Les Ténèbres de Londres, tome 1 : Magie Urbaine

Pete Caldecott, seize ans, assiste à une séance de magie noire avec Jack Winter, petit ami de sa soeur et mage de son état. Mais l’expérience tourne mal et la jeune fille s’enfuit, laissant Jack pour mort. Des années plus tard, Pete est devenue une inspectrice prometteuse et son boulot l’emmène à enquêter sur la disparition d’une enfant. Contactée par un informateur anonyme qui demande à la rencontrer, elle se retrouve nez à nez avec … Jack. Celui-ci lui indique où trouver la petite fille et où se cachent ses kidnappeurs. Pete n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un monde inconnu et dangereux et qu’elle va devoir se frotter à la magie, aux démons et aux Faes.

Amie lectrice, si tu aimes les bad boys mal lunés, les mecs auréolés d’une atmosphère mystérieuse, les héros tout sauf intrépides qui se foutent dans la mouise et qui sont sauvés par une jolie équipière, alors Jack Winter devrait te ravir ! Accro à l’héroïne, Jack n’est que l’ombre de lui-même, un fantôme errant parmi les vivants, se terrant de squats en squats. Ses retrouvailles avec Pete Caldecott vont toutefois lui redonner du poil de la bête, puisque la donzelle est loin d’être ravie de devoir faire équipe avec un camé: alors exist les stupéfiants! Avant de parcourir avec lui les routes dangereuses du monde surnaturel jonchées de sorciers noirs, de Bansidhs ou de nécromanciens, elle séquestre Jack dans son appartement le temps pour celui-ci de laisser la dépendance de côté. Vous l’aurez compris, le vrai héros, ce n’est pas Jack, c’est Pete. Totalement inconscience dans la plupart des cas, elle fonce la tête la première dans le danger, et ce, même si celui-ci est d’ordre surnaturel et qu’elle ne possède pas une once de magie.

La ville de Londres imaginée par Caitlin Kittredge est un lieu trouble et dangereux où de terribles créatures se tapissent dans l’ombre. Les lieux sont sales et noirs, jonchés de drogués et des junkies, on a l’impression que même la lumière évite ces endroits. C’est triste, c’est glauque, c’est gris, et pour couronner le tout, les serviteurs d’une puissante entité s’amusent à enlever des enfants pour se nourrir de leur énergie.

Loin d’être déçue par ce premier tome, je me suis laissée entraîner par les aventures de ce duo improbable imaginé par Caitlin Kittredge. Ce n’est ni novateur ni original, mais ça reste tout de même diablement efficace. La plume de l’auteur est très agréable à parcourir et l’intrigue est plutôt bien menée: pas de temps mort dans cette histoire, nous sommes baladés au gré de l’intrigue et de l’enquête dans les ruelles sombres londoniennes et dans le monde invisible, magique et lugubre des créatures surnaturels. Un très bon début qui donne envie de déguster la suite …

Les Ténèbres de Londres, tome 1 : Magie Urbaine, Caitlin Kittredge, éditions Eclipse, 2011

Cette lecture a été réalisée en partenariat avec les éditions Eclipse

La légende d’Aquazuria

Aquazuria est un petit village perdu au milieu des bois, un endroit charmant où les quelques habitants de ce hameau vivent heureux et en bonne entente. Ce trop plein de félicité attire les fougues d’une méchante sorcière qui s’est vue défiée par la Reine : celle-ci doit provoquer une discorde irréversible au sein du petit village. Celle-ci prend donc l’apparence d’une belle jeune fille pour mieux semer la zizanie et promet monts et merveilles à chaque habitants. Résultat : l’or coule à flot, mais il n’y a plus une goutte d’eau !

Brigitte Cassette signe avec la légende d’Aquazuria une jolie histoire où l’on retrouve tous les ingrédients des contes traditionnels: de simples humains aguichés par l’argent et le pouvoir tombent dans l’ingénieux piège d’une méchante sorcière. Ici, point de Bonne Fée pour sauver la mise, mais un vieil ermite solitaire rappelant par bien des aspects le puissant Merlin.

