Emblèmes, Hors-Série 2: Les Fées 

Emblèmes, anthologie périodique à thème éditée par Oxymore,  maison d’édition française spécialisée dans les littératures de l’imaginaire disparue en 2006. Chaque volume rassemble autour d’un thème nouvelles françaises, articles de fond et traductions originales. Bien qu’il soit à présent impossible de les commander ou de les trouver en librairie, on peut encore parvenir à dénicher les perles rares en farfouillant dans les sites d’occasion et autres bouquineries. C’est ainsi que j’ai réussi à dénicher ce numéro dédié aux mystérieuses habitantes de Féerie.

Il est illustré par la talentueuse Amandine Labarre et présenté par la non-moins talentueuse Léa Silhol. C’est d’ailleurs elle qui débute la scéance d’écriture par un plaidoyer pour l’elficomanie. Très beau mot, je trouve, regroupant les lecteurs avides de lectures intelligentes sur la Féerie. Nous n’avons plus ensuite qu’à nous suivre le chemin prétracé par la grande dame. Une balade où s’alternent légèreté et amusement, mais également noirseur et danger. Car c’est vrai, il y a de tout dans cette Outremonde. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elle paraissent être et le péril peut toujours se cacher au détour du chemin.

Notre promenade se ponctue en treize étapes qui ont pour point commun d’être une rencontre avec une Belle-Dame, une créature non- humaine, une habitante de Féerie. Notre première étape nous fait découvrir les plaisirs sucrés, ça tombait bien, moi qui venais de terminer mon Fées Divers spécial nourriture et boisson ;) Une nouvelle intitulée Un si Précieux Elixir signé de la plume de Martine Hermant où pâtisseries et élixir magique font bon ménage jusqu’au jour où les fées s’en mélent. Son détenteur, Jacques Afadet, pâtissier de son état, doit en effet assisté à un banquet organisé par une ténébreuse Comtesse en respectant une consigne à première vue très simple : il n’a droit qu’à une seule bouchée pour chaque mets. Evidemment, le repas se révéle féerique et l’infortuné gourmet se retrouve prisonnier des Fées pour avoir manqué à l’ injontion.

Le chemin nous conduit ensuite vers un pont qui se trouve être l’habitation d’un troll. Un troll et deux roses de l’américaine Patricia A. McKillip est une nouvelle légére et drôle où un troll et un prince se dispute l’amour d’une rose, rose qui se trouve être une princesse victime d’un sort d’un méchant magicien. C’est vraiment très mignon et le troll, qui est sensé être un personnage cruel et repoussant, se trouve être un être attachant et boudeur, qui n’est pas sans rappeler le personnage de l’ogre verdâtre Shrek. Nous plongeons ensuite dans les profondeur de la forêt où nous rencontrons Oriane.

Nouvelle tragique de Jean Lorrain, Oriane vaincuenous fait partager l’attente d’une Fée qui sait sa dernière heure arrivée . C’est très sombre et assez malsain . L’auteur nous fait partager les émotions de la créature Féerique, puis l’arrivée du Chevalier, homme qui pense oeuvré pour le Bien, pour enfin réalisé que le bien et le mal sont deux notions abstraites lorsqu’on pénétre sur les terres des Bons Voisins.

Nous rejoignons ensuite les terres d’Irlande et plus particuliérement une petite ruelle de la capitale irlandaise. C’est ici queYoann Berjaud dans la rose d’Oisin renoue avec les légendes de ce beau pays en nous menant à la rencontre d’un Oisin vieillissant. Il faut savoir que cette homme est considéré comme le plus grand poète et un grand guerrier dans les légendes de la verte Erin et qu’il est connu pour avoir traversé la mer sur un cheval blanc afin de rejoindre le pays des Fées. Les années ont donc passées pour l’Oisin de notre nouvelle, vu que nous le retrouvons seul, fatigué et grisonnant à Dublin. C’est là qu’une jeune journaliste le déniche et qu’Oisin va lui démontrer que la magie est encore présente dans nos vies.

Nous bifurquons ensuite du chemin tracé pour se rapprocher d’une maison de vacances perdue dans les bois. Un chant d’été de Justine Niogret nous fait partager l’amitié de deux enfants, qui sous le doux soleil de l’été créé une statue d’argile. Celle-ci devient leur compagne de jeu et ils la retrouvent, été après été. Leurs jeux et leurs croyances vont y apporter une âme, esprit d’un être féerique qui se retrouve prisonnier de la terre. Puis les années passent et l’amitié se transforme en amour et en jalousie jusqu’au dénouement funeste présenti dans les dernières lignes. A première vue pleine de légéreté, l’atmosphére de cette nouvelle évolue de maniére sombre et pesante au fur et à mesure que les enfants grandissent et nous fait réfléchir sur les sentiments humains.

Nous changeons de saison pour la nouvelle suivante : Fées d’Hiver de Franck Ferric . Une bien belle histoire où poésie et croyance se mélangent pour nous mener à la rencontre du vieux Boris. Ce sans-abris fait une découverte qui va changer sa vie à tout jamais : il découvre que ce qui fait marcher les cartes de voeux chantantes sont en fait des petites fées prisonnières du carton ! Boris se transforme alors en justicier pour venir au secours de ces demoiselles ailées captives d’une usine de montage. Il doit alors choisir entre continuer à croire et penser comme un adulte et oublier.

Traversons ensuite la frontiére pour retourner en Outremonde… Le gardien du jour de Liz Williams renoue avec la croyance du changeling en lui apportant une touche de modernité. Nous y découvrons le destin de deux enfants, chacun n’ayant pas sa place dans le monde où il se trouve et le devenir du changeling humain, sacrifié au Pays de l’été.

