De l'autre coté du miroir

J'aime prendre un beau livre, le regarder sous tous les angles, m'attarder sur les illustrations et le texte. Ce profond intérêt a donné lieu à une collection, puis plus tard à ce blog.

De l'autre côté du miroir

est un lieu où je partage mes découvertes, où je parle de mes coups de coeur, où j'interviewe des artistes et des auteurs dont j'aime les créations.

Au détour des pages, vous découvrirez des beaux-livres, des romans, des bandes dessinées, le tout portant sur des univers que je chéris : la féerie, la fantasy, le merveilleux et la littérature jeunesse.

Préquelle aux Larmes d’Artamon, tome 1 : La traque de l’ombre

Francia est un pays riche et prospère où pourtant l’intolérance fait rage. Les mages y sont persécutés et détruits par la puissance Inquisition qui voit en eux une bande de dangereux hérétiques. C’est au coeur de ce pays que se dresse la tour des alchimistes, puissants inventeurs au service du gouvernement. Injustement condamnés au bûcher, tous périssent dans les flemmes ne laissant derrière eux qu’un jeune apprenti, Rieuk Mordiern, adolescent porteur d’un mystérieux pouvoir. Ce drame va également changer la vie et le destin de Klervie, enfant de l’un des accusés, la laissant seule et orpheline. Tout deux vont grandir de façon bien différentes, Rieuk sous la protection de mages renégats, Klervie sous le regard des Soeurs de Sainte-Azilia, mais tout deux portés par un profond sentiment de vengeance envers celui par qui tout est arrivé.

Sarah Ash nous plonge dans une sombre histoire où vengeance, manipulation et meurtres se font la part belle. C’est dans ce monde dangereux que grandit la petite Klervie, protégée par l’ambiance douce et tranquille du couvent. C’est à ses côté majoritairement que nous allons découvrir le pays de Francia, ses problèmes politiques et  ses personnages importants. Son récit, ses sentiments, sont entrecoupés par ceux de l’autre héros, l’autre survivant, Rieuk Mordiern, qui par ses choix et ses amitiés va devenir l’ennemi, celui qui doit disparaître. J’ai trouvé intéressant de suivre l’évolution de ces deux personnages, qui partant tout deux d’un même point, tout deux proche des alchimistes, vont suivre une voie radicalement différente, jusqu’à devenir ennemis.

Ce livre est très agréable à lire, mais j’ai trouvé la trop abondance de personnages parfois difficile à suivre, l’auteur ayant de plus la fâcheuse habitude de passer sans prévenir d’une scène à l’autre, d’un personnage à l’autre de façon aléatoire en l’espace d’une phrase, d’un paragraphe ou d’une page. Toutefois, j’ai trouvé l’univers de Sarah Ash vraiment sympathique à découvrir, on s’attache très facilement à ces deux personnages marqués par le destin, marqués par le passé et leurs amours. Elle dépeint un monde où la magie est présente, sans toutefois y être trop visible, où la religion prend peu à peu le pas sur les anciennes croyances en s’incorporant les idées et les êtres vénérés dans celles-ci.

Préquelle aux Larmes d’Artamon, tome 1 : La traque de l’ombre, Sarah Ash, éditions Le Livre de Poche, 2010

Cette lecture a été réalisée en partenariat avec Livraddict et  les éditions Le Livre de Poche

Ash, Tome 1 : Anguis Seductor Hominum

1850, Bohème. Le seigneur Faust cherche un mausolée bien particulier au coeur d’un cimetière solitaire et enneigé. Celui-ci renferme le tombeau d’ Ash, jeune fille mystérieuse dont le coeur bat encore après quatre siècles passés enfermée dans les ténèbres. Elle ignore tout de son passé, a perdu tout ses souvenirs, oublié jusqu’à son prénom, mais Faust en est convaincu, Ash possède un immense pouvoir, celui de résister à la mort. Échappant à son ravisseur, elle découvre une époque aux inventions inconnues sous la protection d’une bande de gamins des rues. Avec leur aide, elle va plonger dans les méandres de son passé et découvrir les secrets de son origine et de son pouvoir.

