Gothic Faërie

Moire est l’ultime représentante des créatures féeriques dans notre monde. Alors que le Petit Peuple et les Belles Dames ont choisi de passer dans l’Outremonde pour fuir une nature envahie et transformée par les humains, la jeune fée a décidé de rester près de celui qu’elle aime. Malheureusement, les hommes ne sont pas éternels et Moire se retrouve bientôt seule dans un monde hostile où toute magie a disparu. Durant des siècles, l’esprit de la nature va côtoyer les hommes et vivre dans leur ombre … jusqu’au jour où, enfin, elle va retrouver celui qu’elle aime tant.

De Séverine Pineaux, on connaissait déjà la peintre, l’illustratrice, l’auteure. Avec Gothic Faërie, on découvre une nouvelle facette de l’artiste, puisque la grande dame se fait aussi conteuse, diseuse d’histoire. Aux côtés de Moire, le lecteur est plongé dans un monde sombre, mourant, mais néanmoins gorgé d’espoir. Sur les pas de la fée, la magie et la nature reprennent leurs droits, mais les rumeurs de la guerre et des machines l’obligent à fuir vers un monde nouveau au delà de la mer et à se cacher dans une ville aux hautes tours qui touchent le ciel.

Cette histoire, ce n’est pas la fée qui nous la rapporte, mais son journal, son fidèle confident. L’être de papier, genèse d’une créature fabuleuse, nous rapporte la légende de la dernière fée ayant foulé la Terre des hommes.

Ceux, qui comme moi, se sont émerveillés en parcourant les deux tomes d’Ysambre  retrouveront avec émotion l’univers des hommes-arbres de Séverine. Entre feuillages et rouages, l’artiste tisse un monde où se mêlent magie et essence steampunk et entraîne le lecteur à travers les mondes et époques … un voyage plein de poésie, de délicatesse et de beauté à entreprendre sans hésiter.

Gothic Faërie, Séverine Pineaux, postface de Pierre Dubois, éditions Au Bord des Continents, 2011

© Toutes les images Copyright Séverine Pineaux / éditions Au Bord des Continents

Le petit bois du dimanche soir

La petite Mariette a un secret : tous les dimanches soirs, la fillette file en douce du côté du Petit Bois. C’est en cet endroit étrange qu’elle retrouve ses amis Vieux-Loup, Lézard-Noir, Solitaire-Jack, Oie-Bel-Oeil avec lesquelles elle va vivre d’extraordinaires aventures … avant de retrouver le chemin douillet de son lit.

Grands yeux rêveurs, sourire mutin, bonnet rayé noir et blanc vissé sur la tête, la petite Mariette est une fillette pleine de vie et de rêves. C’est en marchant sur ses traces sur la pointe des pieds que le lecteur est invité à suivre son escapade dans le Petit Bois. Pour y pénétrer, nul besoin de suivre la route pavée de briques jaunes, car un simple chemin en pointillé conduit en ce lieu digne du Pays des Merveilles où l’incroyable se produit : ici, le loup ne cherche pas à vous manger, mais vous raconte au contraire de belles histoires, les lézards vous invitent à prendre le thé et les fourmis se révèlent d’excellentes joueuses de cartes.

Estelle Billon-Spagnol signe un texte court et poétique dans lequel le lecteur se balade entre rêve et réalité. Cet onirisme omniprésent, on le retrouve dans les illustrations de Xavier Collette que l’on ne présente plus. L’alternance des tons sombres et lumineux nous ouvre les portes de ce conte qui devrait séduire les plus jeunes comme les plus grands.

Le petit bois du dimanche soir, Estelle Billon-Spagnol, Xavier Collette, éditions Chocolat ! Jeunesse, 2011

© Toutes les images Copyright Xavier Collette/ Estelle Billon-Spagnol/éditions Chocolat! Jeunesse

Les gentlemen de l’étrange, tome 2 : Imago

Si je vous dis mec aux étranges pouvoirs, sorcière, souriceau géant, vous me dites quoi ? Et si je vous dis qu’à cette fine équipe s’ajoutent un docteur en psychiatrie, un inspecteur de Scotland Yard, une chienne labrador et un vampire un brin particulier ça vous parle un peu plus ? Et si je vous dis Londres, XIX ème siècle ? Nan, toujours pas ? Dans ce cas, je vous envoie directement à cette page. Pour les autres heureux lecteurs qui ont deviné de quoi je veux parler, sachez que oui, le Gentlemen de l’étrange nouveau est arrivé !

