Petites questions à … Leslie Boulay

L’ univers de Leslie Boulay nous entraînent aux confins de la fantasy et des mondes mythologiques. Nous y croisons fées, elfes et autres belles demoiselles qui nous mènent sur les pas d’une bien étrange histoire, celle de Galadriel…

-Peux -tu te présenter ?

Ça c’est la question la plus difficile !
Je suis une artiste illustratrice,  qui est aussi épouse et mère. Je ne vois pas quoi dire d’autre… Mais j’ai toujours du mal à parler de moi en dehors de ce qui a trait à mon travail.

- Es-tu une artiste autodidacte ?

Oui et non. Je suis passée par une fac d’Arts plastiques. Il est vrai cependant qu’on n’y est pas formé au dessin mais à l’art contemporain. Mais un certain nombre de lectures et de réflexions que j’y ai menées  nourrissent encore mon travail.
Par ailleurs, je me suis formée au Nu dans des associations.

-Tu es l’auteure d’une bd assez déjantée,  La folle jeunesse de Galadriel (voir ici),  peux-tu nous en parler ?

Je l’avais commencée il y a quatre ou cinq ans.  Puis je l’ai laissée en plan.  Un jour, sur la pression d’une amie, je m’y suis remise. Et ça a été infernal car il fallait remettre les anciennes planches au niveau.
Pour la fan de Tolkien que je suis, c’était  tout à la foi un hommage et un sacrilège. Aujourd’hui, je perçois cela comme LE truc qui rythme mes semaines. C’est aussi une forme de thérapie : je me force à dessiner vite. Pour la perfectionniste que je suis, devoir poster chaque semaine une planche dont le dessin n’est pas parfait à mes yeux est quasi contre nature. C’est aussi libérateur. J’accepte de lâcher prise et de laisser voir une part de ma personnalité qui ne ressort pas forcément au quotidien.

-Quelles techniques utilises-tu ?

Pour LFJDG, c’est du crayonné colorisé de la manière la plus simple possible par DAO(dessin par Ordinateur). Mais j’utilise aussi ce genre d’outil pour des dessins plus complexes, comme La fée aux abricots. Par contre, j’use aussi de techniques dites traditionnelles. Comme pour la Lúthien que j’ai faite dernièrement ça va alors du simple critérium à l’acrylique en passant par le crayon de couleur ou le stylo bille. On peut obtenir des choses assez intéressantes en mixant les techniques entre elles. C’est un vrai plaisir.

-On trouve principalement des personnages féminins dans tes oeuvres, pourquoi ?

Un de mes profs de fac pensait que c’était par narcissisme. Mais une œuvre d’art est forcément narcissique. Mon travail reflète sans doute mes interrogations sur la féminité. Ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on sait ce que c’est. C’est d’autant plus un motif d’interrogation pour moi que mon éducation artistique m’a amené à admirer les peintres du dix neuvième siècle, et en particulier Ingres dont le travail sur le Nu féminin, c’est un poncif que de le dire, est fabuleux. Mais ça reste un regard d’homme.

-Quel est le thème que tu aimes davantage traiter ?

En regardant en arrière, je m’aperçois que c’est le portrait de personnage… Je dis portrait et non représentation, parce qu’il me semble que les enjeux pour un illustrateur qui tente de donner un aspect aux protagonistes d’un roman est le même que pour le portraitiste du dix neuvième siècle.

-Fées et elfes hantent beaucoup tes créations, d’ou te vient cet amour pour le Petit Peuple ?

En fait, c’est surtout une affection pour les diverses mythologies. J’aime l’idée d’avoir accès à la  mentalité, voire à la philosophie d’un peuple éteint par les mythes qu’il a laissé. J’ai d’abord étudiés les traditions grecques et romaines, mais j’ai aussi lu une traduction du Livre des morts égyptien. J’ai eu un aperçu de la cosmogonie dogon (une des plus complexes d’Afrique). En sommes, tout ce qui est du domaine du légendaire, du merveilleux me fascine. Et en particulier ce qui a trait aux déesses mères. Ce qui n’est pas très loin des fées. J’ai l’impression qu’on explore l’inconscient de l’Humanité…

-En matière de fées et de féerie, quelles sont les œuvres ou artistes qui t’ont le plus marquée?

Bonne question. Excellente question même.
J’ai beaucoup de mal à me percevoir uniquement comme une artiste de Fantasy. Je dirai que la Fantasy est pour moi un vecteur privilégié de ce que j’ai envie de dire… Mais que je n’ai pas envie de faire  pour autant une distinction entre mes différents « maitres » en ne se basant que sur leurs thèmes de prédilection. Bien sûr, les thèmes sont toujours très révélateur, mais qui, de John Howe ou de Chardin, d’Ingres ou d’Alan Lee, de Botticelli ou de Sandrine Gestin m’influence le plus ? Sont-ce forcément ceux dont les thèmes sont similaires aux miens ?  Ils sont si nombreux à me faire frémir par un coup de pinceau, une ligne inattendue. Je pense que même ceux qui n’ont rien à voir avec la « féerie » ont cependant contribué à me faire choisir la Fantasy. Récemment, j’ai eu un vrai choc en visionnant Paprika de Satoshi Kon. Pour la forme, ça n’a rien à voir avec ce que je fais, mais ses problématiques épousent étrangement les miennes…

-Quels sont tes autres projets ?

Je bosse actuellement sur un projet de roman graphique qui n’a rien à voir avec la Fantasy mais qui me tient à cœur. Suffisamment pour que j’aie envie de le voir un jour publié. Mais je préfère encore ne pas en parler. Je suis superstitieuse là-dessus : J’ai l’impression que je risque de le lâcher si j’en parle trop…

*****

Je remercie encore une fois Leslie d’avoir pris le temps de répondre à  mes petites questions . Pour continuer la découverte et suivre son actualité, rendez – vous sur son site http://www.leslieboulay.com/, sur son blog  En pointillés  http://enpointilles.blogspot.com/ et bien sur le blog de la folle jeunesse de Galadriel http://follegaladriel.blogspot.com/ .

© Toutes les images Copyright Leslie Boulay

À propos de Laure

Etudiante en métiers du Livre, future bibliothécaire jeunesse, amoureuse des beaux livres et des belles images. Adepte des littératures de l'imaginaire et de la littérature jeunesse.Signe particulier ? Possède un chat garou et est secrètement amoureuse du Docteur et de Neil Gaiman.

Les fées vous recommandent

    None Found

Une réponse à Petites questions à … Leslie Boulay

  1. Leslie Boulay a bien gardé son regard de femme sur la Fé(e)minité… (Cf. sa deuxième oeuvre, par exemple)… il me semble bien que ce soit le meilleur des regards… (Ingres a systématisé SA vision à lui du corps de la femme)… Tout artiste, d’aileurs, ne devrait-il pas s’exercer à adopter le point de vue (et de ressenti) de son « modèle » ???

    Interview passionnante ! Merci à vous Deux… Bises.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.