Gothic Faërie

Moire est l’ultime représentante des créatures féeriques dans notre monde. Alors que le Petit Peuple et les Belles Dames ont choisi de passer dans l’Outremonde pour fuir une nature envahie et transformée par les humains, la jeune fée a décidé de rester près de celui qu’elle aime. Malheureusement, les hommes ne sont pas éternels et Moire se retrouve bientôt seule dans un monde hostile où toute magie a disparu. Durant des siècles, l’esprit de la nature va côtoyer les hommes et vivre dans leur ombre … jusqu’au jour où, enfin, elle va retrouver celui qu’elle aime tant.

De Séverine Pineaux, on connaissait déjà la peintre, l’illustratrice, l’auteure. Avec Gothic Faërie, on découvre une nouvelle facette de l’artiste, puisque la grande dame se fait aussi conteuse, diseuse d’histoire. Aux côtés de Moire, le lecteur est plongé dans un monde sombre, mourant, mais néanmoins gorgé d’espoir. Sur les pas de la fée, la magie et la nature reprennent leurs droits, mais les rumeurs de la guerre et des machines l’obligent à fuir vers un monde nouveau au delà de la mer et à se cacher dans une ville aux hautes tours qui touchent le ciel.

Cette histoire, ce n’est pas la fée qui nous la rapporte, mais son journal, son fidèle confident. L’être de papier, genèse d’une créature fabuleuse, nous rapporte la légende de la dernière fée ayant foulé la Terre des hommes.

Ceux, qui comme moi, se sont émerveillés en parcourant les deux tomes d’Ysambre  retrouveront avec émotion l’univers des hommes-arbres de Séverine. Entre feuillages et rouages, l’artiste tisse un monde où se mêlent magie et essence steampunk et entraîne le lecteur à travers les mondes et époques … un voyage plein de poésie, de délicatesse et de beauté à entreprendre sans hésiter.

Gothic Faërie, Séverine Pineaux, postface de Pierre Dubois, éditions Au Bord des Continents, 2011

© Toutes les images Copyright Séverine Pineaux / éditions Au Bord des Continents

Le petit bois du dimanche soir

La petite Mariette a un secret : tous les dimanches soirs, la fillette file en douce du côté du Petit Bois. C’est en cet endroit étrange qu’elle retrouve ses amis Vieux-Loup, Lézard-Noir, Solitaire-Jack, Oie-Bel-Oeil avec lesquelles elle va vivre d’extraordinaires aventures … avant de retrouver le chemin douillet de son lit.

Grands yeux rêveurs, sourire mutin, bonnet rayé noir et blanc vissé sur la tête, la petite Mariette est une fillette pleine de vie et de rêves. C’est en marchant sur ses traces sur la pointe des pieds que le lecteur est invité à suivre son escapade dans le Petit Bois. Pour y pénétrer, nul besoin de suivre la route pavée de briques jaunes, car un simple chemin en pointillé conduit en ce lieu digne du Pays des Merveilles où l’incroyable se produit : ici, le loup ne cherche pas à vous manger, mais vous raconte au contraire de belles histoires, les lézards vous invitent à prendre le thé et les fourmis se révèlent d’excellentes joueuses de cartes.

Estelle Billon-Spagnol signe un texte court et poétique dans lequel le lecteur se balade entre rêve et réalité. Cet onirisme omniprésent, on le retrouve dans les illustrations de Xavier Collette que l’on ne présente plus. L’alternance des tons sombres et lumineux nous ouvre les portes de ce conte qui devrait séduire les plus jeunes comme les plus grands.

