Je me souviens de la première fois où j’ai lu du Poe : j’avais douze ou treize ans et étais dans ma période où j’aimais lire des choses qui faisaient peur. Ma professeur de français m’avait chaudement recommandée de lire des nouvelles de Poe et je m’étais donc empressée de me procurer un recueil. Je me rappelle avoir en avoir lu deux pages et l’avoir refermé aussi sec en me demandant ce que ce livre avait d’effrayant, il me paraissait juste très longué et lourd.
Les années ont passé et la petite Laure s’est retrouvée en fac d’anglais, plus précisément en LLCE, Lettres, Langue, Littérature et Civilisation. Nous sommes en deuxième année de Deug ( et oui, de mon temps le Deug existait encore …) et « The fall of the House of Usher » est au programme. Pendant près de six semaines nous avons donc décortiqué, analysé, commenté, disserté sur Poe et son écriture, et vous savez quoi ? J’ai trouvé ça rudement intéressant ! Depuis j’aime lire et relire de temps en temps une de ses nouvelles, me plonger dans ses ambiances angoissantes, noires, où la peur, le doute et la folie montent à crescendo.
Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis archi-fan des histoires de Poe, mais je trouve que ses textes ont une profondeur et une beauté que l’on retrouve rarement chez un auteur. Il arrive à faire monter les émotions en quelques mots, tout comme Benjamin Lacombe sait nous transmettre ses émotions en quelques coups de pinceaux. Aussi devait-il être écrit quelque part que ces deux-là devaient se retrouver ensemble dans un seul et même ouvrage.
Il n’existe pas vraiment de mot en français pour définir ses histoires, mais il y en a un en anglais qui les résume parfaitement, c’est l’adjectif « gloomy ». Cet adjectif définit à lui tout seul : 1/une luminosité sombre, 2/qui cause un sentiment de morosité, de déprime, 3/ qui provoque un sentiment de tristesse, de mélancolie, d’accablement, 4/être sans aucun espoir, désespéré .
C’est un peu tous ces sentiments qui transpercent des illustrations de Benjamin Lacombe. Benjamin a su créer une ambiance sombre, unique, qui sied à merveille aux nouvelles de Poe. On découvre des personnages aux regards gagnés par la folie, la peur, l’incompréhension. Les tons sont sombres, envoûtants, mélanges de noir et de rouge, de mort et de sang. On ne peut qu’applaudir le choix des images, des techniques : gouaches, huiles, crayons graphites, collages de daguerréotypes, … Les illustrations sont pour la plupart du temps en pleines pages ( il y en a même quelques unes en double-pages), encadrées d’ornements également réalisés par Benjamin. Il en résulte un aspect vieux livre d’illustration, qui rappelle les beaux livres illustrés du XIX ème siècle .
Côté nouvelles, on peut découvrir les sept nouvelles préférées de Benjamin : Bérénice, le Chat noir, L’ile de la Fée, Le Coeur Révélateur, La Chute de la Maison Usher, Le Portrait Ovale et Morella . Elles sont suivies d’une présentation de la vie et des oeuvres de Poe écrite par Charles Baudelaire au XIX ème siècle.
Ces « Contes Macabres » sont une oeuvre unique, magistrale, qui célèbre dignement le bicentenaire de la naissance de l’un des plus grands écrivains du XIX ème siècle. Benjamin Lacombe nous éblouit une fois de plus dans cet ouvrage qui nous révèle toute l’étendue de son talent. Un trésor à se procurer sans hésitations !
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© Toutes les images Copyright Benjamin Lacombe / Editions Soleil
La bande annonce :