Loin des rues brumeuses londoniennes, la fine équipe de Belgravia se rend en Roumanie afin de rendre une petite visite à leur vieil ami le vampire Arpad Nocturnaeru. Evidemment, fantastique et danger vont croiser leur chemin: la fine équipe se retrouve ainsi aux mains d’une bande de suceurs de sang qui s’amuse à semer mort et malheur sur leur sillage. Une seule solution : les éradiquer avant qu’ils ne s’en prennent à de nouveaux innocents.

Aux commandes de cette nouvelle aventure, nous retrouvons une fois de plus Estelle de Gomis. C’est une quête initiatique que nous propose l’auteure dans ce tome: le lecteur est en effet invité à suivre en particulier les aventures de Wolfgang Bloodpint au cours duquel il va tenter de découvrir ce qu’il est vraiment: vampire ? Loup-garou ? Un peu des deux ? Ou totalement autre chose ? Nous partageons ainsi ses peurs, ses sombres pensées, les relations qu’il entretient avec les autres protagonistes. Nous partageons son passé et la découverte de son talent particulier. Nous nous aventurons dans un voyage temporel qui nous mène des années dans le futur.

Brutalité, mensonge, amour brisé … Estelle signe un deuxième tome plus personnel, plus intime : les émotions bouillonnent dans la tête de Wolfgang et l’étrange créature ne semble plus attendre grand chose de la vie . Peut-on forcer quelqu’un à vous aimer immuablement ? La vie n’est-elle semée que de déceptions et de rancœurs ?

Les gentlemen de l’étrange, tome 2 : Imago, Estelle Valls de Gomis, éditions Sombres Rets, 2011

Le petit chaperon rouge & ce qu’il advint dans le ventre du loup

L’histoire du petit chaperon rouge, on connaît. Mais avez-vous la moindre idée de ce qui arrive à la demoiselle une fois que celle-ci est avalée par le loup ? Cette question, François Amoretti et Audrey Alwett se sont chargés d’y répondre.

Tout débute par une balade en forêt, un petit pot de beurre et une préface. Une entrée en matière où les deux auteurs nous expliquent la réception qu’a eu le conte à l’époque de Perrault et leur volonté de reprendre le conte « tel que Perrault l’avait écrit, mot pour mot » ce qui confère à l’histoire une ambiance plus adulte accentuée par la moralité de la fin.

S’en suit ensuite le conte: l’originalité tient dans la traduction japonaise qui accompagne le texte français, ainsi que dans les illustrations de François Amoretti. Celles-ci sont en noir et blanc, agrémentées de quelques aplats de rouge, et la jeune héroïne à l’allure japonisante, n’a rien à envier aux lolitas…robe à l’allure victorienne, petits noeuds, froufrous, dentelles et coeurs, ce chaperon est très coquet et féminin (sa tenue est même décrite sous toutes les coutures à la fin de l’album) et son allure, loin d’être celle d’une petite fille, est celle d’une jeune fille aux formes naissantes.

L’aventure se poursuit une fois la jeune fille avalée: le chaperon rouge se retrouve dans l’estomac du loup où elle va vivre une étrange aventure qui n’est pas sans rappeler celle de la jeune Alice. Onirique et étrange, elle rencontre tour à tour les créatures que le loup a dévoré avant de lui rendre visite … cochon construisant sa maison, chèvre de Monsieur Seguin, sept chevreaux abandonnés de leur maman et évidemment Mère Grand, créatures qui semblent s’être accommodées de leur nouvelle condition et tentent tant bien que mal de vivre dans cet environnement improbable. Cette seconde partie est quant à elle narrée sous forme de bande dessinée.

L’ouvrage se termine en chanson avec les paroles de « promenons-nous dans les bois » et avec gourmandise puis qu’on y découvre la recette de la célèbre galette que le Petit Chaperon Rouge porte à sa Mère Grand.

Conte originel accompagné d’une suite atypique, ce petit chaperon rouge devrait séduire les amateurs de conte, ainsi que les amoureux de belles images.

