De l'autre coté du miroir

J'aime prendre un beau livre, le regarder sous tous les angles, m'attarder sur les illustrations et le texte. Ce profond intérêt a donné lieu à une collection, puis plus tard à ce blog.

De l'autre côté du miroir

est un lieu où je partage mes découvertes, où je parle de mes coups de coeur, où j'interviewe des artistes et des auteurs dont j'aime les créations.

Au détour des pages, vous découvrirez des beaux-livres, des romans, des bandes dessinées, le tout portant sur des univers que je chéris : la féerie, la fantasy, le merveilleux et la littérature jeunesse.

Les enfants de Svetambre

Je connais Lucie Chenu pour les nombreuses anthologies qu’elle a dirigé, dont l’excellent De Brocéliande en Avalon sorti il y a quelques années. Il me semble par contre n’avoir encore jamais eu l’occasion de lire l’un de ses écrits. C’est chose faite et réparé désormais grâce à ce recueil, les enfants de Svetambre.

Svetambre a une famille nombreuse, puisqu’elle est composée de pas moins de vingt-six enfants. Comme toute bonne maman, elle les a élevé, choyé, les regardant grandir, passer d’un simple mot à une phrase complète jusqu’à atteindre la taille d’une nouvelle. Tous n’ont pas mangé à la même assiette comme nous le confie leur créatrice lors des petites introductions précédent les récits. Certains ont vu le jour au cour d’un atelier d’écriture, d’autre imaginés avec comme fabuleux destin d’être incorporé dans une anthologie . J’ai aimé ces petites confidences de Lucie au lecteur, ces explications nous plongeant dans la genèse du texte, nous aidant à mieux nous approprier son riche et poétique univers.

Les enfants de cette famille se ressemblent énormément. Tous ont hérité de la plume unique de leur génitrice, de son univers merveilleux, de ses rêves de contrées lointaines et de créatures étranges, de magie. A la croisé d’un chemin, il vous arrivera ainsi de croiser des oiseaux vengeurs, des vents ensorcelants, des prêtresses plongées dans leur cultes, des adolescents perdus, des fées en colère ou des dragons affamés. Si vous faites attention à ce que vous souhaitez vous pourrez même passer la porte et voir voler des serres-volants.

Mêlant science-fiction, fantastique ou conte, les nouvelles de Lucie nous font tantôt sourire, frémir ou larmoyer. Elles sont tantôt ombre ou lumière, tantôt jolie fée ou affreux crapaud. Elles sont enivrantes et se laissent savourer jusqu’à la dernière goutte, jusqu’au dernier instant.

Les enfants de Svetambre, Lucie Chenu, éditions Rivière Blanche, 2010

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec blog-o-book et les éditions Rivière Blanche

La marque de la bête

Bruna de Caracal vit seule avec son père dans le domaine de celui-ci depuis la mort de sa mère. Cette triste disparition a métamorphosé le seigneur le plongeant peu à peu dans la folie et l’alcoolisme, lui qui qui fût autrefois un grand héros, conquérant de l’abominable Moroch, horrible monstre qui sévissait dans les bois. Un soir, leurré par la ressemblance de la jeune fille avec sa mère, il tente de la violer. Terrifiée, Bruna le blesse mortellement et s’enfuit, emportant avec elle la peau de la bête et s’enfonce au plus profond des bois, loin du monde des hommes.

Charlotte Bousquet signe ici un roman très sombre librement inspiré du conte Peau d’âne de Charles Perrault. Nous y retrouvons un père épris de sa fille, fille qui lance à son père une série d’épreuves pour échapper à ce triste destin. Toutefois les fées sont absentes de ce monde moyenâgeux, où la jeune fille ne trouve qu’une issue pour se soustraire à la menace paternelle, celle de donner la mort. Tout comme la princesse du conte, Bruna se couvre d’une peau avant de s’enfuir, non pas de celle d’un âne, mais de celle représentant la gloire passée de sa famille, la peau du Moroch.

Seule, terrifiée, elle trouve refuge dans les profondeurs des bois, sans se douter un seule instant qu’en ce lieu va se jouer un difficile combat, celle de son humanité contre la bestialité, celle de la pureté contre la noirceur. Manipulée, utilisée par l’esprit du Moroch, elle va pourtant trouver en lui le seul réconfort contre la solitude profonde qui l’accable.

