L’âge des miracles

Julia est une jeune fille comme les autres. A peine sortie de l’enfance, elle observe le monde autour d’elle. A onze ans, Julia découvre les premiers sentiments amoureux, les cachotteries des adultes. A travers elle, nous observons également un monde qui change, dangereusement : c’est d’abord quelques minutes de plus dans la journée qui passent inaperçues. Puis celles-ci ne durent plus 24 heures et atteignent 26, 28, 30 heures et plus. Les répercutions sont effrayantes, malgré les mesures prises par les autorités. Certains cèdent à la panique, tandis que d’autres nient l’évidence et s’accrochent à leur routine. Pourtant, la fin du monde est imminente.

J’ai été profondément touchée par ce roman, sans doute à cause du choix de la narration. Tous les faits nous sont contés par Julia, qui du haut de ses onze ans ne comprend pas forcément ce qui se passe. Il en résulte une innocence qui s’effrite au fur et à mesure qu’on avance dans l’Age des miracles. Malgré la fin inéluctable du monde tel que nous le connaissons, les parents de Julia ont décidé de continuer à vivre normalement. Julia va donc au collège. Elle connaît ses premières déceptions amicales et sa  première histoire d’amour.

Karen Thompson Walker signe un roman d’anticipation sur la capacité d’adaptation de l’homme face à une nature qui lui est désormais hostile. A aucun moment, nous ne savons pourquoi la rotation de la Terre s’est soudain mise à ralentir. Les hommes doivent apprendre à s’adapter à ces nouveaux changements. D’abord terrifiés et persuadés qu’ils n’ont plus que quelques jours à vivre, les humains finissent par se lasser de cette épée de Damoclès qui pèse au dessus de leur tête. La peur de la nouveauté laisse place à la banalité. Evidemment ces journées qui s’allongent sans fin ont des répercutions visibles : les journées durent plus longtemps, de même que les nuits. En l’espace de quelques mois, il est devenu impossible de suivre la course du soleil et le gouvernement décide, pour des raisons économiques, de revenir à la journée de 24 heures. Certaines journées ne sont donc composées que de lumière, d’autres que de nuit et les humains doivent s’adapter à ce nouveau cycle de vie.

Aux conséquences économiques s’ajoute des conséquences climatiques et écologiques. La gravité et les marées changent. Les oiseaux s’écrasent sur le sol, les baleines s’échouent. La végétation se raréfie, et si l’humanité peut encore se nourrir, c’est grâce aux nombreuses centrales qui produisent lumière et chaleur. Finalement, c’est la stratosphère qui lâche, mettant fin à la dernière protection contre les radiations du soleil. Pourtant, contre toute attente, les humains trouvent des solutions pour continuer à vivre, gagner quelques jours de plus de répit.

Avec l’âge des miracles, Karen Thompson Walker signe un roman extrêmement riche touchant à de nombreux aspects, tant psychologique qu’écologique. C’est un roman poignant, témoignage imaginaire sur une hypothétique fin du monde. Une adaptation cinématographique est en cours.

L’âge des miracles, Karen Thompson Walker, éditions Presses de la cité, 2012

Je suis rage

Hermann Heliophas n’aime personne. Dégoûté par ses semblables, il aurait préféré ne jamais voir le jour dans ce monde. C’est un être asocial, méprisant et hautain qui ne lèverait pas le petit doigt pour aider son prochain. Contre toute attente, c’est pourtant sur ses épaules que va reposer l’avenir du genre humain. Un jour, l’homme remarque qu’une bosse lui pousse sur le haut du crâne. D’abord banale grosseur, celle-ci grossit jusqu’à atteindre des proportions inquiétantes. Puis c’est l’explosion qui libère une créature mortellement dangereuse, Rage. Se sentant responsable, Hermann se lance sur les traces de sa création.

De Neil Jomunsi, j’ai lu le premier opus de Jésus contre Hitler qui m’avait fait passer un excellent moment. Et puis j’ai découvert le site adopteunauteur.fr. Neil Jomunsi faisant partie des auteurs proposés à l’adoption, je n’ai pas hésité une seconde à me proposer comme future propriétaire et ainsi découvrir une autre oeuvre littéraire de cet auteur. J’ai nourri Je suis rage de toute mon attention et ne le regrette pas : ce roman est une immersion surprenante dans un monde loufoque et apocalyptique où les plus noirs sentiments prennent corps pour mettre fin à l’humanité.