Le petit chaperon rouge & ce qu’il advint dans le ventre du loup, Charles Perrault, François Amoretti, Audrey Alwett, éditions Soleil (Blackberry), 2010

© Toutes les images Copyright  François Amoretti/Audrey Alwett/éditions Soleil

Evernight, tome 1

« Et si Roméo et Juliette avaient été des vampires… »

C’est ainsi qu’est sous-titré ce roman de Claudia Gray. Je vous entends déjà dire d’un air blasé : quoi? Encore une histoire d’amour? Encore des vampires? Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des vampires qui accueillent soudainement dans leur école des humains? C’est ce qui se passe au lycée d’Evernight, ce vieux château de style gothique (et assez glauque) dans lequel débarque, contre son gré, Bianca Olivier.

Bianca est une jeune fille rousse, très timide. Ses parents l’ont obligée à quitter son ancienne école, et donc sa maison, ses amis de bac à sable, etc, pour Evernight. « Pour son bien ». Mais elle déteste parler aux jeunes de son âge quand elle ne les connaît pas et surtout quand ils sont aussi bourgeois! Pour eux, passer une semaine à Paris, et la suivante aux Antilles tient de la routine. Bianca ne connaissait que Boston avant. Mais voilà, elle n’a pas le choix. En plus, ses parents sont professeurs dans ce même lycée. Rien ne va plus! Elle décide alors de fuguer le jour de la rentrée. A peine a-t-elle fait quelques pas dans les bois cernant le château qu’elle se sent suivie : une silhouette noire la fixe. Elle court alors, mais pas assez vite, et se retrouve plaquée au sol par un beau brun qui pense la sauver d’un terrible danger! Danger qui n’était autre que lui-même. Le mal-entendu les fait rire, puis faire connaissance, et les yeux dans les yeux, chacun de son côté se dit que, peut-être, l’autre l’apprécie un peu.

Une histoire d’amour dès les premières pages quoi. Mais il faut se méfier, les vampires ne sont peut-être pas ceux qu’on croit, dans cette inquiétante école! Et pourquoi Lucas (le beau brun sauveur de demoiselles pas si en détresse que ça) se bat-il avec tout le monde?

Malgré ses tracas, Bianca file l’amour parfait, ou presque, jusqu’au jour où un baiser tourne au drame. Et tout s’enchaîne alors. Sa meilleure amie, Raquel, est terrifiée, un élève de l’école disparaît sans laisser de traces, et surtout, pourquoi les parents de Bianca, qui semblaient bien aimer le petit-ami de leur fille, cherchent subitement à le tuer?

Un premier tome assez entraînant, qui réussit à nous surprendre au moment où on ne s’y attend pas forcément. Malgré tout, le style (de nombreux dialogues, les descriptions assez courtes, la rapidité des phrases…) montre que ce texte s’adresse en priorité à des ados (voir jeunes ados). Qu’à cela ne tienne, c’est une bonne lecture détente pour ceux qui veulent souffler entre deux Balzac! J’attends donc le deuxième tome de pied ferme.

Seul bémol : la couverture. Pourquoi au juste y a-t-il une rose bleue (une noire je comprendrais, mais bleue!) et une jeune fille imitant Blanche-Neige? Je ne vois pas le rapport avec l’histoire, même si c’est très joli. J’en appelle à ceux qui l’ont lus pour avoir une réponse!

Evernight, tome 1, Claudia Gray, éditions Pocket Jeunesse, 2011.

Les portes

Aujourd’hui Samuel, 11 ans a fait preuve d’initiative. Armé de son drap troué au niveau des yeux, il va sonner de porte en porte trois jours avant Halloween, histoire de rafler tous les bonbons avant les petits copains. Malheureusement son plan génial n’est pas du goût des voisins qui lui claquent la porte au nez. A défaut de sucreries, se sont des ennuies que le garçonnet va s’attirer, vu qu’il va surprendre ses voisins ne faisant rien de plus qu’ouvrir les portes de l’Enfer! Dés cet instant il va s’attirer les foudres d’ un puissant démon, prêt à tout pour faire disparaître ce témoin gênant, quitte à lui envoyer la moitié des habitants de l’Enfer pour l’éliminer.