L’histoire est originale et très bien menée, mêlant à un récit fantastique des thèmes forts tels que la culpabilité, l’inceste, la folie et l’identité . La marque de la bête nous plonge dans une atmosphère troublante et pesante dont l’enjeu est une âme humaine. Le lecteur est pris dans les méandres du destin tragique de Bruna de Caracal, sensation accentuée par l’ambiance moyenâgeuse planant sur le roman. Une époque où croyances et magie se mêlent, où la simple évocation des bois, lieu inconnu où séjournent les monstres et les démons, plongent les habitants dans la peur et le doute.

La marque de la bête, Charlotte Bousquet, Editions Mango (Royaumes Perdus), 2009

16 lunes

Ça fait plusieurs nuits que le jeune Ethan Wate fait le même rêve, une chute dans un trou noir, profond, sans fin. Une plongée où il n’est pas seul, car il tombe avec cette fille, cette inconnue qui est toujours là, l’appelant, le suppliant de l’aider. Aussi quel n’est pas sa surprise en découvrant que la nouvelle élève qui vient de débarquer au lycée est en fait l’inconnue de son rêve. Cette fille, c’ est Lena Duchannes et c’est la  nièce de Macon Ravenwood, le reclus de la ville, celui que l’on considère comme aliéné sous prétexte qu’il ne se montre jamais. Autant dire que son intégration pose quelques problèmes, et c’est d’autant plus difficile qu’une série d’événements bizarres se passent en sa présence, provoquant la médisance des autres élèves et des habitants de la petite ville.

Bienvenue à Gatlin, petite bourgade située au sud est des Etats-Unis ayant la particularité de vivre dans le souvenir de la Guerre de Sécession. Les habitants y sont dépeints comme incroyablement hostiles et in-accueillants envers les étrangers, j’entends par là ceux qui n’ont pas eu la chance de grandir et de passer toute leur vie dans ce coin idyllique. Ethan Wate a grandit dans cette ambiance, et il n’a qu’un rêve, celui de foutre le camp. Son quotidien est transformé le jour où il rencontre la mystérieuse Lena Duchannes. Tout en lui lui crie de ne pas lui parler, de ne pas l’approcher, de ne même pas la regarder, car il le sait, devenir ami avec un étranger, c’est s’attirer les foudres des autres élèves et se retrouver mis à l’écart. Mais il ne peut se l’expliquer, il est attiré par l’adolescente, d’autant plus qu’il reconnaît en elle la fille qui hante ses rêves.

16 lunes est au premier abord un roman sur la difficulté d’intégration où se mêle une histoire d’amour entre deux adolescents comme nous en voyons fleurir sur les étalages depuis quelques temps. Evidemment il y a du surnaturel, de la magie dans l’air, sinon ça ne serait point drôle. Ce roman nous ouvre les portes d’un monde étrange à la Harry Potter, un monde invisible aux humains peuplé par de puissants enchanteurs. Et comme tout n’est pas blanc et parfait, il y en a des gentils et … des méchants évidemment ! Tout enchanteur arrivant à ses 16 ans doit choisir sa voie, le bien ou le mal, semer bonnes actions ou engendrer peine et destruction. Lea, elle, ne va pas avoir la chance d’avoir le choix. Comme tous les membres de sa famille, elle est sujette à une malédiction lui enlevant le libre arbitre, le choix de sa décision le soir de ses 16 ans. Nos deux jeunes héros vont donc jouer les détectives à travers les méandres du temps et les secrets de famille pour trouver une solution car l’heure des seize ans de Lea approche à grands pas.

De par cette quête, nous sommes loin d’une ambiance fleur bleue où nos héros roucouleraient gaiement. Une certaine noirceur plane sur le récit, sombreur qui s’accentue au fur et à mesure que le temps passe et que l’heure fatidique approche. Lea est une fille mal dans sa peau, une gamine qui rejette ce qu’elle est et qui n’a aucun moyen de s’en tirer. C’est sans doute ce qui la rapproche d’Ethan, adolescent tout aussi paumé, étouffé par la vie qu’il mène à Gatlin.

16 lunes est un roman captivant que l’on lit d’une traite sans pouvoir le poser. L’intrigue est recherchée, même si on a parfait l’impression d’un petit sentiment de déjà-vu (Carrie sort de ce corps !). Les personnages sont attachants et travaillés et l’ambiance envoûtante. L’écriture de Kami Garcia et Margaret Stohl est très agréable et on se laisse très facilement porter par l’histoire au point de ne pouvoir la quitter comme je l’ai déjà mentionné.

