent très drôle, les répliques de Richard sont souvent cocasses, en harmonie avec les découvertes qu’il fait dans ce monde du dessous où toutes les créatures qu’il prenait jusqu’ici comme chimères tirées de contes de fées existent vraiment.
Neverwhere, c’est une sucrerie à savourer sans retenu, une invitation au voyage, une écriture magique,poétique et terriblement imagée, un univers à découvrir les yeux grands ouverts, bref c’est LE livre à lire !!!!

Avant de lire le livre, j’avais déjà les images de la série en tête. Car oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Neverwhere est avant tout une série télévisée en six épisodes écrite par Gaiman, qui l’a ensuite adapté en roman. L’atmosphère y est aussi prenante, même si l’aspect a un peu vieilli (La série datant du milieu des années 90). Le générique est terriblement flippant je trouve, on se retrouve propulsé dans un monde tout aussi inconnu que Richard Mayhew, porté par une musique redondante et hypnotique. Toutefois, cette série est beaucoup moins complète, moins imagée que le livre. C’est la même chose, mais avec la magie des mots de Gaiman en moins … ce qui fait une sacrée différence finalement !

Neverwhere, Neil Gaiman, éditions J’ai lu, 2001 (épuisé)
Note : Ce livre a été récemment réédité par les éditions Au Diable Vauvert (et même que les deux couvertures sont très jolies ^^)

Cette lecture a été réalisée dans le cadre d’une lecture commune avec Lexounet, Frankie, Miss Spooky Muffin, Lelf, allons voir ce qu’ils en ont pensé …

Pas de nouvelle… bonne nouvelle ?

Kikou les gens ! Oui, je suis toujours là, toujours vivante et non je ne me suis pas perdue dans le monde labyrinthique du miroir. Un peu moins présente ces derniers temps, et pour cause, j’ai repris depuis presque trois semaines le chemin des bancs d’école. J’ai en effet entamé un DUT métiers du livre et du patrimoine option bibliothèque-médiathèque en année spéciale, ce qui fait que oui je vais avoir moins de temps pour m’occuper du blog, que oui je risque de me faire rare par moment, et que non je ne compte absolument pas le laisser tomber, il va juste y avoir un peu moins de chroniques c’est tout ;)

Du 1 octobre au 2 novembre, nous pousserons de petits cris horrifiés grâce au challenge Halloween 2011 organisé par les terrifiantes Hilde et Lou. A cette occasion, je remettrai quelques chroniques abritant monstres, vampires, zombies et autres loups-garous à l’honneur et glisserai également quelques titres inédits. Attendez-vous donc à voir couler l’hémoglobine et à pousser des hurlements épouvantés.

J’ai également décidé de mettre chaque mois à l’honneur l’un de mes auteurs ou illustrateurs chouchous … et vu qu’il y en a beaucoup ça devrait prendre un moment XD Vénération oblige, c’est évidemment Neil Gaiman qui va ouvrir le bal (là on les voit pas, mais il y a des petits coeurs un peu partout). Se sera l’occasion de faire un bilan des titres que j’ai lu, de ceux que j’aimerais lire et de ceux qui dorment dans ma pal … tout un programme quoi \0/

Hex Hall, tome 2 : le maléfice

« Vive les vacances Vive l’insouciance Les jours d’affluences sur les routes de France » … Je m’égare, je m’égare, je m’égare. Oui, l’heure des vacances a bien sonné pour les élèves de Hex Hall. Sophie Mercer, malmenée par les évènements du premier tome a décidé de dire adieu à sa condition de démon. Seulement voilà, papa Mercer n’est pas du tout d’accord et l’invite chaleureusement à le rejoindre en Angleterre pour les vacances. Sophie se retrouve donc coincée le temps d’un été à l’abbaye Thorne sous l’oeil avisé des membres du conseil.

Adolescents démoniaques, secte diabolique et plans machiavéliques … voilà ce qui attend Sophie à Thorne. Elle qui se plaignait de Hex Hall, lycée où sont envoyés les jeunes possédant des dons magiques et en ayant abusé devant des humains, la voilà servi !

D’abord convaincue de la dangerosité de ses pouvoirs, elle va découvrir le secret de leurs origines et ainsi apprendre à les maîtriser. Cet été va également lui permettre de se rapprocher de son père, homme qu’elle ne connaît presque pas. Dirigeant du conseil, il l’a abandonnée aux bons soins de sa mère lorsqu’elle était enfant. Elle partage pourtant avec lui sa condition de démon.