Le petit bois du dimanche soir, Estelle Billon-Spagnol, Xavier Collette, éditions Chocolat ! Jeunesse, 2011

© Toutes les images Copyright Xavier Collette/ Estelle Billon-Spagnol/éditions Chocolat! Jeunesse

Les gentlemen de l’étrange, tome 2 : Imago

Si je vous dis mec aux étranges pouvoirs, sorcière, souriceau géant, vous me dites quoi ? Et si je vous dis qu’à cette fine équipe s’ajoutent un docteur en psychiatrie, un inspecteur de Scotland Yard, une chienne labrador et un vampire un brin particulier ça vous parle un peu plus ? Et si je vous dis Londres, XIX ème siècle ? Nan, toujours pas ? Dans ce cas, je vous envoie directement à cette page. Pour les autres heureux lecteurs qui ont deviné de quoi je veux parler, sachez que oui, le Gentlemen de l’étrange nouveau est arrivé !

Loin des rues brumeuses londoniennes, la fine équipe de Belgravia se rend en Roumanie afin de rendre une petite visite à leur vieil ami le vampire Arpad Nocturnaeru. Evidemment, fantastique et danger vont croiser leur chemin: la fine équipe se retrouve ainsi aux mains d’une bande de suceurs de sang qui s’amuse à semer mort et malheur sur leur sillage. Une seule solution : les éradiquer avant qu’ils ne s’en prennent à de nouveaux innocents.

Aux commandes de cette nouvelle aventure, nous retrouvons une fois de plus Estelle de Gomis. C’est une quête initiatique que nous propose l’auteure dans ce tome: le lecteur est en effet invité à suivre en particulier les aventures de Wolfgang Bloodpint au cours duquel il va tenter de découvrir ce qu’il est vraiment: vampire ? Loup-garou ? Un peu des deux ? Ou totalement autre chose ? Nous partageons ainsi ses peurs, ses sombres pensées, les relations qu’il entretient avec les autres protagonistes. Nous partageons son passé et la découverte de son talent particulier. Nous nous aventurons dans un voyage temporel qui nous mène des années dans le futur.

Brutalité, mensonge, amour brisé … Estelle signe un deuxième tome plus personnel, plus intime : les émotions bouillonnent dans la tête de Wolfgang et l’étrange créature ne semble plus attendre grand chose de la vie . Peut-on forcer quelqu’un à vous aimer immuablement ? La vie n’est-elle semée que de déceptions et de rancœurs ?

Les gentlemen de l’étrange, tome 2 : Imago, Estelle Valls de Gomis, éditions Sombres Rets, 2011

Le petit chaperon rouge & ce qu’il advint dans le ventre du loup

L’histoire du petit chaperon rouge, on connaît. Mais avez-vous la moindre idée de ce qui arrive à la demoiselle une fois que celle-ci est avalée par le loup ? Cette question, François Amoretti et Audrey Alwett se sont chargés d’y répondre.

Tout débute par une balade en forêt, un petit pot de beurre et une préface. Une entrée en matière où les deux auteurs nous expliquent la réception qu’a eu le conte à l’époque de Perrault et leur volonté de reprendre le conte « tel que Perrault l’avait écrit, mot pour mot » ce qui confère à l’histoire une ambiance plus adulte accentuée par la moralité de la fin.

S’en suit ensuite le conte: l’originalité tient dans la traduction japonaise qui accompagne le texte français, ainsi que dans les illustrations de François Amoretti. Celles-ci sont en noir et blanc, agrémentées de quelques aplats de rouge, et la jeune héroïne à l’allure japonisante, n’a rien à envier aux lolitas…robe à l’allure victorienne, petits noeuds, froufrous, dentelles et coeurs, ce chaperon est très coquet et féminin (sa tenue est même décrite sous toutes les coutures à la fin de l’album) et son allure, loin d’être celle d’une petite fille, est celle d’une jeune fille aux formes naissantes.

L’aventure se poursuit une fois la jeune fille avalée: le chaperon rouge se retrouve dans l’estomac du loup où elle va vivre une étrange aventure qui n’est pas sans rappeler celle de la jeune Alice. Onirique et étrange, elle rencontre tour à tour les créatures que le loup a dévoré avant de lui rendre visite … cochon construisant sa maison, chèvre de Monsieur Seguin, sept chevreaux abandonnés de leur maman et évidemment Mère Grand, créatures qui semblent s’être accommodées de leur nouvelle condition et tentent tant bien que mal de vivre dans cet environnement improbable. Cette seconde partie est quant à elle narrée sous forme de bande dessinée.