J’avais A.D.O.R.E le livre des choses perdues, que j’ai d’ailleurs fait entrer de suite après lecture dans mon top 5 de livres à emmener sur une île déserte (on sait jamais, ça peut arriver, j’ai une vie tellement trépidante :p). J’avais donc vraiment hâte de découvrir le nouveau roman de John Connolly. L’auteur nous embarque dans un délire drôlissime à souhait. Sous couvert de données scientifiques irréfutables, il nous plonge dans une incroyable atmosphère où il est question de naissance de l’univers, d’accélérateur de particules, d’anges dansant (ou pas ?) sur une tête d’épingle, de morts revenant d’entre les morts, de démons semant la pagaille, de guimauves colorées et d’un petit garçon avec son chien.

Ce garçon, parlant-en d’ailleurs. Samuel, du haut de ses onze ans est un enfant intrépide, sur qui repose la lourde tâche d’empêcher les portes de l’Enfer de s’ouvrir. Normal, personne ne veut le croire (du moins au début, une fois que les démons se baladent dans la nature, c’est une autre paire de manche). Moins solitaire que le jeune héros du livre des choses perdues, il est entouré d’une fine équipe: son chien Boswell, allié incomparable quand il est question de niaquer les cuisses de démons, Tom qui manie la batte avec précision quand il est question d’assommer les méchants, Maria, petit génie adepte de trous de ver et de trous noirs et Nouillh, le Fléau des Cinq Démons, adepte de voitures et de gyrophares rouges… les démons n’ont qu’à bien se tenir !

Et tant qu’on en est à parler de monstruosités démoniaques, sachez qu’ils sont dirigés par un chef, le Mal Suprême, qui comme son nom l’indique est très très méchant (on le connaît aussi sous d’autres petits noms comme Satan, le Diable, Lucifer ou Méphistophélès). C’est lui qui est à l’origine de l’ouverture des portes, car voyez-vous il déteste ( et encore le mot est faible) les humains et veut tous les anéantir. Ses vassaux, bien que très méchants aussi, ne sont souvent pas très débrouillards, voir ridicules. En même temps, quand on est affûté de noms comme Töng, le Démon des Chaussures Inconfortables ou Figoluk, le Démon des Biscuits Rassis, il ne faut s’étonner de rien.

Au delà de l’histoire fort originale, j’ai également beaucoup aimé les notes de bas-de-page laissées par John Connolly. Celles-ci prolongent son délire et son humour, nous apprenant quelques notions fort utiles sur le Big Bang, la Divine Comédie ou le sobriquet des rois … de quoi briller en société (si vous n’êtes pas mort de rire avant) … J’ai une fois de plus beaucoup aimé l’univers de John Connolly oscillant entre enfance et monde des adultes. La fin du roman présage une suite, VIVEMENT !

Les portes, John Connolly, éditions l’Archipel, 2010
Note: Ce livre est également disponible en format adulte chez les éditions l’Archipel (2010) et en format poche chez J’ai lu (2011).

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions l’Archipel.

April, May & June

April, May et June sont trois sœurs, nées à trois ans d’intervalle, assez dissemblables. L’aînée, April, est rationnelle, May est plutôt introvertie et assez cynique, tandis que June souhaite être populaire. Mais tout va changer un beau jour, en tout point ordinaire aux autres : April se met à voir des événements qui ne se sont pas encore produits, May devient invisible lorsque ses émotions la submergent, et June peut entendre les pensées des gens qui l’entourent. Très vite, elles se rendent compte que ce qu’elles avaient pris pour des dons, peuvent se retourner contre elles, et il leur faudra se faire confiance, comme elles ne l’ont jamais fait, pour surmonter cette épreuve et maîtriser ces dons qui sont désormais les leurs.

Leurs parents viennent de se séparer, et même si elles évitent d’y penser, ce changement les perturbent toutes (surtout May). L’action se passe quelques jours après la rentrée scolaire. Elles sont toutes les trois nouvelles puisqu’elles viennent de déménager, et la grande inquiétude de June est de savoir si elle parviendra à s’intégrer au clan des « cools » du lycée. Une rentrée ordinaire en somme pour trois jeunes filles. Enfin… jusqu’à ce qu’April voit les événements une seconde avant qu’ils ne se produisent, le tout dans un brouillard rouge, que les mains de May disparaissent alors qu’elles étaient sagement posées sur le volant, et que June se mette à entendre les pensées d’un SDF. Surprenant? Pas pour la benjamine, qui est sûre que ses soeurs et elles maîtrisaient de tels dons, et s’amusaient avec, étant petites. Reste à savoir comment elles vont gérer la situation à un âge où l’on pense surtout aux garçons. Et leurs coeurs ne se mettront pas en grève le temps qu’elles comprennent ce qui leur arrive : Julian et Henry sont de la partie. Quand à June, elle se lance dans l’humanitaire, et tente de mettre de plomb dans la tête de son amie, starlette en herbe. Bonne chance les filles!