Cela faisait pas mal de temps que le personnage d’Ash hantait les pages du blog de Krystel. Quel plaisir que de découvrir enfin sa mystérieuse histoire ! Une lecture qui me plonge également dans la découverte de la nouvelle collection de chez Soleil, 1800, collection qui nous fait pénétrer aux sources des « héros de la littérature classique du XIXe siècle évoluant dans un univers aux accents fantastiques » .

Je dois dire que j’ai réellement été prise dans la toile du secret d’Ash, histoire envoûtante, sombre et fantastique aux goûts d’ésotérisme et de gothique. Le scénario de François Debois est vraiment bien ficelé et nous laisse sans temps mort jusqu’à la révélation de la dernière page, cliffhanger qui nous laisse sur notre faim en attendant la deuxième partie de cette histoire. Avec Ash, nous partageons le destin tragique de Faust, savant condamné qui mise tous ses espoirs dans Ash, cette jeune femme portant en elle le secret de la vie éternelle. Avide de son pouvoir, il est prêt à tout pour percer son secret, prêt à tout pour échapper à la spirale infernale dans lequel le plonge son corps mourant. Ash, quant à elle, nous est présentée comme une jeune fille fragile, perdue, ne comprenant pas d’où lui vient ce pouvoir. Avec les premiers souvenirs apparaît son côté sombre, dangereux, nous révélant qu’elle est tout sauf la jeune femme fragile pour laquelle on aurait pu la prendre. L’histoire prend vie grâce aux magnifiques dessins de Krystel, jeune illustratrice qui signe ici sa première bande dessinée. Ses alternances de lumière et d’ombre donnent une grande profondeur à cette histoire, où vie et mort se mêlent et se démêlent, nous plongeant dans les tréfonds de la noirceur de l’âme humaine.

Ash, Tome 1 : Anguis Seductor Hominum, François Debois, Krystel, éditions Soleil productions 1800, 2010

Toutes les images ©Copyright Krystel /François Debois/éditions Soleil Productions

The Fabulous Book 1, Seven Sorcerers

Je suis tombée il y a quelque temps sur ce titre en me baladant sur le blog de flo_boss. Attirée par la belle couverture toute colorée ( et oui, on ne se refait pas !) et justifiant mon geste en me disant que bah oui ça faisait longtemps que je n’avais pas lu dans la langue de Shakespeare, et que diantre j’ allais perdre tout mon vocabulaire, je me suis donc  sentie obligée de le commander et de le lire !

Seven Sorcerers, que l’on peut traduire textuellement par sept sorciers, c’est donc l’histoire de la petite Nin, dix ans, qui est une gamine ayant la particularité de détester les mercredis. Ce jour, elle le déteste, elle le hait, le redoute et le voit malheureusement revenir toutes les semaines. Autre particularité, qui n’en est pas vraiment une puisque beaucoup d’entre nous la partage, la demoiselle doit supporter son adorable petit frère Toby, quatre ans. Et voilà autre chose qu’elle déteste aussi, car le charmant bambin est une tornade ambulante qui ne vit que pour faire de sa vie un enfer … mais voilà qu’il disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre trace, évidemment c’est un mercredi, et plus inquiétant encore, Nin est la seule personne a se rappeler son existence. Aux yeux des autres personnes, il n’y a jamais eu de petit garçon s’appelant Toby. Evidemment la fillette persiste, cherche un indice, une preuve, quelque chose prouvant qu’elle n’a pas imaginé ce petit frère et tombe au fond du jardin sur le précieux doudou qu’il ne quitte jamais. Dés cet instant, elle se sent observé, épié, surveillé. Elle sait que la personne ou la chose qui a enlevé Toby va venir pour elle aussi. Elle n’a qu’une solution, la prendre de vitesse et essayer de comprendre ce qui est arrivé à Toby et le retrouver avant qu’il ne soit trop tard …

