Fille des chimères = titre énigmatique. Couverture tout autant énigmatique, qui ajoutée au descriptif du livre (l’auteure serait comparée à Charles de Lint et à Neil Gaiman rien que ça ! ) a fait que j’ai lu le livre dans la foulée dès que je l’ai trouvé dans la boîte aux lettres.
Fille des chimères, c’est l’histoire d’une guerre millénaire entre deux Peuples : les Anges et les Chimères. Au milieu de ce conflit se trouve une adolescente, Karou, qui n’a aucune idée de se qui se trame. Élevée par quatre créatures chimériques, elle mène une vie humaine normale à quelques détails près. En effet, ses cheveux sont naturellement bleus, la demoiselle parle des dizaines de langues dont certaines ne sont même pas humaines et il lui arrive d’aller faire certaines courses de l’autre côté du globe pour le compte d’un certain Marchand de voeux. Et puis le petit monde de Karou bascule du jour au lendemain : attaquée par un ange, elle est séparée de sa famille adoptive et ignore s’ils sont encore en vie. Elle n’a donc plus qu’une idée en tête ; les retrouver et découvrir sa véritable identité dans la foulée.
Car oui, voilà le fond du problème : la jeune héroïne n’a aucune idée de qui elle est. Questionnement que partage évidemment le lecteur, qui est embarqué dans la quête de la demoiselle bon gré mal gré. On fait d’abord la connaissance de Karou, étudiante dans une école d’art à Prague. Cette fille a apparemment une vie des plus normales : elle rouspète après son ex, papote avec ses copines et montre ses derniers dessins issus d’histoires qu’elle s’imagine ; celles d’un Marchand de voeux collectionneur de dents, celles d’une femme mi-humaine mi-serpent et autres créatures fantasmagoriques issues de son imagination. Sauf que voilà, on se rend compte quelques pages plus tard que tout ceci n’a rien d’irréel : élevée par des chimères, la jeune fille est entourée de créatures étranges et dangereuses et participe à un étrange trafic pour le compte du Marchand de voeux. Celui-ci l’envoie aux quatre coins du monde afin de récupérer des dents qu’il échange contre des voeux de plus ou moins grandes valeurs.
Bon, mettons tout de suite les choses au clair. Ce n’est ni du Neil Gaiman, ni du Charles de Lint. Mais, il y a un petit quelque chose qui attire tout de même l’attention dans son écriture et qui me fait dire que Laini Taylor est tout de même une auteure à suivre. Elle écrit très bien, mélange agréablement diverses influences sans tomber dans la niaiserie. La base de l’histoire est archi connue : on retrouve une intrigue à la Roméo et Juliette, histoire d’amour impossible sur fond de quête identitaire. Mais c’est tout. Le reste est agréablement original et j’ai vraiment beaucoup aimé lire Fille des chimères. J’ai aimé sa vision de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal, j’ai aimé ses emprunts aux divers mythes et légendes et ce qu’elle en a fait. J’ai aimé le background du roman -Prague-, j’ai aimé la force de caractère teintée de fragilité de l’héroïne. Quelque chose de négatif ? Voui, j’ai pas trop aimé Akiva le héros masculin de l’histoire, qui joue très bien le rôle de l’âme torturée qui cherche à se racheter, mais qui sinon est totalement vide de volonté et l’histoire d’amour qu’il vit avec Karou, qui tombe ma fois comme un cheveu sur la soupe. Cette amourette, bien que justifiée par les évènements et l’intrigue tire le roman de Laini Taylor vers la banalité, à mon grand dam car tout le reste est vraiment chouette. Donc voilà le résultat des courses. Un premier tome d’une trilogie qui vaut vraiment le détour à quelques détails près, et qui j’espère ouvrira la porte à deux autres tomes aussi atypiques.
Fille des chimères, Laini Taylor, éditions Gallimard Jeunesse, à paraître le 8 mars 2012
Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Gallimard Jeunesse