Une telle intrigue n’est pas sans rappeler la série « Charmed » créée par Constance M. Bruge et produit par Aaron Spelling. Trois sœurs, trois pouvoirs, l’hérédité de ces pouvoirs qui leur viennent de leur grand-mère (et grands-tantes pour April, May et June). Même leurs caractères sont semblables, ce que nos trois héroïnes remarquent : « On est comme… les soeurs Halliwell! ». On notera néanmoins que leur jeunesse nous place dans un tout autre univers. De plus, ce ne sont pas contre des monstres, des démons, qu’elles se battent, mais contre elles-mêmes, ce qu’elles paraissent, ce qu’elles pensent être, et ce qu’elles sont en définitive.

Un voyage initiatique assez original, serti d’une couverture que j’adore : trois filles, l’une ayant les yeux saphir, la deuxième émeraude, la troisième améthyste. Un envoûtement.

A ceux qui cherchent un roman d’un genre totalement inédit, je ne leur conseillerai peut-être pas celui-ci. Mais ceux qui pensent qu’il faut se comprendre soi-même avant de comprendre les autres et qui n’y arrivent pas : bonne lecture !

April, May & June, Robin Benway, édition Nathan, 2010.


La peau des rêves, tome 1 : nuit tatouée

Envie de monde apocalyptique? De paysages désertiques peuplés de créatures étranges et dangereuses ? Alors peut-être devriez-vous vous plonger dans le petit dernier de Charlotte Bousquet.

Nuit tatouée, premier tome de la peau des rêves nous emporte des années dans le futur dans un Paris détruit, totalement en ruine. La nature y a repris ses droits et des êtres mi-animaux, mi-humains appelés chimères y survivent. Totalement isolés, une poignée d’humains essaient de survivre jour après jour, menant une guerre intraitable contre ces créatures qu’ils considèrent comme leur pire ennemi.

Cléo a été élevée par le clan du passage. Humaine, elle ne sait rien de son passé, mis à part que les chimères ont massacrés ses parents lorsqu’elle était enfant. Au cours d’un combat contre l’une d’entre elles, la jeune fille découvre avec surprise que la créature porte un tatouage au poignet en tous points semblable au sien. L’adolescente décide alors de se lancer dans une quête dangereuse afin de découvrir les secrets de son passé, une chasse qui va la mener sur les traces de la créature qu’elle suspecte être la clé de son passé.

L’originalité de ce roman repose sur sa forme: à la façon de Shéhérazade et des mille et une nuit, Najma, une jeune gypsie aux pouvoirs mystérieux retarde l’heure de son jugement en contant des histoires qui prennent vie grâce à la magie de ses tatouages: Cléo est donc l’héroïne de l’une de ces histoires. Le lecteur ne suit donc pas une, mais deux histoires. Pas de relation entre les deux pour l’instant, même si les tatouages sont les éléments clés déclencheurs dans les deux cas.

J’avais beaucoup aimé la marque de la bête. Je connaissais donc déjà la plume de Charlotte Bousquet que j’avais également rencontré dans divers recueils dont l’excellent Contes de villes et de fusées. J’ai de nouveau trouvé son écriture très agréable à lire, simple et fluide. Bien que les bases de l’histoire sentent le déjà vu (une jeune fille part à la recherche de son passé, un triangle amoureux), Charlotte réussit à surprendre le lecteur par son intrigue complexe où se mêlent magie et monde post-apocalyptique. Cléo est une jeune femme forte et courageuse dont on ne se lasse pas de suivre les mésaventures… j’attends la suite avec impatience!

La peau des rêves, tome 1 : nuit tatouée, Charlotte Bousquet, éditions L’Archipel (Galapagos), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions L’Archipel.