L’ouvrage se termine en chanson avec les paroles de « promenons-nous dans les bois » et avec gourmandise puis qu’on y découvre la recette de la célèbre galette que le Petit Chaperon Rouge porte à sa Mère Grand.

Conte originel accompagné d’une suite atypique, ce petit chaperon rouge devrait séduire les amateurs de conte, ainsi que les amoureux de belles images.

Le petit chaperon rouge & ce qu’il advint dans le ventre du loup, Charles Perrault, François Amoretti, Audrey Alwett, éditions Soleil (Blackberry), 2010

© Toutes les images Copyright  François Amoretti/Audrey Alwett/éditions Soleil

Evernight, tome 1

« Et si Roméo et Juliette avaient été des vampires… »

C’est ainsi qu’est sous-titré ce roman de Claudia Gray. Je vous entends déjà dire d’un air blasé : quoi? Encore une histoire d’amour? Encore des vampires? Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des vampires qui accueillent soudainement dans leur école des humains? C’est ce qui se passe au lycée d’Evernight, ce vieux château de style gothique (et assez glauque) dans lequel débarque, contre son gré, Bianca Olivier.

Bianca est une jeune fille rousse, très timide. Ses parents l’ont obligée à quitter son ancienne école, et donc sa maison, ses amis de bac à sable, etc, pour Evernight. « Pour son bien ». Mais elle déteste parler aux jeunes de son âge quand elle ne les connaît pas et surtout quand ils sont aussi bourgeois! Pour eux, passer une semaine à Paris, et la suivante aux Antilles tient de la routine. Bianca ne connaissait que Boston avant. Mais voilà, elle n’a pas le choix. En plus, ses parents sont professeurs dans ce même lycée. Rien ne va plus! Elle décide alors de fuguer le jour de la rentrée. A peine a-t-elle fait quelques pas dans les bois cernant le château qu’elle se sent suivie : une silhouette noire la fixe. Elle court alors, mais pas assez vite, et se retrouve plaquée au sol par un beau brun qui pense la sauver d’un terrible danger! Danger qui n’était autre que lui-même. Le mal-entendu les fait rire, puis faire connaissance, et les yeux dans les yeux, chacun de son côté se dit que, peut-être, l’autre l’apprécie un peu.

Une histoire d’amour dès les premières pages quoi. Mais il faut se méfier, les vampires ne sont peut-être pas ceux qu’on croit, dans cette inquiétante école! Et pourquoi Lucas (le beau brun sauveur de demoiselles pas si en détresse que ça) se bat-il avec tout le monde?

Malgré ses tracas, Bianca file l’amour parfait, ou presque, jusqu’au jour où un baiser tourne au drame. Et tout s’enchaîne alors. Sa meilleure amie, Raquel, est terrifiée, un élève de l’école disparaît sans laisser de traces, et surtout, pourquoi les parents de Bianca, qui semblaient bien aimer le petit-ami de leur fille, cherchent subitement à le tuer?

Un premier tome assez entraînant, qui réussit à nous surprendre au moment où on ne s’y attend pas forcément. Malgré tout, le style (de nombreux dialogues, les descriptions assez courtes, la rapidité des phrases…) montre que ce texte s’adresse en priorité à des ados (voir jeunes ados). Qu’à cela ne tienne, c’est une bonne lecture détente pour ceux qui veulent souffler entre deux Balzac! J’attends donc le deuxième tome de pied ferme.

Seul bémol : la couverture. Pourquoi au juste y a-t-il une rose bleue (une noire je comprendrais, mais bleue!) et une jeune fille imitant Blanche-Neige? Je ne vois pas le rapport avec l’histoire, même si c’est très joli. J’en appelle à ceux qui l’ont lus pour avoir une réponse!

Evernight, tome 1, Claudia Gray, éditions Pocket Jeunesse, 2011.