Caro King joue avec la peur de l’inconnu, la peur du monstre qui se cache dans le placard ou sous le lit, et ça marche drôlement bien ! La jeune héroïne est entraînée dans un univers, un monde dont elle n’avait jusqu’ici jamais imaginé l’existence. Le « Drift », le monde des sept sorciers où elle est entraînée est un monde dangereux où les plus grandes peurs peuvent prendre forme, vous manipuler et vous anéantir. Ce monde inconnu est rythmé par la magie et peuplé de créatures magiques, les « fabulous », aussi belles que dangereuses, aussi cruelles qu’attirantes. Heureusement pour Nin, la fillette va rencontrer en route Jonas, compagnon, guide, enfant perdu comme elle que tout le monde a oublié. Celui-ci va l’aider dans sa difficile quête au coeur de ce monde inconnu qui va la mener jusqu’ à « the House of Terror », la maison de la terreur (flippant comme nom, nan ?).

Caro King signe une histoire complexe et intrigante, parsemée de touches d’humour. Les personnages sont travaillés, évoluant chacun à leur façon au cours de l’histoire vers le bien ou le mal. J’ai également trouvé très intéressant que Caro King ait imaginé une histoire, une genèse au monde magique où sont propulsés les héros. Loin de s’arrêter à une simple bataille entre les gentils et les méchants, elle a cherché des explications aux choix, aux réactions des personnages liés intimement à la terre où ils évoluent, le « Drift ». Evidemment, c’est un monde magique, on ne peut donc pas le traverser sans croiser quelques créatures féeriques en chemin. L’auteur a ainsi incorporé au récit des êtres magiques tels que golems, vampires ou géant, créant un meltin pot de rencontres aussi intéressantes qu’ intrigantes.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment apprécié l’univers de « Seven Sorcerers » dont j’attends impatiemment de découvrir la suite. Malheureusement, pas de sortie française prévue pour l’instant …

The Fabulous Book 1, Seven Sorcerers, Caro King, éditions Quercus, 2010

Le Chant des Brumes

A la mort de son père Djani se plonge dans ses souvenirs. La maison familiale les éveille et le guide jusqu’au jardin, puis jusqu’à la barque à la rivière, lieu interdit lorsqu’il était enfant depuis la disparition de sa mère. Se remémorant les merveilleuses histoires de créatures féeriques qu’elle lui contait, le jeune homme se laisse guider par les flots jusqu’à l’arbre où se passaient ces bons moments. Il y fait la connaissance de Mohenjo étrange créature née de l’arborescence de la forêt. Plus curieux, cet esprit des lieux semblent le reconnaître et être très heureux de le voir. Émerveillé, Djani ne se rend pas compte que sa présence en ce lieu est en train d’en pervertir l’harmonie. Une longue quête l’attend pour réparer ce qui a été détruit, une quête qui le mènera aux tréfonds de ses souvenirs et de ses origines.

Christelle Grandjean et Ozégan, dont je connaissais déjà les talents de conteur pour avoir prêté l’oreille lors d’une de ses séances en Brocéliande, nous invitent à écarter les brumes du souvenir dans ce beau voyage poétique qui nous conduit aux tréfonds de l’âme du héros. A travers ses yeux étonnés et curieux, nous découvrons un monde naturel et harmonieux, peuplé par des créatures féeriques proches de la nature et des arbres. Véritable message écologique, les auteurs déplorent par ce texte la disparition des liens unissant l’homme à la nature, et par cela-même menant à sa destruction. Un message sur fond de mythologie et de féerie où l’on ne croise aucune lourdeur ni sentiment de moral, tant la poésie et la beauté des mots est présente.

Les illustrations de Laurent Miny donnent vie au texte. Rappelez-vous, nous l’avions déjà croisé sur ce blog en compagnie de Claudine Glot dans le Carnet de route de la Bretagne Féerique , ouvrage également édité par Soleil. Il mêle ici croquis et illustrations en couleurs: nous y découvrons des créatures étranges à la beauté sans pareil, où l’on croise même dans certaines d’entre elles un détail, une posture, un visage, hommage aux créatures de Brian Froud.

