Le val de la morte embrassée

L’histoire

Jeune journaliste, Jubella est invitée dans le Kent pour interviewer Lord Farnsworth, ancien magnat ruiné qui vit dans son manoir. Il lui confit un secret : l’existence réelle des Eveilleurs, des individus capables de ramener des êtres de la mort par la grâce d’un simple baiser. Lui-même se définit comme le dernier et lui montre un tableau inédit de William Turner : le Val de la Morte Embrassée. Il affirme que s’il devait lui arriver malheur, ce tableau en serait la cause. Le lendemain, Lord Farnsworth est retrouvé mort dans des conditions mystérieuses. Fascinée par les propos de la veille, Jubella décide de mener sa propre enquête.

Un peu de blabla

Avec le val de la morte embrassée, Michel Honaker signe un thriller fantastique original où les princes charmants réveillent les demoiselles mortellement endormies. Du fin fond du Kent en passant par Paris et Prague, l’héroïne poursuit une quête mouvementée pour découvrir la vérité sur la mort du dernier Eveilleur et retrouver une peinture disparue.

Beaucoup de bonnes idées dans ce roman : les Éveilleurs, êtres capables de rendre la vie à la personne aimée d’un simple baiser sont présentés comme des hommes légendaires, ayant inspirés les princes charmants des contes. Loin de l’image du beau jeune homme sur son blanc destrier, les Eveilleurs vivent dans le secret, cachant leur don et leur héritage. Lord Farnsworth, le dernier d’entre eux, invite Jubella, une jeune journaliste, à écouter son histoire, mais est tué par les Vicaires, groupe d’hommes aux motivations obscures qui se sont donnés pour mission de rayer les Eveilleurs de la carte. Jubella y voit la chance de lancer sa carrière journalistique et se lance sur les traces des tueurs, sans se douter qu’elle va se mettre elle-même en danger de mort.

Lval de la morte embrassée est un roman original et riche qui aurait mérité d’être un peu plus développé : on reste un peu sur sa faim, tant les événements se succèdent à une vitesse folle. Pas le temps de s’attarder sur les motivations ou la psychologie de certains personnages, dommage !

Le val de la morte embrassée, Michel Honaker, éditions Flammarion, 2013

La valse des bds #1

L’histoire

Des années après leur séparation, un groupe d’amis se retrouvent : sous des airs de franches camaraderies se cachent de nombreux non-dits et une certaine rancœur. Certains ont réussi financièrement, d’autres ont fondé une famille. Sandro, jadis chanteur du groupe de rock que les amis constituaient, a quitté le navire pour la jouer solo. En faisant ce choix, il se retrouve propulsé sous la lumière des projecteurs et devient une star. C’est toutefois un homme brisé par la mort de son fils que découvrent ses amis lors de leur réunion.

Un peu de blabla

De la lumière à l’obscurité, la descente aux enfers se fait rapide pour le groupe : alcool, drogue, amours passagers ponctuent le quotidien des musiciens. Cette vie, nous la découvrons à travers de nombreux flash-backs qui ponctuent leurs retrouvailles. Si certains apprécient le présent et la vie tranquille liée à l’anonymat, d’autres ruminent encore le passé.

Très loin de l’univers de Titeuf, Zep nous offre une histoire intimiste très bien menée, mêlant humour et émotions .

Une histoire d’hommes, Zep, éditions Rue de Sèvres, 2013

© Toutes les images Copyright Zep/Rue de Sèvres

L’histoire

La bd de Soledad est une compile des planches parues chaque semaine dans le magasine Elle depuis un an. En une soixantaine de pages, l’auteure-dessinatrice explore des questions telles que « êtes-vous une fille d’hiver ? », « comment ça se passe quand les enfants quittent le nid ? » ou « pourquoi faut-il faire un régime avant l’été ? ».

Un peu de blabla

Je n’avais jamais lu une planche de Soledad avant d’ouvrir cette bd et je me dis que je n’ai peut-être rien raté. Je me suis sentie peu concernée par ses anecdotes : trentenaire sans enfant vivant en province, ses histoires d’ados ou de soldes parisiens ne m’ont pas parlé du tout et c’est tout juste si quelques-unes de ses aventures m’ont arrachées un sourire. Au final, une bd qui n’était clairement pas faite pour moi.