Discordante a tout de la magicienne méphistophélique : le look tout d’abord, robe noire, chapeau pointu et balai sont de mise, sans oublier l’affreuse pustule sur le nez. En plus, pour ne rien gâcher, elle est super méchante et le revendique: pendant la Nuit d’Ébène, super fiesta organisée par la Reine elle-même où toutes les sorcières du monde se retrouvent, Discordante gagne le titre de la meilleure sorcière de l’année – et oui, c’est elle qui a fait le plus de mal pendant l’année écoulée, c’est la pire de toutes ! En tant qu’heureuse élue, elle doit relever le défi lancé par la Souveraine. Point de soucis pour la perfide créature: une gorgée de potion et la voilà changée en créature à la beauté enchanteresse. Elle n’a plus qu’à verser sa petite larme et proposer de l’or à profusion pour pervertir tous les hommes du village, et ceux-ci ne se rendent même pas compte qu’ils se font avoir !

Le marché est simple : ils doivent faire le serment qu’ils préfèrent l’or à l’eau, et voilà la fontaine qui crache des pièces d’or scintillantes et sonnantes au lieu de vulgaires gouttelettes d’eau ! Evidemment, sur le moment ils sont éblouis par tant de richesse, mais c’est sans penser qu’il est difficile de vivre sans eau, surtout lorsque le soleil brille ardemment et qu’aucun nuage n’ombrage le ciel. L’expression « l’argent ne fait pas le bonheur » va prendre pour ces malheureux tout son sens …

Avec cette histoire, Brigitte Cassette souligne de façon intéressante la question du prix de l’eau. Alternant humour et tragédie, merveilleux et choses plus terre-à-terre, elle plonge le lecteur dans un récit merveilleux qui aurait pu débuter par un « il était une fois » tout en touchant un sujet actuel important.

La légende d’Aquazuria, Brigitte Cassette, Aria Parmentier, Editions A contresens, 2010

Cette lecture a été réalisée en partenariat avec Livraddict et  les Editions A contresens

Terrienne

Anne fait du stop au bord d’une route d’Auvergne. Etienne Virgil, vieil homme mélancolique, s’arrête et la conduit à sa demande jusqu’au panneau indicateur pointant vers « Campagne 3,5″. Anne est à la recherche de sa soeur, disparue une année plus tôt le soir de son mariage, et ce panneau est le seul indice qu’elle possède. Cette mystérieuse route est un passage, une ouverture vers un autre monde, un monde parallèle blanc, aseptisé, glacial peuplé de créatures humanoïdes dénuées de sentiments, d’ êtres qui ne poussent pas un soupir, qui ne respirent pas ! Avec l’aide d’Etienne, Anne va découvrir qu’un étrange trafic prend place entre les deux mondes: les dignitaires font enlever des Terriennes pour en faire leur compagne et Gabrielle, sa soeur, est retenue prisonnière quelque part dans cet étrange univers.

Étrange, poétique, effrayant, les mots me manquent pour parler de mon premier voyage dans l’univers de Jean-Claude Mourlevat. Une promenade que j’ai effectué d’une traite, non-stop, le temps d’un après midi tant j’ai été émerveillée et époustouflée par Terrienne.

La société de l’autre monde décrite par Jean-Claude Mourlevat est une communauté froide, pesante, sans vie. Tous les plaisirs y sont proscrits, l’individu y est programmé dés sa naissance, manipulé par ceux qui ont le pouvoir. Dans ce monde, on ne meurt pas: on cesse de vivre tout simplement. L’individu s’assoie, s’ennuie, ne bouge plus et est emporté loin des regards pour être incinéré et disparaître. Les humains y sont considérés comme des créatures inférieures, dangereuses car sales et porteuses de microbes. Et surtout, ils respirent.

La jeune Anne est donc en constant danger dans ce lieu où le moindre soulèvement de poitrine, le moindre soupir, le moindre souffle peut vous conduire tout droit à la mort. Malgré la peur et la solitude, l’adolescente est prête à tout pour retrouver sa grande soeur, pour répondre à son appel au secours qui a résonné à travers les ondes hertziennes. Les personnages secondaires ne sont pas en reste : eux aussi risquent leur vie à aider cette humaine. Contrairement au monde blanc et indifférent dans lequel ils évoluent, ils se montrent incroyablement attachants, terriblement libres et humains.