Amours et amitiés sont également au programme: le coeur de Sophie balance en effet entre deux charmants jeunes hommes. L’un, lui est destiné depuis sa naissance et est guérisseur, et l’autre ? Et bien l’autre a failli la tuer, est un agent de l’ennemi et a trahi les créatures magiques.

Avec ce deuxième tome de Hex Hall, Rachel Hawkins poursuit une aventure palpitante où Sophie, héroïne courageuse qui n’a pas sa langue dans sa poche, découvre un monde qu’elle n’avait jamais soupçonné. Hex Hall est une série sympathique, même si certains aspects de l’histoire sentent le déjà-vu. L’écriture est simple et agréable et j’ai suivi avec beaucoup de plaisir la suite des aventure de Sophie, où humour, magie et action se font la part belle.

Hex Hall, tome 2, Rachel Hawkins, éditions Albin Michel (Wiz), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Albin Michel.

Une enquête de Flavia de Luce, tome 2: La mort n’est pas un jeu d’enfant

Après avoir résolu le mystère du timbre grâce à ses étranges talents, voilà Flavia de retour avec un meurtre à se mettre sous la dent: Rupert Porson, célèbre marionnettiste de passage à Bishop’s Lacy, est assassiné pendant une représentation. Qui est le coupable, et surtout pourquoi ? L’homme semble être aimé des petits et grands et ses spectacles attirent de nombreux spectateurs. Jalousie ? Acte de vengeance ? La demoiselle de Luce se lance tête baissée dans l’enquête, même si comme d’habitude, celle-ci va lui attirer sa horde d’ennuis et de dangers.

Qui se douterait que sous cet air angélique et enfantin se cache un esprit à la déduction implacable, avide de formules chimiques et de mystères à résoudre ? Totalement machiavélique, l’héroïne dépeinte par Alan Bradley a l’air d’une gamine sage comme une image. Oui, sauf qu’on se rend rapidement compte que c’est loin d’être la cas. Cousine de Mercredi Adams, la benjamine de la fratrie de Luce n’est pleinement heureuse que dans son laboratoire, hérité d’un oncle un brin toqué. Ses journées sont ponctuées de formules scientifiques, d’expériences chimiques, de sales coups préparés en douce contre ses soeurs … et puis de mystères; car rien ne met plus en ébullition le cerveau de la donzelle qu’une énigme encore inexpliquée ou qu’un bon meurtre en l’occurrence.

Et ça tombe bien, car un meurtre, on vient justement d’en découvrir un à Bishop’s Lacey. Point de corps dans le fond du jardin cette fois-ci, mais une mort en pleine représentation; un assassinat qui va réveiller de lourds souvenirs et dévoiler les plus sombres secrets de la petite bourgade.

J’ai encore une fois beaucoup aimé les aventures de la jeune Flavia. Moins légère que celle du premier tome, l’intrigue alterne enquête et vie familiale de la jeune fille: crêpages de chignions entre frangines succèdent ainsi aux furetages dans la vie privée des voisins. Toujours aussi agréable à lire, j’ai encore une fois été séduite par l’ambiance british et le personnage délicieusement lugubre et extravagant de Flavia. A découvrir, même si vous n’avez pas lu le premier tome, les deux aventures étant distinctes.

La mort n’est pas un jeu d’enfant, Alan Bradley, éditions du Masque (MsK), à paraître le 14 septembre 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

Un blog trop mortel

Comme ça, du jour au lendemain, le monde se retrouve infesté par les zombies. Allison Hewitt est au boulot lorsque ça arrive et trouve refuge dans une petite pièce avec une poignée de survivants. Mais très vite, tout vient à manquer: il n’y a pas assez d’eau et de nourriture pour tout le monde, l’hygiène est inexistante. Le petit groupe décide alors de bouger, de tenter l’aventure et de rejoindre Liberty Village, un lieu préservé où les derniers humains auraient trouvé asile.

Cette histoire, nous la vivons à travers les yeux de l’adolescente: ayant avec elle son portable au moment de l’invasion, elle partage donc en direct avec la blogosphère ses angoisses, ses doutes, ses sentiments. Se succèdent donc de longues descriptions de ce qu’est devenue la vie quotidienne de ce groupe d’humains: allés-retours jusqu’au distributeur pour aller chercher de la nourriture, bagarres contre des zombies, nettoyage des toilettes, re-bagarres contre des zombies, … tout y passe dans les moindres détails.