La BD de Soledad, Soledad, éditions Rue de Sèvres, 2013

© Toutes les images Copyright Soledad/Rue de Sèvres

Ferrailleurs des mers, tome 2 : Les cités englouties

L’histoire

Mouse et Mahlia ont grandi dans un monde chaotique en guerre. Orphelins recueillis par un vieux médecin, ils survivent au jour le jour dans un petit village. Au cours d’une exploration, leur chemin croise celui de Tool, créature génétiquement modifiée pour la guerre. Avec lui, les deux adolescents vont se trouver devant le choix crucial de se sauver soi-même ou de sauver la vie de  la personne qui a sauvé la leur.

Un peu de blabla

Les cités englouties n’est pas la suite directe de Ferrailleurs des mers. Même si l’on retrouve le même univers post-pétrole que dans celui-ci, ce deuxième tome donne la parole à deux nouveaux personnages : Mouse et Mahlia. Ceux-ci vont venir en aide à Tool, l’homme-chien génétiquement modifié pour la guerre découvert dans le premier tome.

Toujours aussi sombre, le futur dépeint par Paolo Bacigalupi décrit une Amérique qui a basculé dans la guerre civile depuis des années. Les enfants sont transformés en machine à tuer et les hommes se battent pour conserver les miettes d’une civilisation jadis prospère. Les métropoles s’enfoncent inexorablement dans les flots et c’est sur leurs ruines que se déroulent la majorité des combats.

Mahlia est apprentie-médecin. Métisse, elle a vu le jour dans les cités englouties. Née de l’union d’une locale et d’un soldat libérateur chinois, sa tête est mise à prix à cause de son origine : les asiatiques sont devenus les ennemis à abattre depuis que ceux-ci ont tenté de civiliser les « sauvages » américains et de mettre un terme au conflit des cités englouties. Gamine courageuse, elle ne rêve que de passer la frontière pour quitter la zone de guerre. Enfant, elle a échappé de peu à l’horreur des combats grâce à son ami Mouse, mais y a laissé une de ses mains. C’est toutefois sans hésiter qu’elle choisi d’y retourner pour libérer son ami recruté de force dans l’armée de libération.

Avec les cités englouties, Paolo Bacigalupi explore encore une fois un sujet sensible : après le travail des enfants dans Ferrailleurs des mers, se sont les enfants soldats qui sont au centre de l’histoire. Monde barbare où toute trace d’humanité semble avoir disparu, monde violent où il ne reste que la survie, l’atmosphère du roman est très sombre. C’est néanmoins une puissance histoire de loyauté et de valeurs humaines que nous découvrons.

Les cités englouties, Paolo Bacigalupi, éditions Au Diable Vauvert, 2013

Bazmaru et la fille du vent

L’histoire

Élevée par son père depuis la mort de sa mère, Aéris a grandi dans un zoo marin. Tous les jours, elle rend visite aux créatures qui l’habitent ; elle aime particulièrement le bassin aux dauphins. Un soir de tempête, elle croît apercevoir un garçon nageant en leur compagnie. Plongeant à son tour, elle est désorientée par la tempête et se noie. Ranimée par une pierre magique, elle se réveille métamorphosée et dotée de branchies. L’adolescente n’a plus qu’une idée en tête : se débarrasser de la pierre et inverser le processus. Pour atteindre ce but, elle va suivre Bazmaru jusqu’à son village afin de rencontrer le sorcier des pierres.

Un peu de blabla

Avec Bazmaru et la fille du vent, Maëlle Fierpied nous conte la rencontre extraordinaire entre deux enfants issus de deux mondes bien différents. : l’un ne pense qu’à exploiter les ressources naturelles et à épuiser la nature ; l’autre vit au rythme de celle-ci.

Roman à deux voix, nous sommes partagés entre le point de vue d’Aéris, l’humaine et celui de Bazmaru, le garçon-dauphin. L’acceptation de l’autre et la découverte d’un autre mode de vie sont les clés de la relation que tissent les deux adolescents. Avec le personnage de Bazmaru, l’auteure pointe la détérioration dangereuse de l’environnement et le non-respect de l’espace maritime. Totalement réfractaire au mode de vie des humains, les « piétineurs » comme il aime les appeler, le garçon-dauphin a vu le jour dans un monde où le respect de la nature et de ses ressources est chose banale. Son peuple vit en parfaite harmonie avec les créatures de la mer et la magie des pierres. Aéris, quant-à-elle, a grandi dans un zoo marin depuis la mort de sa mère. Même si elle a été élevée dans le respect de la nature, elle n’a pas toujours conscience du mal provoqué par les hommes et des méfaits de son mode de vie.