Sur fond de « Barbe Bleue » et de « Somewhere Only We know » de Keane, Jean-Claude Mourlevat nous balade d’un personnage à l’autre, passant d’un narrateur, d’une pensée à une autre. Bien que tous différents, tous les protagonistes ont un point commun: celui de vouloir vivre, être libre et aimer malgré le monde auquel ils appartiennent. Terrienne est une histoire très bien construite, un récit émouvant mêlant aventure et suspens, espoir, peur et instants de bonheur, c’est un rêve qui vire au cauchemar.

Terrienne, Jean-Claude Mourlevat, éditions Gallimard Jeunesse, 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Gallimard Jeunesse.

Bientôt dans la bibliothèque #3

Zombies Vs. Unicorns, anthologie dirigée par Holly Black et Justine Larbalestier, va arriver sous peu dans ma bibliothèque à cause de Lelf. J’ai surpris une conversation où elle en causait, j’ai tapé l’incruste et du coup je l’ai commandé.

De quoi ça cause ? Bah de zombies et de licornes apparemment …

Toujours à cause de Lelf (oui, j’ai décidé de l’accuser de toutes mes pulsions d’achats livresques !)… Lombres de China Miéville. Le topo me fait un peu penser à Neverwhere de Gaiman, j’attends donc de découvrir ça avec impatience ;)

Le synopsis ? Par une entrée dérobée, Zanna et Deeba pénètrent dans la ville délirante de Lombres. Ici sont échoués les choses perdues ou cassées de Londres et même quelques-uns de ses habitants, comme Brokkenbroll, le patron des parapluies cassés, ou Hemi, le garçon à moitié fantôme.
Lombres, c’est Londres de l’autre côté du miroir, une ville merveilleuse aux charmes étranges qu’un sombre nuage nommé Smog rêve de détruire.
Une ville effrayée qui attend un héros…

Nous avons ensuite la sortie du troisième tome des étranges soeurs Wilcox de Fabrice Colin qui approche à grands pas \0/ (Normalement le 10 février prochain !)

Le topo ? A la recherche du dernier fragment du Vénéfactor, l’arme terrible convoitée par Dracula, les sœurs Wilcox et leurs amis tombent dans un piège tendu par le traître Blackwood. Leur quête les conduit à Venise, où ils sollicitent l’aide de puissants magiciens, la guilde des Mystères. Ceux-ci, d’abord méfiants, provoquent la mort du dernier des Invisibles. Mais grâce à la guilde, le fragment manquant est enfin localisé… en Antarctique.

Enfin un album jeunesse illustré par Stéphanie Léon, talentueuse illustratrice dont j’avais beaucoup apprécié le tableau hanté. La sortie est prévue pour le 1 er mars et vous pouvez voir des illustrations tirées du livre sur son blog...

La Princesse pas toute belle, le prince pas tout beau, et le vendeur de beauté de Dominick et Stéphanie Léon nous plonge au Pays des pas toutes belles et pas tous beaux, où vivaient une princesse pas toute belle et son prince de mari, qui n’était pas tout beau. Ils vivaient heureux, entourés de la reine pas toute belle, mère de la princesse, et du roi son papa, qui était aussi pas tout beau, ainsi que Luette la fille cadette, soeur de la princesse. Puis un jour, vint un vendeur de beauté…

Les agents de M.Socrate, tome 2 : La cité bleue d’Icaria

Modo est envoyé enquêter sur un nouveau mystère pour le compte de M.Socrate. En compagnie de la belle Octavia, il embarque sur un bateau en partance pour New York à la recherche d’un agent disparu. L’enquête le conduit au large de l’Islande où une demi-douzaine de bateaux ont étrangement coulé au même point précis, attaqués selon les rumeurs par une monstrueuse créature marine. Le navire dans lequel Modo et Octavia est évidemment attaqué et le jeune homme passe par dessus bord. Seul au milieu de l’Océan Atlantique, il est sauvé de la noyade par le dit-monstre marin qui n’est autre qu’un incroyable submersible, l’Ictinéo.

Rappelez-vous. J’avais été très emballée par le premier tome de la série, La confrérie de l’horloge. Ce deuxième tome nous entraîne cette fois-ci loin des rues brumeuses de Londres, loin de la terre ferme. En effet, la quasi-totalité du récit se déroule dans les profondeurs de l’Océan, à bord de l’incroyable Ictinéo. Arthur Slade plonge le lecteur dans une histoire à la Jules Verne, une aventure se déroulant 20 000 lieux sous les mers.