The Midnight Library, tome 11: Rêves hantés

Des histoires qui font peurs avec des fantômes et tout et tout ? Ça tombe bien, c’est le mois Halloween sur le blog. Enfin peur, tout est relatif. Si tu as entre 10 et 12 ans, peut-être qu’une des trois histoires composant ce recueil te donnera-t-elle quelques frissons, ou tout au moins quelques hérissements épidermiques. Pour les plus âgés, un brun de nostalgie se mettra peut-être à souffler à la lecture de la collection Midnight Library, car le peu que j’en ai lu m’a fait méchamment penser à la collection imaginée et écrite par  R. L. Stine dans les années 90, j’ai nommé les inoubliables Chair de Poule. (Et là je parle de la première série avec les couvertures kitchissimes à bordure multicolore, pas celle qu’on croise actuellement en librairie).

The Midnight Library est donc selon l’éditeur, je cite « une collection terrifiante de nouvelles à glacer le sang ». Je n’irai sans doute pas jusque là, même si les plus jeunes lecteurs passeront sans doute un assez bon moment.

Rêves hantés est le onzième tome de la collection, collection dont chaque tome se lit totalement indépendamment. On y découvre trois nouvelles: rêves hantés, la course et la Danse du Carnaval. Ces trois histoires ont pour point commun d’avoir des enfants d’une douzaine d’années comme héros et héroïnes. Ils vont évidemment tous vivre une expérience mortellement terrifiante. Rien ne leur est épargné et tous passent un très mauvais quart d’heure en compagnie d’un moine encapuchonné, d’une fantôme adepte de la course à pieds ou d’un Dieu Inca décidé à voler le souffle de vie.

Chaque nouvelle étant construite sur le même schéma, on n’est guère surpris que par la chute de la première, les deux autres n’étant qu’une reproduction de celle-ci. Donc voilà, moi avec mes yeux de trentenaire, j’ai trouvé ça un peu lent, attendu, finalement pas très intéressant. Mais je me dis que ça a sans doute du potentiel pour les choupis d’une dizaine d’années avides d’histoires qui finissent mal dont le héros leur ressemble.

The Midnight Library, tome 11: Rêves hantés, Nick Shadow, éditions Nathan, 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Nathan.

Des loups dans les murs

« Si les loups sortent des murs, alors tout est fini »

Lucie en est persuadée, quelque chose se cache dans les murs. Araignée ? Cafard ? Autre bestiole pas glop ? C’est presque ça, en plus gros et plus poilu. La gamine en est certaine, des loups ont trouvé refuge dans les murs de sa maison. Seulement, problème. Personne ne veut l’écouter ! Son père, sa mère, son petit frère … personne ne veut la croire ! Jusqu’au jour où les loups sortent des murs et prennent le contrôle de la maison. La famille se retrouve donc à la rue, obligée de dormir dans le jardin. Oui, mais voilà, Lucie n’est pas du tout d’accord, surtout que son cochonou est resté dans la maison. S’armant de tout son courage, elle va affronter les créatures sanguinaires … amatrices de confiture maison.

Avec des loups dans les murs, Neil Gaiman s’attaque à une créature mythique: le loup ! Toutefois, loin de la créature sanguinaire issue de l’imaginaire collectif, les loups de Gaiman hantent les murs des maison, se goinfrent de confiture, font de grandes fêtes, se laissent glisser le long des rampes d’escaliers ou piquent les jeux vidéos histoire d’en faire une partie … et sont terriblement effrayés par les humains qui sortent des murs !

Côté illustration, on retrouve Dave Mc Kean. Si comme moi, vous êtes un inconditionnel de Gaiman, vous avez sans doute reconnu la patte de celui qui a signé la couverture de Coraline. Les tons des illustrations sont assez sombres, à l’image de l’aventure que vit la petite Lucie : avec un univers assez déroutant tissé de collages et de gribouillis, il plonge le lecteur dans un monde aux multiples visages, effrayant, mystérieux, mais néanmoins assez drôle.

Des loups dans les murs est un conte aux nombreux niveaux de lecture, qui plonge le lecteur dans la plus grande peur d’une petite fille. On retrouve la poésie de Neil Gaiman qui jongle avec délicatesse avec l’imaginaire et la réalité… un très bel album !

Gaiman, Neil. Mc Kean, Dave. Des loups dans les murs. Editions Delcourt, 2003

© Toutes les images Copyright Dave Mc Kean/ Neil Gaiman/ éditions Delcourt