Bazmaru et la fille du vent

L’histoire

Élevée par son père depuis la mort de sa mère, Aéris a grandi dans un zoo marin. Tous les jours, elle rend visite aux créatures qui l’habitent ; elle aime particulièrement le bassin aux dauphins. Un soir de tempête, elle croît apercevoir un garçon nageant en leur compagnie. Plongeant à son tour, elle est désorientée par la tempête et se noie. Ranimée par une pierre magique, elle se réveille métamorphosée et dotée de branchies. L’adolescente n’a plus qu’une idée en tête : se débarrasser de la pierre et inverser le processus. Pour atteindre ce but, elle va suivre Bazmaru jusqu’à son village afin de rencontrer le sorcier des pierres.

Un peu de blabla

Avec Bazmaru et la fille du vent, Maëlle Fierpied nous conte la rencontre extraordinaire entre deux enfants issus de deux mondes bien différents. : l’un ne pense qu’à exploiter les ressources naturelles et à épuiser la nature ; l’autre vit au rythme de celle-ci.

Roman à deux voix, nous sommes partagés entre le point de vue d’Aéris, l’humaine et celui de Bazmaru, le garçon-dauphin. L’acceptation de l’autre et la découverte d’un autre mode de vie sont les clés de la relation que tissent les deux adolescents. Avec le personnage de Bazmaru, l’auteure pointe la détérioration dangereuse de l’environnement et le non-respect de l’espace maritime. Totalement réfractaire au mode de vie des humains, les « piétineurs » comme il aime les appeler, le garçon-dauphin a vu le jour dans un monde où le respect de la nature et de ses ressources est chose banale. Son peuple vit en parfaite harmonie avec les créatures de la mer et la magie des pierres. Aéris, quant-à-elle, a grandi dans un zoo marin depuis la mort de sa mère. Même si elle a été élevée dans le respect de la nature, elle n’a pas toujours conscience du mal provoqué par les hommes et des méfaits de son mode de vie.

Loin de sa terre natale, Aéris va découvrir aux côtés de Bazmaru les profondeurs insoupçonnées de l’océan. Cinq jours vont être nécessaires aux adolescents pour rejoindre le monde du jeune garçon, cinq jours durant lesquels la jeune fille va réaliser l’ampleur de la destruction de la flore et la faune maritime.

Voyage initiatique où un garçon va devenir un homme et où une fille va prendre conscience du monde qui l’entoure, Bazmaru et la fille du vent est une très belle histoire et un énorme coup de coeur.

Bazmaru et la fille du vent, Maëlle Fierpied, L’école des loisirs (Médium), 2013

La valse des beaux livres #2

Le soleil ne s’est pas encore levé ; tout le monde dort dans la maisonnée. Tout le monde, vraiment ? La petite Anna vient d’ouvrir les yeux alors qu’il fait encore nuit noire. Accompagnée du chat Shiro, elle se glisse dans les endroits interdits, chipe lait et cerises dans le réfrigérateur, observe les ombres et la lune, joue avec les affaires de sa grande sœur, avant de retourner sous la couette avec les premières lueurs du jour.

Tout en finesse et en délicatesse, les illustrations de Komako Sakaï nous plongent dans un monde onirique bleuté. Ici, la nuit et le noir n’ont rien d’effrayants et sont au contraire un moment de découverte unique pour l’enfant.

Le temps est comme en suspens, tandis que nous suivons Anna et Shiro dans leur vadrouille secrète : un très bel album sur la thématique de la nuit et du sommeil.

Réveillés les premiers, Komako Sakaï, L’école des Loisirs, 2013

© Toutes les images Copyright Komako Sakaï /L’école des Loisirs

Le monde est recouvert d’un blanc manteau. Au loin, le narrateur aperçoit un point rouge. Qu’est-il ? Fée, feu follet ou loup féroce ? Dans la froideur et la solitude de l’hiver, le narrateur observe ce point qui s’approche, lentement.