L’Ictinéo abrite une petite communauté d’hommes et de femmes ayant choisi de fuir la terre ferme afin de donner vie à leur utopie, un monde où hommes et femmes, jeunes et vieux auraient les mêmes droits et seraient sur le même pied d’égalité. Sous la houlette de Delphine Monturiol, charismatique dirigeante, ils ont construit une véritable cité au fond des flots, Icaria.

Modo, notre jeune héros est donc sauvé par cette communauté. Mais il comprend vite qu’en fait d’invité, il est plutôt un prisonnier, incapable de communiquer avec l’extérieur et de prévenir Octavia et M. Socrate du danger qui menace l’Empire. A bord, il va s’allier à Colette Brunet, agent secret française « invitée » de l’équipage de l’Ictinéo depuis plusieurs mois. La cohabitation entre les deux agents est difficile, donnant lieu à de nombreuses répliques croustillantes.

Aussi trépidante que celle du premier tome, cette aventure nous plonge une fois de plus dans une ambiance Victorienne à la sauce Steampunk. La plume d’Arthur Slade est toujours aussi agréable à parcourir: fluide et imaginative. Je ne me lasse pas des intrigues et des péripéties du jeune Modo, ce garçon doté du don de changer de visage … Vivement la suite !

 

 

Les agents de M.Socrate, tome 2 : La cité bleue d’Icaria, Arthur Slade, éditions du Masque (Msk), à paraître le 16 février 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

Delirium

Dans un futur plus ou moins proche, l’amour est considéré comme la plus dangereuse des maladies. C’est dans ce monde qu’est née Lena. Âgée de dix-sept ans, la jeune fille attend avec impatience son dix-huitième anniversaire, âge qui marquera son passage au monde des adultes et surtout son opération pour être guéri de ce terrible fléau. Mais à quelques semaines de l’intervention, Lena fait une rencontre; une rencontre qui va bouleverser sa perception de l’amour et du monde dans lequel elle a grandi.

Le monde imaginé par Lauren Oliver est sombre, difficile et totalitaire : le gouvernement américain a totalement fermé ses frontières et contraint les habitants de plus de dix-huit ans au « Protocole », opération où le patient est lobotomisé partiellement, privé de la partie du cerveau responsable de ses émotions. Cette opération est la seule protection contre l’amor deliria nervosa, véritable fléau responsable des guerres et des pires maux humains. Ceux qui s’y refusent sont opérés de force, enfermés, ou pire,  mis à mort.

Les dirigeants décident réellement de tout, jusqu’au choix de la vie future du jeune : sa vie est entièrement tracée grâce à un examen. De sa note dépendra son droit de poursuivre ses études, son métier, son rang social, son habitation et même son futur mari (choisi parmi une liste de plusieurs noms proposés par le gouvernement) et le nombre d’enfants qu’il devra avoir. Les habitants ne peuvent quitter la ville où ils ont élu domicile. Elle est entourée de fils barbelés électrifiés, procédure nécessaire pour protéger le peuple des « dangers » de la Nature. Filles et garçons sont séparés jusqu’à l’opération afin d’éviter toute tentation. Les mots « amour » ou « sentiment » ont été bannis du vocabulaire et les murmurer est susceptible de peine d’emprisonnement. De même, le gouvernement a mis en place une liste de livres interdits, de musiques interdites, etc, et toute désobéissance peut entraîner de graves conséquences.

Lena attend avec impatience le jour de son opération. Elle ne souhaite plus vivre dans la peur d’être atteinte par l’ amor deliria nervosa, d’autant plus que sa mère en est morte une dizaine d’années plus tôt. La jeune fille a donc grandi dans l’ombre de ce terrible souvenir, se comportant en citoyenne modèle et acceptant sans question toutes les contraintes imposées par les lois. L’impensable, l’inimaginable se produit pourtant: Lena rencontre Alex, un garçon dont elle va tomber éperdument amoureuse; un garçon qui va lui ouvrir les yeux sur la stupidité et les dangers des mesures mises en place.

Delirium est un roman intense et palpitant, une balade dans un monde éprouvant et perturbant où l’amour n’a plus sa place. L’écriture de Lauren Oliver est très prenante et il est difficile de lâcher le livre avant d’avoir lu le dernier mot.