Je suis rage entraîne le lecteur dans un Paris sombre et inquiétant. Dans celui-ci, deux peuples se partagent la ville : ceux d’en haut et ceux d’en bas. Cet aspect du roman m’a un peu rappelé le monde de Neverwhere de Neil Gaiman. Dans les sous-sols de la capitale, les nantis se sont regroupés en communauté, véritable ville souterraine dirigée par un roi. Ceux-ci attendent l’arrivée du Sauveur, homme qui détruira en leur nom le monde aérien et leur permettra de prendre possession de la capitale.

Hermann Heliophas, anti-héros typique, est tout désigné pour jouer ce rôle. Sa colère et sa haine à l’encontre du genre humain ont donné vie à Rage, créature insectoïde sans conscience qui sème mort et destruction sur son passage. Malgré son mauvais caractère, Hermann se sent tout de même responsable de sa progéniture. Il se lance donc dans une quête insensée pour sauver l’humanité qu’il déteste tant. Son chemin croise celui d’une demoiselle en détresse, Lucie. Jeune femme peureuse et peu charismatique, elle est la reine d’un monde imaginaire détruit par la machiavélique armée noire de Peur. Pas de chance pour les deux héros, Peur a trouvé son chemin dans les rues parisiennes, et ce n’est plus une, mais deux menaces qui pèsent sur la capitale française.

Roman décalé truffé d’humour noir, Je suis rage est un roman atypique qui surprend. Malgré la lenteur du début, j’ai été happée par l’univers imaginé par Neil Jomunsi. Entre une balade chez les fous et le Paris souterrain, le lecteur découvre que les humains les plus sensés et courageux ne sont pas forcément ceux que l’on croit. J’ai adoré.

Je suis rage, Neil Jomunsi, éditions Walrus, 2013

Lulu et le Brontosaure

« Je vais, je vais, je vais avoir
Un brontoto, un brontoto,
Un brontosaure
rien que pour moi.
« Je vais, je vais, je vais avoir
Un brontoto, un brontoto,
Un brontosaure
rien que pour moi ! »
(Chanson récurrente de Lulu qui casse les oreilles des habitants de la forêt)

Lulu, ce n’est pas une gentille petite fille. La gamine obtient toujours ce qu’elle veut en hurlant de tout son saoul. Mais pour une fois, ses parents restent ferme : non, Lulu n’aura pas le brontosaure qu’elle exige pour son anniversaire ! Qu’à cela ne tienne, la fillette quitte le cocon familial et se lance seule sur les routes à la recherche de la créature tant désirée  : direction la forêt, territoire connu pour abriter ces gros animaux.

Lulu et le Brontosaure est un roman illustré, véritable perle tant pour le texte que pour les illustrations de Lane Smith. On s’attache vite à la petite Lulu, gamine totalement insupportable qui fait exploser les ampoules par ses cris ! Quête initiatique originale dans les profondeurs de la forêt, on découvre à ses côtés des créatures dangereuses dont Lulu ne fait qu’une bouchée. Car oui, bien que très mal élevée, la petite fille ne manque pas de courage.

Evidemment, Lulu finit par tomber sur le brontosaure tant désiré. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Qui de Lulu ou le brontosaure aura le dernier mot ? Vous le découvrirez en vous plongeant dans ce sympathique roman.

Lulu et le Brontosaure, Judith Viorst, illustré par Lane Smith, éditions Milan, 2012

© Toutes les images Copyright Lane Smith/Judith Viorst/Milan

Parallon, tome 1

A première vue, on ne comprend pas bien le point commun qu’il puisse exister entre un gladiateur vivant en 152 après J.-C. et une jeune pirate informatique du XXIème siècle : d’un côté, nous avons Sethos Leontis, jeune homme beau et athlétique adulé des foules. De l’autre Eva, élève brillante collectionneuse d’établissements scolaires. D’un côté, le héros est blessé mortellement pour se réveiller dans un autre monde. De l’autre, l’héroïne est contaminée par un étrange virus. Deux héros, deux époques, et pourtant un lien étroit qui va les réunir.

Avec Parallon, Dee Shulman signe le premier tome d’une trilogie centrée sur une histoire d’amour impossible. Monde parallèle et virologie sont les principaux ingrédients de cette intrigue, originale certes, mais malheureusement mal exploitée et quelque peu brouillon. Pas vraiment d’alchimie entre les personnages, héros peu crédibles et histoire parfois longuette et tirée par les cheveux sont les principales choses que je reproche à ce roman.