16 lunes, Kami Garcia, Margaret Stohl, éditions Hachette (Black Moon), 2010

Sarah Dearly, tome 1 : Mordue

Sarah Dearly notre jeune et belle héroïne se réveille une nuit les pieds dans la tombe. Son cher rencard est en train de la couvrir de terre et semble drôlement content de lui. Pas étonnant, la trouvant super jolie et à son goût il lui a planté ses dents dans le cou, histoire de lui faire accepter de partager l’éternité à ses côtés. Mais la donzelle n’est pas du tout, mais alors pas du tout d’accord ! C’est décidé ce mec est un timbré, un psychopathe mordeur de cou, car tout le monde le sait, les vampires ça n’existe pas ! C’est sans compter que d’autres cinglés se lancent à sa poursuite dans la nuit, armés de pieux et de croix, qu’elle finit dans l’eau froide de la rivière avec un beau brun ténébreux et que ses fringues sont foutues après tout ce bordel… décidément la vie Sarah est devenue un poil mouvementée !

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce roman, le résumé à l’arrière du livre donnant l’impression que l’héroïne est une parfaite idiote sans grande jugeote. Mais étant curieuse et aimant me lancer dans des trucs où je ne sais pas où je met les pieds, je me suis lancée, et j’ai bien fait, car ce premier tome des aventures de Sarah Dearly a été une agréable surprise.

Nous découvrons le monde des créatures de la nuit à travers les yeux de la jeune femme, qui elle n’y croit pas du tout. S’ y succèdent donc situations farfelues, répliques tranchantes, car Sarah n’a pas du tout la langue dans sa poche et humour omniprésent. Sarah Dearly est une sorte de Bridget Jones vampirique, une fille qui n’a pas beaucoup de chance avec les mecs qu’ils soient humains ou à grandes dents. Malgré un aspect très superficiel, elle est passionnée de fringues, maquillage, etc, Sarah se révèle être une jeune femme très courageuse, refusant de devenir un monstre assoiffé de sang. Vision des vampires qui se révèle d’ailleurs tout à fait erronée, puisque le vampire moderne travaille, se mêle au commun des mortels et n’a pas touché à un cou depuis des lustres, préférant se nourrir de sang en bouteille. Les vampires sont ainsi dépeints comme les gentils de l’histoire, victimes innocentes des méchants chasseurs qui souhaitent débarrasser le monde de ceux qu’ils qualifient de nuisibles.

Sarah Dearly est un roman frais, agréable à lire. Il n’est pas fondamentalement novateur, mais regorge de petites trouvailles et allusions de-ci de-là qui le rende très sympathique. Je me suis très facilement laissée prendre par la vie mouvementée de Sarah Dearly, une vamp…ire qui ne laisse malheureusement pour elle pas les hommes indifférents.

Sarah Dearly, tome 1 : Mordue, Michelle Rowen, éditions Milady, à paraître le 20 Aout 2010

Cette lecture a été réalisée en partenariat avec Livraddict et  les éditions Milady

The Dangerous Alphabet

Deux courageux aventuriers en culottes courtes se lancent sur les traces d’un fabuleux trésor en compagnie de Gazelle, leur animal de compagnie, créature cornue aux grands yeux expressifs. Leur quête les précipite dans les entrailles de la ville, dans les profondeurs des égouts, lieu mystérieux et dangereux peuplé de monstres mangeurs d’enfants et de pirates égorgeurs et kidnappeurs de marmaille. Nos deux héros s’en sortiront-ils ? Là est la question !

Peut-être aviez-vous comme moi un abécédaire lorsque vous étiez petit, un livre imagé où se côtoyaient le C de chat et le Z de zèbre. Et bien Monsieur Gaiman s’est essayé à ce petit jeu, nous emportant lui aussi dans un tourbillon de lettres imagées. Sauf que le sien est d’un genre que vous n’avez certainement encore jamais croisé, les lettres y étant écrites avec le sang de pauvres enfants enlevés par les monstres du coin. Au détour des pages vous comprendrez pourquoi on vous répète depuis toujours de ne jamais accepter de bonbons de la part d’un inconnu, vous vous enfoncerez dans la tanière des plus horribles des croque-mitaines où des enfants sont enchaînés, encagés et préparés en tourtes à la viande.

Neil Gaiman signe une histoire délicieusement macabre ayant la particularité de ne faire que vingt-six lignes. Mais c’est largement suffisant pour nous laisser prendre par les aventures de ces deux enfants et par cette ambiance un brin gothique et Burtonesque merveilleusement desservie par les illustrations de Gris Grimly.

The Dangerous Alphabet, Neil Gaiman, Gris Grimly, éditions HarperCollins, 2010

Toutes les images ©Copyright Neil Gaiman/ Gris Grimly/ éditions HarperCollins