La fiche du livre où l’on peut découvrir un extrait des premiers chapitres : lecture-academy.com

Delirium, Lauren Oliver, éditions édition Hachette (Black Moon), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Hachette Jeunesse.

Petites questions à … Fabrice Colin

Petites questions joyeusement imaginées par l’ incontournable bande de la LC « A vos souhaits » * après lecture du roman de Fabrice Colin !

[Note à l'intention des lecteurs : Aucun cochon n'a été maltraité, utilisé, ni même mentionné pendant la réalisation de cette interview - enfin si mais juste une fois !]

- Pourquoi ce livre s’intitule-t-il « A vous souhaits »? Y’a-t-il une histoire particulière liée à ce choix?

Pas vraiment. Je cherchais une formulation liée à la magie, quelque chose d’un peu léger : « A vos souhaits », c’est l’expression ultime de la pensée magique. On peut difficilement trouver plus primaire.

- Quel mardi doit-on se tenir prêt pour la parution de « A vos amours » ?  De quoi ou de qui parlera ce livre?

A vos amours est prévu depuis une petite dizaine d’années. Pour l’heure, j’en ai écrit trois chapitres. J’ignore s’il verra jamais le jour.
Le roman raconte la vie de John Moon après les succès que l’on sait.  Notre héros est marié, et sa belle-famille lui pose pas mal de problèmes. Pour ne rien arranger, il veut faire du cinéma. Il y tient, douloureusement.

- Je sais que dans le cochon tout est bon, mais tout de même pourquoi une telle obsession ?

Aucune idée. Si on commence à réfléchir à ce genre de trucs, le monde s’écroule.

- Le personnage de John Moon est-il la représentation de quelque chose ou de quelqu’un en particulier? Une référence spéciale au batteur de The Who, vous sachant fan de rock?

John Vincent Moon est un personnage d’un récit de Borges dont j’ai spectaculairement oublié le titre. Il y a aussi des références à Joyce dans A vos souhaits, mais personne ne les voit.

- Concernant le prénom de Prudie, est ce que son prénom vient de l’adjectif prude, car elle a pas l’air très dégourdie pour gérer l’attention que lui porte Gloïn, ou alors est ce que ça vient plutôt de l’adjectif prudente, dans le sens où elle prend vraiment toutes les précautions nécessaires pour John, et où elle est très attentive à lui ? Ou alors peut être que son nom a une autre origine, ou simplement votre imagination ?

Honnêtement ? Je ne me souviens pas. Mais votre analyse, et l’attention que vous semblez porter aux noms et à leur possible signification cachée, me comble de joie.

- Histoire de pinailler, quel est le nom de la deuxième goule du baron Mordayken dont il s’aide pour entreprendre de délivrer le Diable? Parce qu’une petite incohérence s’est glissée dans les deux éditions, et il semblerait que Mordayken ait un bug sur le brave Nozdriov…

On appelle ça une contamination prosaïque : le réel et ses imperfections s’invite dans une mécanique romanesque censément irréprochable. Je suis absolument navré.

- L’elfe qui rate son examen de première année peut-il être une référence prémonitoire à Jean Sarkozy?

Je ne suis pas sûr que j’aimerais détenir ce genre de pouvoir. Mais Jean Sarkosy mériterait assurément un roman à lui seul. Enfin, disons une nouvelle.

- Pourquoi les dragons sont-ils tenus en laisse ? Avez-vous un grief contre cette espèce ?

Les dragons sont les symboles de l’imagination naïve, de la colère injustifiée et de la fantasy en général : évidemment, qu’il faut les tenir en laisse ! On pourrait aussi leur donner des calmants.

- Le Quartek n’est pas un sport comme les autres… D’où vient-il, de quel sport existant ou imaginé par un autre, vous êtes vous inspiré ?

Le Quartek est un gros bordel : un mélange de Blood Bowl, de football américain et de cour de récréation. A ce stade, si j’ose dire, on ne parle plus d’inspiration, mais de chaos assumé.

- Ce livre peut se lire comme une référence à Terry Pratchett, comparaison facile pour l’humour et la fantasy, Mais y’a-t-il d’autres références ou dédicaces au travers de « A vos souhaits »?