L’histoire débute pourtant de façon plutôt intéressante : nous sommes en 152 après J.-C à Londinium, ville fondée par les Romains une centaine d’année plus tôt. Dans cette cité vit Sethos Leontis, un gladiateur au sommet de sa gloire. Seule ombre au tableau, c’est un esclave. Malgré ses nombreuses réussites, il ne peut prétendre épouser celle qu’il aime. En 2012, Eva est une gamine surdouée qui ne trouve pas sa place. Le piratage informatique n’a aucun secret pour la jeune fille, tout comme les matières scientifiques. Elle s’ennuie en cours, se fait volontairement renvoyer de plusieurs établissements scolaires. C’est une bad girl qui va pourtant trouver pour la première fois sa place à Sainte-Magdalen, établissement haut de gamme pour richissimes surdoués. Pendant la moitié du roman, nous découvrons en parallèle le quotidien des deux héros, pourtant situé à quelque deux mille ans d’intervalle. Et puis c’est l’instant critique, la rencontre, et le roman part en vrille.

Bien sûr, vous vous demandez comment le bellâtre se retrouve dans Londres du XXIème siècle. Sachez que la réponse à cette question est l’élément le plus intriguant et intéressant du roman : Parallon, lieu qui donne son nom à la trilogie, est un monde parallèle dont on ne sait pas grand chose. On y accède après la mort et l’imagination y est l’un des pouvoirs absolus, puisqu’on peut y faire apparaître ce que l’on imagine. Ce lieu devient l’élément clé dans la réunion des deux héros.

Déçue par ce premier tome, je n’ai pas réussi à m’intéresser à l’histoire d’amour millénaire entre les deux protagonistes. Malgré une idée de base originale, j’ai trouvé que le roman avait du mal à décoller et que les deux jeunes héros n’étaient pas crédibles. Une histoire sympathique dont il ne reste pas grand chose une fois la dernière page tournée.

Parallon, tome 1, Dee Shulman, éditions Robert Laffont (R), 2013

Les filles de Cùchulainn

Rien ne destinait Cùchulainn à rejoindre la petite île irlandaise de Greene. Si Mary et Conrad McConnaly ont pu s’offrir ce  cheval de race sans prix, c’est parce qu’il était borgne. Pourtant, le destrier se révèle ne servir à rien : refusant de travailler, il règne sur les pâturages de l’île. Mais lorsque Conrad disparaît en mer dans une tempête en laissant Mary enceinte, le cheval gagne un nouveau titre, ange gardien. Le géant noir veille sur la ferme et, une fois nées, sur les jumelles, avec lesquelles une étrange relation se tisse.

Amoureuse de l’Irlande et des légendes celtiques, c’est le titre de ce roman qui a aiguisé ma curiosité ; Cùchulainn étant un héros de la mythologie celtique irlandaise. Les filles de Cùchulainn est en fait un magnifique roman sur l’acceptation de la différence et la relation qui peut se tisser entre les animaux et les hommes. J’ai beaucoup aimé, touchée par l’atmosphère particulière de l’île de Greene.

L’histoire nous est contée par Mary McConnaly. Tout débute au début des années 20 sur la petite île de Greene. A cette époque, Mary n’est ni veuve, ni mère. Elle et son mari ont décidé d’acquérir un cheval pour aider Mary à la ferme et la jeune femme rêve de posséder le plus grand des chevaux. Son choix se porte sur Cùchulainn, Shire borgne dont personne ne veut. Malheureusement, le pur-sang se révèle totalement inutile, mais Mary ne peut se résoudre à le revendre. Puis vient la mort de son mari, pêcheur, lors d’une sortie en mer. Mary n’est qu’une veuve de plus sur la petite île qui paie chaque année un lourd tribut à l’océan. Mary partage son dure quotidien, la naissance de ses deux filles, Esther et Rebecca. A travers elle, nous découvrons les habitudes des habitants de la petite île de Greene, les souffrances et les commérages. On cancane beaucoup sur le fait que les jumelles soient différentes, qu’elles ne sachent pas s’exprimer correctement. Les fillettes ont en effet développé leur propre langage, qu’elles partagent avec le grand cheval noir. Cùchulainn va devenir l’intermédiaire privilégié dans la relation de Mary avec ses filles. A travers lui, la jeune femme va comprendre que ses filles sont loin d’être les simplettes que décrivent les habitants de l’île.

Les filles de Cùchulainn est un roman poétique sur la gémellité et la relation mère-filles. J’ai été happée par la très belle histoire de Cùchulainn : on passe du rire au larme dans ce portrait émouvant de l’Irlande du début du XXème siècle.

Les filles de Cùchulainn, Jean-François Chabas, éditions l’Ecole des Loisirs (Medium), 2013

 

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