Je m’étais déjà plainte auparavant du format blog que je n’aime pas du tout en littérature et que je considère comme un effet de mode. Ici c’est un peu différent, vu que c’est un vrai blog tenu par l’auteure qui a été adapté en livre. J’imagine donc que l’effet en direct sur la toile doit être assez saisissant. En livre, ça donne une succession d’évènements que l’on suit parfois avec amusement, mais sans grand plus. Il me semble difficile d’imaginer cette frêle jeune fille en tueuse de zombies intrépide, maniant avec dextérité hache et autres armes qui lui tombent sous la main, pendant que les mecs du groupe se tournent les pouces sous prétexte que les zombies ça peut être dangereux.

Il est toutefois intéressant de voir l’évolution et la débrouillardise de l’héroïne, à qui il faut le dire, il n’arrive vraiment que des merdes: au diable les zombies quand on est kidnappé par une secte annonciatrice de fin du monde, qu’on est exposé à des maladies plus contagieuses et mortelles les unes que les autres ou  qu’on vous vole votre maigre portion de nourriture. Sa vision du monde est l’un des points forts de ce roman: loin d’être démoralisée, elle relaie avec humour ses aventures dangereusement extraordinaires.

Je vous rassure, à la fin du roman l’humanité est grave dans la merde, mais au moins Allison Hewitt s’en sort-elle presque sans une égratignure. Amis amoureux des mondes post-apocalyptiques, ce blog trop mortel devrait, à défaut de vous faire frissonner, vous faire passer un moment amusant à vous poser des questions existentielles du type quelle est la variété de zombie la plus dangereuse ou est-ce que les animaux ça peut aussi être zombifié ?

Un blog trop mortel, Madeleine Roux, éditions Fleuve Noir (Territoire), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Fleuve Noir.

Magnus Million et le dortoir des cauchemars

 Magnus Million, 14 ans, est le fils héritier du multi-millionnaire Richard Million. Ce titre pourtant glorieux ne l’empêche pourtant pas de se prendre 1341 heures de colle. La cause ? Un retard et une arrivée fracassante en cours. Bien pire, le voilà condamné à partager le dortoir des Punitions avec les gros dures du lycée qui ne lui font évidemment pas de cadeaux. Cet enferment va pourtant lui permettre de découvrir que des choses étranges se passent au lycée une fois la nuit tombée: les cauchemars prennent vie, les monstres les plus inquiétants sortent de l’ombre, et les élèves les plus pauvres disparaissent les uns après les autres.

Avec Magnus Million et le dortoir des cauchemars, Jean-Philippe Arrou-Vignod signe une histoire à la trame assez classique, mais ne manquant néanmoins pas de piment: Magnus Million, gamin jusqu’ici chouchouté par la vie, solitaire et un peu lourdaud se retrouve propulsé dans une histoire qui le dépasse et l’effraie. Toutefois, loin de fuir, il va rassembler son courage et mettre au jour un complot méphistophélique: le monde des rêves menace d’envahir son pays, la Sillyrie.

Enfant terriblement solitaire, orphelin de mère, il va trouver dans sa quête une famille et des alliés inattendus : les terreurs du lycée se révèlent des complices précieux et une mystérieuse garde du corps répondant au doux nom de Mimsy Pocket une protectrice hors du commun. A leurs côtés, Magnus va découvrir un monde qu’il n’avait jusqu’ici qu’imaginé; celui de la ville basse, là où vivent les plus démunis, là où survivent des centaines d’âmes sans le sous. Bien pire, il va découvrir que les enfants issus de cette classe sociale sont utilisés comme cobayes dans une dangereuse expérience qui pourrait mener le pays tout droit à la guerre et à la ruine.

Servie par une écriture très agréable, cette aventure devrait ravir le coeur des plus jeunes par ses côtés sombre et fantastique. Les plus âgés pourraient trouver l’histoire un peu simplette, même si celle-ci est plutôt rythmée et originale. Alors, est-il possible pour un anti-héros de vaincre ses plus grands cauchemars ? Oscillant entre rêve et réalité, le lecteur devra pénétrer avec Magnus dans des émanations aux couleurs étranges pour le découvrir …

Magnus Million et le dortoir des cauchemars, Jean-Philippe Arrou-Vignod, éditions Gallimard Jeunesse, 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Gallimard Jeunesse.

Graal Noir, tome 2 et tome 3

 

Dans le premier tome, nous avions découvert un jeune Merlin arrogant et manipulateur, loin de l’image populaire. Volage, menteur, il était prêt à tout pour arriver à ses fins, quitte à tourner en bourrique Frère Blaise, son fidèle compagnon chargé de recueillir ses aventures et de les poser sur papier pour la postérité.