Je n’ai jamais lu Pratchett, mais je suppose que la référence est inévitable : humour, fantasy => Pratchett. Les références sont plutôt à chercher du côté de P.G. Wodehouse et de mon amour immodéré pour l’Angleterre – son humour tordu et sa grisaille tenace.

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* L’ incontournable bande de la LC « A vos souhaits » : AcrOBartimeusPhooka, Christelle, Coeur de Chêne, Endea, Julien, Lelf, Lhisbei, Olya, PaulineTortoise et moi-même ;)

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Suivez l’actualité de Fabrice Colin sur son site dreamericana !

A vos souhaits

[Note à l'intention des lecteurs : Aucun cochon n'a été maltraité, utilisé, ni même mentionné pendant la rédaction de cette chronique.]

Atchoum ! Non, je ne vais pas m’attarder sur le plus enrhumé des sept nains, mais plutôt sur A vos souhaits, roman dont le dénouement ne tient qu’à un gros rhume.

John Moon est un entraîneur de Quartek pas très doué, d’ailleurs pour faire les choses simples, il n’est en fait pas doué pour grand chose. Et il en a marre John de cette fatalité, alors il décide de mettre un terme à sa vie. Mais même question suicide, il n’y arrive pas très bien, alors il décide de devenir psy, histoire d’écouter les problèmes des autres, surtout ceux de sa mère d’ailleurs qui devient sa patiente attitrée.

John a deux amis. On pourrait les qualifier parfois de vague connaissance, car John ne les supporte pas la plupart du temps, mais c’est comme tout le reste, il faut vivre avec. Je disais donc que notre cher John a deux amis qui sont aussi doués que lui: Gloïn McCough, nain, qui contrairement à ses congénères ne s’entend pas du tout avec Dame Nature. En gros, on lui confit une fougère, elle crève, un beau rosier, il fane, et puis il crève, un truc avec du vert dessus ? Il crève aussi même si c’est pas une plante. A côté de ça nous avons le charmant Vaughan Oriell, qui lui est un elfe. Vaughan Oriell, bien qu’extrêmement séduisant, a une tare terrible: il est incapable de lancer le moindre sort, de provoquer le moindre truc magique, ce qui est con pour un elfe qui va à une école de magie. De part leur total manque de talent, nos trois amis sont incroyablement attachants. On s’émeut devant leurs essais tout sauf concluant tout en ricanant méchamment, bref curieux mélange que voilà!

Nos trois amis mènent donc une vie des plus désolantes jusqu’à ce que le Diable s’en mêle. Oui, le Diable avec un grand D, le seul, le véritable, l’unique. Et il est pas content Lucifer. Il a été enfermé par les trois Mères pendant des lustres et là il vient d’être libéré, alors il veut se venger, faire un truc horrible et terriblement méchant: il veut enfermer les trois Mères à son tour. Et c’est là que nos trois joyeux lurons entrent en scène, car oui Messieurs, Mesdames, ils sont notre dernier espoir pour sauver le monde de l’odieux plan démoniaque du Malin!

Il pleut, il pleut bergère sur la ville de Newton, cité légendaire où se côtoient humains et créature féeriques. Une ville qui n’est pas sans rappeler le Londres de Wonderful de David Calvo, un lieu étrange et déjanté, bizarre et magique où tout, oui tout peut arriver. A vos Souhaits est un roman très drôle où fantasy rime avec divertissement, où la parodie frôle la démence, en un mot complètement loufoque ! Fabrice Colin plonge le lecteur dans une ambiance victorienne, grise et onirique où les zombis réclament le droit de vote, où la mort n’existe même plus, où une organisation secrète vénère le Grand Marionnettiste. Le lecteur est complètement paumé, spectateur abasourdi devant ce déchaînement de frénésie … mais quel délice !

L’aventure continue avec les petites questions posées à Fabrice Colin !

A vos souhaits, Fabrice Colin, éditions Bragelonne, 2010

A vos souhaits a été joyeusement lu en lecture commune avec AcrO, Bartimeus, Phooka, Christelle, Coeur de Chêne, Endea, Julien, Lelf, Lhisbei, Olya, Tortoise et Pauline !