Loin de sa terre natale, Aéris va découvrir aux côtés de Bazmaru les profondeurs insoupçonnées de l’océan. Cinq jours vont être nécessaires aux adolescents pour rejoindre le monde du jeune garçon, cinq jours durant lesquels la jeune fille va réaliser l’ampleur de la destruction de la flore et la faune maritime.

Voyage initiatique où un garçon va devenir un homme et où une fille va prendre conscience du monde qui l’entoure, Bazmaru et la fille du vent est une très belle histoire et un énorme coup de coeur.

Bazmaru et la fille du vent, Maëlle Fierpied, L’école des loisirs (Médium), 2013

La valse des beaux livres #2

Le soleil ne s’est pas encore levé ; tout le monde dort dans la maisonnée. Tout le monde, vraiment ? La petite Anna vient d’ouvrir les yeux alors qu’il fait encore nuit noire. Accompagnée du chat Shiro, elle se glisse dans les endroits interdits, chipe lait et cerises dans le réfrigérateur, observe les ombres et la lune, joue avec les affaires de sa grande sœur, avant de retourner sous la couette avec les premières lueurs du jour.

Tout en finesse et en délicatesse, les illustrations de Komako Sakaï nous plongent dans un monde onirique bleuté. Ici, la nuit et le noir n’ont rien d’effrayants et sont au contraire un moment de découverte unique pour l’enfant.

Le temps est comme en suspens, tandis que nous suivons Anna et Shiro dans leur vadrouille secrète : un très bel album sur la thématique de la nuit et du sommeil.

Réveillés les premiers, Komako Sakaï, L’école des Loisirs, 2013

© Toutes les images Copyright Komako Sakaï /L’école des Loisirs

Le monde est recouvert d’un blanc manteau. Au loin, le narrateur aperçoit un point rouge. Qu’est-il ? Fée, feu follet ou loup féroce ? Dans la froideur et la solitude de l’hiver, le narrateur observe ce point qui s’approche, lentement.

La surprise repose, tant sur l’identité du point rouge que sur celui du narrateur. En quelques mots, Marie-Sabine Roger nous conte une rencontre inopinée au cœur de l’hiver. Comme l’indique le titre, celui-ci est au centre de l’histoire : les illustrations de Sylvie Serprix nous enveloppe dans une tempête de flocon et de glace, la blancheur est omniprésente. Toutefois, la couleur rouge prend de plus en plus d’importance et le récit se termine dans la chaleur du coin du feu.

Album de saison, tout blanc est une belle histoire transcrite par un splendide travail visuel.

Tout blanc, Marie-Sabine Roger, Sylvie Serprix, Casterman, 2013

© Toutes les images Copyright Marie-Sabine Roger/Sylvie Serprix/Casterman

Malgré les conseils de son défunt père, le petit pêcheur sort en mer alors que les nuages noirs s’amoncellent. Sous le ciel gris, les vagues se font plus grosses et dangereuses, mais le petit garçon tient bon. Soudain, quelque chose se prend dans son filet. Alors qu’il tire, la tempête se déchaîne. Et voilà que sa prise apparaît. Horreur ! C’est un squelette qui se dresse devant lui. Il a beau pagayer de toutes ses forces, la créature s’accroche. Impossible de le semer !

J’ai d’abord été séduite par l’ambiance étrange qui plane sur cet album : grisâtre, lourde, dangereuse. La première partie de l’histoire fait frémir et le squelette n’a rien d’amical. Mais comme toujours, les apparences sont trompeuses. Le revenant est ici pour donner une leçon au petit garçon, et ne partira que quand celui-ci l’aura comprise.

Dessins magnifiques inspirés d’une illustration chinoise datant du VIIe siècle, histoire surprenante, ce récit initiatique percutant devrait vous séduire.

Le petit pêcheur et le squelette, Chen Jiang Hong, L’école des Loisirs, 2013

© Toutes les images Copyright Chen Jiang Hong/L’école des Loisirs

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