Bruna de Caracal vit seule avec son père dans le domaine de celui-ci depuis la mort de sa mère. Cette triste disparition a métamorphosé le seigneur le plongeant peu à peu dans la folie et l’alcoolisme, lui qui qui fût autrefois un grand héros, conquérant de l’abominable Moroch, horrible monstre qui sévissait dans les bois. Un soir, leurré par la ressemblance de la jeune fille avec sa mère, il tente de la violer. Terrifiée, Bruna le blesse mortellement et s’enfuit, emportant avec elle la peau de la bête et s’enfonce au plus profond des bois, loin du monde des hommes.
Charlotte Bousquet signe ici un roman très sombre librement inspiré du conte Peau d’âne de Charles Perrault. Nous y retrouvons un père épris de sa fille, fille qui lance à son père une série d’épreuves pour échapper à ce triste destin. Toutefois les fées sont absentes de ce monde moyenâgeux, où la jeune fille ne trouve qu’une issue pour se soustraire à la menace paternelle, celle de donner la mort. Tout comme la princesse du conte, Bruna se couvre d’une peau avant de s’enfuir, non pas de celle d’un âne, mais de celle représentant la gloire passée de sa famille, la peau du Moroch.
Seule, terrifiée, elle trouve refuge dans les profondeurs des bois, sans se douter un seule instant qu’en ce lieu va se jouer un difficile combat, celle de son humanité contre la bestialité, celle de la pureté contre la noirceur. Manipulée, utilisée par l’esprit du Moroch, elle va pourtant trouver en lui le seul réconfort contre la solitude profonde qui l’accable.
L’histoire est originale et très bien menée, mêlant à un récit fantastique des thèmes forts tels que la culpabilité, l’inceste, la folie et l’identité . La marque de la bête nous plonge dans une atmosphère troublante et pesante dont l’enjeu est une âme humaine. Le lecteur est pris dans les méandres du destin tragique de Bruna de Caracal, sensation accentuée par l’ambiance moyenâgeuse planant sur le roman. Une époque où croyances et magie se mêlent, où la simple évocation des bois, lieu inconnu où séjournent les monstres et les démons, plongent les habitants dans la peur et le doute.
La marque de la bête, Charlotte Bousquet, Editions Mango (Royaumes Perdus), 2009