Dans cette suite, nous découvrons un Merlin plus mûr, plus réfléchi. Il a conscience de l’importance de la Quête qui repose sur ses épaules: les Fées lui ont en effet confié la lourde tâche de veiller sur la conception, la naissance et l’épanouissement du futur roi de Logres. Toutefois, les circonstances de l’enfantement du jeune Arthur va provoquer la haine et la volonté de vengeance de Morgane, enfant dotée d’un immense talent pour la magie.

Le personnage de Morgane devient central dans ces deux tomes: jeune Fée guidée par la colère et la ressentiment, elle est prête à tout pour se venger d’Uther et de Merlin qu’elle considère, à juste titre, comme responsables de la mort de son père et prendre en mains les rênes de la Quête. Sous ses airs d’enfant innocente, Morgane se révèle d’une cruauté sans pareille. Elle aime détruire, tuer, faire souffrir. La belle à la chevelure de feu est redoutée, les créatures féeriques la craignent et la surnomment la sorcière. Elle ne connaît aucune rivale, et même les pouvoirs de Merlin se révèlent insuffisants face à la puissante Fée.

A ces deux puissances centrales, s’ajoutent d’autres protagonistes tout aussi importants: Viviane, bien entendu. La fée est peu présente dans le deuxième tome, et il faut attendre la fin du troisième pour comprendre sa véritable identité et son importance dans la Quête du Graal. Arthur, quant-à lui, fait véritablement son apparition dans le dernier tome qui se situe quinze ans après sa naissance. Il y rencontre ses futurs chevaliers, sa future épouse et y débute son long et douloureux destin.

Avec cette trilogie, Christian De Montella propose une vision originale et intéressante du personnage de Merlin. Tout en respectant la trame classique que l’on retrouve dans les différentes versions du mythe Arthurien, il y incorpore des aspects étonnants qui trouvent tout à fait leur place dans le récit. L’écriture est très agréable, très fluide, et on a vraiment du mal à lâcher cette trilogie. Seul point noir à mes yeux: Morgane est encore une fois réduite à être la grande vilaine méchante de service. Mais ce « défaut » est largement rattrapé par le personnage de Merlin qui est tout sauf blanc comme neige … Graal Noir est une très bonne trilogie dont le contenu est aussi attrayant que le contenant: les trois livres sont en effet entièrement noirs. Je poursuivrais sans doute un jour cette aventure avec l’autre série de Christian De Montella, Graal, car j’ai vraiment aimé celle-ci !

Graal Noir, tome 2 : L’enfant des prodiges, Christian De Montella, édition Flammarion, 2010

Graal Noir, tome 3 : Le lys de la vengeance, Christian De Montella, édition Flammarion, 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Flammarion.

En inquiétante compagnie

Un jeune homme secrètement amoureux d’une Ophélie,  une jeune femme ne supporte plus du tout sa mère, un neveu rend visite à ses deux vieilles tantes, deux étudiants tombent amoureux, un médecin se rend au chevet d’une malade, un étranger s’installe dans le quartier …

Des histoires semblent-ils banales, qui peuvent arriver à tout moment, et pourtant ! Les protagonistes vont tous vivre une expérience surprenante, voir terrifiante: la peur, la folie, l’impossible s’insinuent entre les lignes. Carlos Fuentes flirte avec le surnaturel, le fantastique. Les morts reviennent à la vie, les fantômes viennent chercher vengeance, les vampires sont de sortie.

Le thème central de ce recueil est la mort. Celle-ci est omniprésente, obsessionnelle, dérangeante. Elle s’invite dans les six nouvelles sous la forme d’hallucinations, de rêveries nocturnes et éveillées. Le lecteur est malmené, désorienté: les morts évoluent parmi les vivants, on ne les différentie plus les uns des autres, la frontière entre les deux monde est abolie. A ses histoires, l’écrivain mexicain mêle également des légendes, des traditions, l’Histoire de son pays. Celles-ci donnent une couleur, saveur particulière au récit.

Ces ambiances noires, parfois glauques m’ont rappelée les ambiances gothiques des histoires du XIX ème siècle, en particulier celles des nouvelles de Poe. La folie s’insinue dans la narration, on se met à douter du narrateur: est-il victime de visions, de fantasmes? Sommes-nous les témoins d’une démence grandissante, les victimes d’un hâbleur, d’un manipulateur ou les morts viennent-ils réellement chercher vengeance?

En inquiétante compagnie, Carlos Fuentes, éditions Gallimard, 2007