Nous enchaînons ensuite avec quelques chose de plus joyeux et léger avec Les tribulations de Pépé le gnome en Féerie de Tepthida Hay . On y découvre une Féerie suivant une hiérarchie rigoureuse qu’un seul petit être va faire voler en éclat. C’est très drôle et on se rend compte que finalement les créatures magiques ne s’entendent pas si bien entre elles!

Nous pénétrons ensuite dans l’univers artistique grâce à Art d’Armand Cabasson . On y découvre que la muse inspiratrice est une demoiselle très exigeante qui méne l’artiste jusqu’au bout de ses limites, jusqu’à la mort.

Pour ensuite se diriger vers Turquoise d’Estelle Valls de Gomis qui nous conte la jolie amitié entre un petit garçon et un homme racine. Une amitié qui se passe à une époque où l’homme respectait la nature et ses habitants et croyait en l’existance des Bons Voisins. Une nouvelle qui se termine à notre époque de manière fort triste et montre les conséquences que peut avoir le disrespect de l’homme envers la nature.

Les sombres de Karim Berrouka, auteur que j’apprécie énormément depuis la lecture de la porte, nous décrit les répercutions des sentiments des hommes sur les fées. Il en découle vous pouvez vous en douter un résultat affligeant teinté de mort et de souffrance.
Nous retournons à notre époque pour découvrir
les fantômes du vent et de l’ombre de Charles de Lint, auteur génialissime que j’ai découvert grâce au merveilleux Fées Divers . Cette nouvelle est l’une de mes préférées de cette anthologie. Une trentaine de pages de pûre plaisir où l’on savoure une histoire aux pointes de Féerie Urbaine où l’on s’apperçoit que les Fées sont toujours autour de nous et que ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’elles ne sont pas là. Les Belles Dames ont évolué et se sont adaptées à la vie humaine et une poignée d’humains seulement posséde le pouvoir de voir l’invisible.

Cette balade se conclue par une réécriture moderne de Thomas le rimeur signée Benoît Geers. Thomas, jeune poète dynamique est une nouvelle savoureuse qui nous fait nous apercevoir que dire toujours la vérité peut vraiment devenir une gène dans la vie courante …

Ce numéro se conclue par deux analyses très complètes des Fées : Les fées celtes, ces invisibles voisins de Marie-Laure Nouhaud nous en apprend plus sur les différentes Féeries Celtiques et Figures de la Fée dans les îles britanniques est composé d’extraits de la Mythologie Féerique de Thomas Keightley, folkloriste et historien irlandais du XIX ème siècle.

Léa Silhol reprend finalement sa plume pour nous conseiller ses découvertes livresques féeriques, une bibliographie richement fournie qui nous dirige vers de nouvelles lectures en persperctive… Cette anthologie sur les fées m’a vraiment surprise, tant par la qualité de ses textes que par sa diversité. Des émotions contradictoires nous submergent à la lecture de tous ces récits et nous font découvrir les aspects subcontraires du monde des Fées. Une lecture très enrichissante que je conseille vivement!

Enregistrer : le permalien.

À propos de Laure

Passionnée par la Faërie et les légendes. Adepte des littératures de l'imaginaire.

Les fées vous recommandent

10 réponses à Emblèmes, Hors-Série 2: Les Fées 

  1. Aaah! Emblèmes! Une sacrée série d’antho et Oxymore une maison d’édition de valeur. Si tu as l’occasion de retrouver des exemplaires de leurs livres ici ou ailleurs tu peux foncer tête baissée, la qualité sera toujours au rendez-vous.

  2. Je l’ai lu il y a deux ans environ, emprunté à la bibliothèque. J’avais beaucoup aimé surtout les deux premières nouvelles.
    Je pense qu’on peut le trouver dans les librairies spécialisées.

  3. admin

    @ Clémence : J’ai récupéré par la même occasion  » Il était une fée  » que je pense dévorer prochainement et ai dans le collimateur  » Écrit avec du sang » depuis que vous l’avez glissé dans FD ;)

    @ Arwen : J’ignore si on peut encore les trouver en librairies spécialisées, car ils sont en rupture de stock et non réédités depuis quelques années, Oxymore ayant cessé d’exister. Mais bon, on peut encore les trouver facilement d’occas en farfouillant un peu sur le net ;)

  4. Je crois qu’on peut encore en trouver sur ebay. J’en ai acheté un wagon l’an passé dont celui-ci, il me semble. Joli programme à ce que je vois.

  5. Étrangement ces 2 antho sur les fées ne sont pas mes publications favorites. Je suis plutôt restée en arrêt sur Mythophage, Lilith et ses soeurs ou encore l’Emblèmes Trésors et mon livre de chevet reste incontestablement Musiques de la Frontière de L.Silhol.

  6. admin

    @ Laetitia : C’est justement là que je les ai déniché, mais j’ai vu qu’il y en avait pleins d’occas aussi sur Amazon.

    @ Clémence : Je les note pour les prendre quand je croiserai leur chemin ;) Merci en tous cas pour tous ces beaux conseils de lecture :)

  7. Ping : Les gentlemen de l’étrange | De l'autre côté du miroir

  8. Ping : Bientôt dans la bibliothèque #9 | De l'autre côté du miroir

  9. Ping : Coeurs de rouille | De l'autre côté du miroir

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

  • Tout le monde est fou

  • Dans le terrier du lapin

  • Otez votre chapeau