La surprise repose, tant sur l’identité du point rouge que sur celui du narrateur. En quelques mots, Marie-Sabine Roger nous conte une rencontre inopinée au cœur de l’hiver. Comme l’indique le titre, celui-ci est au centre de l’histoire : les illustrations de Sylvie Serprix nous enveloppe dans une tempête de flocon et de glace, la blancheur est omniprésente. Toutefois, la couleur rouge prend de plus en plus d’importance et le récit se termine dans la chaleur du coin du feu.

Album de saison, tout blanc est une belle histoire transcrite par un splendide travail visuel.

Tout blanc, Marie-Sabine Roger, Sylvie Serprix, Casterman, 2013

© Toutes les images Copyright Marie-Sabine Roger/Sylvie Serprix/Casterman

Malgré les conseils de son défunt père, le petit pêcheur sort en mer alors que les nuages noirs s’amoncellent. Sous le ciel gris, les vagues se font plus grosses et dangereuses, mais le petit garçon tient bon. Soudain, quelque chose se prend dans son filet. Alors qu’il tire, la tempête se déchaîne. Et voilà que sa prise apparaît. Horreur ! C’est un squelette qui se dresse devant lui. Il a beau pagayer de toutes ses forces, la créature s’accroche. Impossible de le semer !

J’ai d’abord été séduite par l’ambiance étrange qui plane sur cet album : grisâtre, lourde, dangereuse. La première partie de l’histoire fait frémir et le squelette n’a rien d’amical. Mais comme toujours, les apparences sont trompeuses. Le revenant est ici pour donner une leçon au petit garçon, et ne partira que quand celui-ci l’aura comprise.

Dessins magnifiques inspirés d’une illustration chinoise datant du VIIe siècle, histoire surprenante, ce récit initiatique percutant devrait vous séduire.

Le petit pêcheur et le squelette, Chen Jiang Hong, L’école des Loisirs, 2013

© Toutes les images Copyright Chen Jiang Hong/L’école des Loisirs

Coeurs de rouille

Saxe rêve de quitter la ville qui l’a vu naître ; cité en plein déclin qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fût jadis. Les golems et les automates, autrefois créatures extraordinaires, ont subit le même sort, régressant jusqu’à devenir de stupides machines. Le chemin de Saxe croise celui de Dresde, créature mécanique abandonnée par son maître des siècles auparavant. Ensemble, ils vont tenter de fuir la métropole maudite.

Première excursion dans l’univers de Justine Niogret, auteure française dont j’ai entendu beaucoup de bien. Premier rendez-vous réussi – en fait non, plutôt deuxième, je viens de me rendre compte que j’avais lu une nouvelle de Justine dans l’anthologie les Fées des éditions de l’Oxymore. On tentera le triplet gagnant avec son dernier roman Mordred qui attend sagement sur les étagères.

Coeurs de rouille est un roman inquiétant, tant dans son atmosphère que dans ses personnages. Ville mourante, espèces humaine et robot déclinantes, sombres sont les perspectives de ce monde. Saxe n’a qu’un rêve : partir et découvrir le monde. Mais nul n’a jamais quitté la ville depuis des siècles. On murmure qu’une porte se trouverait dans les entrailles de monde, mais beaucoup pensent que ce n’est qu’une histoire bonne pour les enfants. Le hasard fait se rencontrer le jeune humain et une créature plusieurs fois centenaires, Dresde. Bien que tout oppose les deux êtres, une étrange complicité va naître entre Saxe et Dresde. Le rêve commun de liberté les entraîne dans les entrailles oubliées de la cité. Poursuivis par un monstre semblable à Dresde, ils s’enfoncent dans des lieux oubliés, témoins d’un passé depuis longtemps effacé.

Aventure dangereuse, quête identitaire d’un homme et d’une machine, Coeurs de rouille est un voyage à travers le temps dans les strates d’une cité décrépie abandonnée par le soleil qu’on lâche difficilement.