La maquette du livre a quant à elle été réalisée par le talentueux Yoann Lossel. Il en résulte un livre très harmonieux où textes et images se mêlent et se croisent sans jamais empiéter l’un sur l’autre. Le lecteur est accompagné, guidé dans le livre par un dégradé de couleur rappelant les saisons qui passent.

Vous l’aurez compris, le chant des Brumes est un très beau voyage où écritures et images accompagnent le lecteur aux frontières du rêve, de l’imaginaire et de la féerie.

Le Chant des Brumes, Laurent Miny, Christelle Grandjean, Ozégan, Yoann Lossel, éditions Soleil Productions, 2010

Toutes les images ©Copyright Laurent Miny/ Christelle Grandjean/Ozégan/Yoann Lossel/éditions Soleil Productions

Alchimie

J’ai découvert l’écriture de Beth Fantaskey il y a quelques mois avec son excellent comment se débarrasser d’un vampire amoureux. Alchimie, du même auteur, à paraître début septembre dans la collection MsK des éditions du Masque est un roman de la même vaine, sauf que contrairement à son prédécesseur à longues dents, il n’est point question ici de vampire, mais de la noirceur et des dangers que peuvent receler une âme humaine.

Jill Jekel, c’est la jeune fille que personne ne remarque jamais. Excellente élève atteinte d’une grande timidité, c’est l’amie bouche-trou, celle dont on aime profiter et se moquer et qui ne dit jamais rien pour se défendre. Son chemin croise un jour de classe l’intrigant Tristan Hyde, élève studieux cachant un terrible secret. Et entre eux, ça fait mouche, après tout Jekel et Hyde ça vous rappelle également vaguement quelque chose, non?

Beth Fantaskey vogue sur la vague des amourettes adolescentes sur fond de surnaturel. Pourtant loin d’inspirer un air de déjà-vu, son histoire nous plonge dans une rencontre unique entre la littérature classique et une histoire d’amour moderne. L’auteure s’est en effet très fortement inspirée du célèbre Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson pour concocter son histoire, le présentant comme un roman basé sur une histoire réelle, et qui dit histoire réelle dit également personnages existant réellement. Nos jeunes héros, Jill et Tristan se retrouvent ainsi affublé d’ancêtres peu commodes, adeptes d’ expériences scientifiques terrifiantes et dangereuses ayant des répercussions sur la vie des deux adolescents. Le jeune Hyde a des pertes de mémoire de plus en plus récurrentes et ignore totalement ce que celui qu’il surnomme le monstre fait pendant ce temps. Quand à l’ héritière des Jekel, son père a été retrouvé assassiné dans des circonstances mystérieuses. La solution à ces nombreux mystères se trouve peut-être dans la boîte fermée à double tour se trouvant dans le bureau du père de Jill, une boîte qui contiendrait la formule secrète de la transformation du Dr. Jekyll  en son alter ego maléfique, le monstrueux Mr Hyde. Formule, que nos jeunes tourtereaux vont évidemment tenter de reproduire lors d’un concours scientifique, sans se douter une seule seconde que la solution est parfois plus dangereuse que le problème.

L’écriture de  Beth Fantaskey est toujours aussi sympathique à parcourir, on se laisse très facilement porter par le récit, même si certaines révélations se font sentir à un kilomètre à la ronde. J’ai trouvé intéressante l’idée de changement de narrateur: nous partageons ainsi tour à tour le point de vu de Jill et Tristan, ce qui rythme agréablement le récit et lui évite la monotonie. Même si j’ai beaucoup moins apprécié Alchimie que son prédécesseur comment se débarrasser d’un vampire amoureux, ce titre est néanmoins une belle découverte qui m’a donné envie de me replonger dans le classique de Stevenson.

Alchimie, Beth Fantaskey, éditions du Masque Msk, à paraître le 8 septembre 2010

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.