Si tu m’entends

Charley est une adolescente vive et heureuse, amoureuse de la vie … jusqu’à un terrible accident qui la plonge dans un profond coma. Sa famille est anéantie et se relaie à son chevet. Chacun gère la peine et la douleur à sa manière : ses parents, plus unis que jamais, passent de longues heures à parler à leur fille, Sarah, fillette curieuse et espiègle, se demande pourquoi sa grande soeur dort sans arrêt et Hal, son frère, lui en veut fortement de ne plus être là. A l’occasion de vacances en famille en Cornouailles sur les lieux du drame, Hal ressent la présence de sa soeur. Il entend sa voix dans sa tête, de plus en plus insistante. L’adolescent décide alors de mener l’enquête afin de découvrir les circonstances ayant mené au drame.

Avec son premier roman, Sharon Dogar s’est attaquée à un sujet délicat et difficile : la douleur d’une famille ayant un être cher plongé dans un coma profond. C’est à travers le regard de Hal que nous percevons cette douleur, cette souffrance. Ces sentiments, Hal ne veut pas les montrer. Pour lui, sa soeur est partie, l’a abandonnée et ce n’est qu’un cadavre qu’il voit sur le lit. Il ne comprend pas que ses parents l’obligent à lui rendre visite, à lui parler, alors qu’elle ne peut même pas lui répondre. Il lui en veut aussi. Eux, qui étaient si proches, inséparables, c’est sans lui que Charley est sortie cette nuit-là pour aller nager.

Dés l’instant où la famille débarque sur la plage du drame, le surnaturel s’invite doucement, lentement, telle une vague qui se dépose sur le sable. C’est d’abord des fragments de phrase qu’Hal croit entendre. Puis il se met à enquêter et le lecteur est alors baladé entre les esprits du frère et de la soeur, entre le passé et le présent. Les points se vue se mélangent, se mêlent, se démêlent.

Hal est un garçon très attachant. Il en veut à ses parents de ne penser selon lui qu’à Charley et se sent délaissé, abandonné. Âgé de quinze ans, il aimerait passer des vacances normales, avoir une copine et prendre part au barbecue sur la plage avec les jeunes de son âge. Mais la voix de Charley se fait de plus en plus présente, de plus en plus pressante : le garçon ignore si il devient fou ou si sa soeur communique réellement avec lui. Il nous mène à la rencontre de toutes les personnes qui ont compté pour elle, assemblant les pièces du puzzle, déchiffrant peu à peu ce qu’elle a fait sans lui pendant les dernières vacances sur la plage de Cornouailles.

Sharon Dogar signe une histoire intéressante et sensible, grave et sombre, poétique et fantastique. J’ai trouvé que la touche surnaturelle était introduite de façon simple et touchante: elle ne prend jamais le pas sur le développement des émotions, sur l’évolution de l’intrigue. Au contraire, elle sert l’histoire, permettant au lecteur de s’immiscer dans la relation si particulière que partage cette fratrie: Si tu m’entends est un étrange voyage qui nous conduit aux portes du souvenir.

Si tu m’entends, Sharon Dogar, éditions Albin Michel (Wiz), à paraître le 2 février 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Albin Michel.

Les chouchous du mois #1

Les chouchous du mois en images – cliquez sur la couverture pour accéder à la chronique. Pas d’ordre précis dans ces chouchous, tous ont été des coups de coeur !

Loup, y es-tu ?, Henri Courtade, éditions Mille Saisons, 2010 : un voyage étonnant au Pays des contes

La confrérie de l’horloge, tome 1 : Les agents de M.Socrate, Arthur Slade, éditions du Masque (Msk), 2010 : une aventure extraordinaire sous l’aire victorienne aux côtés d’étranges agents secrets engagés dans la lutte contre le mal

Contes Myalgiques II : Les Atouts du Diable, Nathalie Dau, éditions Griffe d’Encre, 2010 : un voyage poétique et enchanteur dans l’imaginaire de Nathalie Dau

Et les chouchous de tous les chouchous :

Le Peuple des Minuscules, tome 1, Steve Augarde, éditions Albin Michel (Wiz), à paraître le 2 février 2011 : une rencontre poétique et dangereuse entre une petite fille et l’étrange peuple des Minuscules

Les fragmentés, Neal Shusterman, éditions du Masque (MsK), 2008: un roman d’anticipation captivant et dérangeant !