Coeurs de rouille, Justine Niogret, éditions Le pré aux clercs (Pandore), 2013

Les Errants, tome 1 : Origines

Un voyage scolaire au camp de travail de Struthof vire au cauchemar pour un groupe d’adolescents : un mal étrange se répand comme une traînée de poudre parmi les habitants de la région. Adultes, adolescents et enfants meurent pour mieux se relever, poursuivant les rares survivants. Marion et un groupe d’amis rescapés se retrouvent pris au piège au coeur du carnage.

Auteur, novelliste et traducteur, Denis Labbé entraîne le lecteur dans une histoire de zombies à première vue assez banale : les morts poursuivent les vivants pour leur croquer un bout de gras.

Le virus trouve son origine dans le camp de travail de Struthof. Une fiole est cassée, le mal s’échappe et contamine les personnes présentes. Les élèves scindés en deux groupes pour les visites n’ont aucune idée de ce qu’il se passe. Marion, gamine curieuse, laisse traîner ses oreilles et ses yeux là où il ne faut pas et découvre le poteau rose : des personnes tombent malades, meurent, puis se relèvent. Avec un groupe d’amis, elle prend la fuite pour tenter de rentrer chez elle et retrouver ses parents.

Si il y a une chose que je regrette dans ce roman, c’est les héros stéréotypés : nous avons droit au bad boy de service qui n’en est pas vraiment un, à la gothique, au fou des armes qui adore tirer sur tout ce qui bouge, etc … Marion, seule personnage vraiment intéressant, se retrouve chef de ce petit groupe et doit composer avec le caractère de chacun pour essayer de garder en vie toute la joyeuse troupe.

Le lecteur découvre l’étendu des dégâts à travers les yeux des adolescents. Si ceux-ci prennent la découverte de la maladie avec une certaine nonchalance au début du roman, pensant que le virus est contenu dans le camp, ils déchantent bien vite en découvrant que chaque village traversé est contaminé.

Ce premier tome des Errants est un road movie à travers les Vosges, une course contre la montre pour échapper à la mort. Bien que manquant parfois d’originalité, Origines est une aventure divertissante qui ne manque pas de pimant.

Les Errants, tome 1 : Origines, Denis Labbé, éditions du Chat Noir, 2013

La Vieille Anglaise et le continent

« Certaines personnes sont si profondément attachées à la Vie sous toutes ses formes, tous ses aspects, qu’elles consacrent leur existence à sa préservation, quitte à sacrifier celle des autres … Ann Kelvin, elle, lui consacrera sa mort. »

Auréolé de nombreuses distinctions (Grand prix de l’Imaginaire, prix Julia-Verlanger, prix Rosny aîné,…), la Vieille Anglaise et le continent est une plongée dans les profondeurs des océans et de la psyché humaine. Jeanne-A Debats y questionne le bien fondé du militantisme abusif et délivre au lecteur un message écologique sur la protection des océans et la dangereuse disparitions des grands cétacés.

A l’aube de sa mort, le docteur Ann Kelvin accepte de mêler son âme au corps d’un cachalot dans le but de protéger le milieu marin : recrutée par des activistes, elle doit propager un virus afin de rendre la chair des créatures océaniques impropre à la consommation humaine.

Eminente spécialiste de la biologie marine dégoûtée par l’utilisation excessive des ressources vitales de l’océan par l’humanité, l’héroïne choisit de délaisser son corps humain malade pour vivre une nouvelle vie dans les profondeurs de l’océan. Difficile, tant pour le lecteur que pour l’héroïne elle-même de différencier la bête de la belle : si au début de la novella, Ann Kelvin est parfaitement consciente de son identité humaine et de ses faits et gestes, elle délaisse peu à peu sa part d’humanité pour s’abandonner à sa nouvelle identité.

Si l’expérience est d’abord décrite comme une réussite, les différents protagonistes se mettent ensuite à douter du bien fondé de leur mouvement. Est-il possible d’alerter la population mondiale sans provoquer de dommages collatéraux, tant du côté humain que de celui des créatures marines ?

La Vieille Anglaise et le continent, Jeanne-A Debats, éditions Griffe d’encre, 2008

16/24

  • Tout le monde est fou

  • Dans le terrier du lapin

  • Otez votre chapeau