Blue Cerises

Les Blue Cerises, c’est Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre amis, au début assez ordinaires, mais qu’on apprend ensuite liés par un secret. Voici leur pacte :

« En cet été de nos quatorze ans,

En ce jour de vacances,

Nous enterrons notre enfance.

Moi, Zik, j’arrache les tiges de ces cerises,

Comme notre innocence vient de nous être enlevée.

Moi, Violette, je croque le noyau de ce fruit, pour

Ne jamais oublier l’amertume de notre rencontre.

Moi, Amos, je badigeonne mon visage de ce jus,

Couleur du sang, pour me souvenir toujours

De ces heures d’angoisse.

Moi, Satya, je jette le reste des fruits dans

Le courant, qu’ils la rejoignent, elle, notre disparue,

Qu’elle sache que par elle notre alliance est scellée.

Désormais, comme les gouttes qui font l’eau

De cette rivière, tous les quatre, nous sommes soudés.

Comme les galets du chemin, nous tiendrons

Le secret.

Aujourd’hui, nous devenons les « blue Cerises » :

Amos, Violette, Satya et Zik, nous jurons

D’être unis à jamais. »

Ce pacte, suivi de leurs signatures, tout méphistophélique qu’il soit, est vite oublié pendant la lecture de la première saison.

Tous quatre sont fans de vieux films. Il était donc logique que leur QG soit une vieille cinémathèque. Lieu de rendez-vous, de confession, de détente, de coup de gueule et de coup au cœur, ce lieu est l’un des grands incontournables de ce livre.

Mais revenons à des descriptions plus formelles, puisque ce n’est pas un livre ordinaire. Blue Cerises, c’est quatre petits livrets, d’environ cinquante pages chacun. Il y a un livret par personnage pour chaque mois (octobre, novembre et décembre pour l’instant), et chaque mois forme une saison. Il y a donc, pour le moment… douze livrets parus.

Autre originalité, et c’est toute la saveur de cette collection, chaque personnage s’esquisse sous la plume d’un auteur différent. Ainsi, non content de voir chaque mois sous le regard de chacun des quatre amis, le lecteur a aussi sous les yeux quatre écritures différentes !

Ce qui me plaît tant avec les Blue Cerises, c’est qu’on n’a pas toutes les informations d’un coup. L’omniscience du lecteur ne peut se faire que s’il lit les quatre livrets de la saison. Ce n’est qu’en ayant leurs points de vue à chacun qu’on peut reconstituer une histoire, leur histoire.

Quatre voix, quatre plumes, du mystère, un pacte, que demander de plus ? Une présentation peut-être. Soit. Donc présentons.

Amos, c’est le Saint-Sébastien des temps modernes. Archer, martyr (dans ses relations amoureuses) et homosexuel, il est le malchanceux. Sa sœur jumelle, Chani, et lui, n’ont en commun « que le date et l’heure de naissance », à ses dires tout du moins. Tous deux sont élevés par leur père (leur mère ayant disparu quand ils avaient deux ans) qui est tout à la fois protecteur, peu bavard, et souvent absent. Sa grande confidente, c’est sa tante Elena, chauffeur de taxi. Mais ce qui le tracasse vraiment (outre le maniaque du téléphone et ses peines de cœur à cause du beau Lucas), c’est de devoir partir au Québec. Oui son père a reçu une promotion qui ne se refuse pas, oui, ça ne dérange aucunement sa sœur de changer de vie. Mais lui a ses Cerises. Et le Québec, c’est le bout du monde ! Alors c’est décidé, il restera à Paris ! Par tous les moyens !

Un humour décapant, des jeux de mots insolites, voilà ce que prête, entre autres, Sigrid Baffert à Amos. Elle est auteur de littérature jeunesse au parcours assez chaotique. Le mieux, pour la (re-)découvrir, c’est son site. Nul ne parle mieux d’elle qu’elle-même.

Violette, la romantique, fleur bleue, se promenant le cœur en bandoulière (même si elle s’en défend) ; ce qui va lui causer quelques tords. Elle, elle doit passer dix jours aux Corbières, loin, très loin dans le sud, là où il n’y a même pas d’ordinateur, et où le téléphone ne capte pas. Le bagne quoi ! Elle est petite-nièce d’un Républicain espagnol pas toujours très sérieux (sauf dans les souvenirs de guerre, et quand il s’inquiète pour elle au point de la faire suivre par un « ange gardien » noir, Henrique). Elle appelle les auteurs par leurs prénoms, surtout Marguerite (Duras), qu’elle préfère à Amélie (Nothomb). On comprend alors que ces paroles soient mâtinées d’espagnol, d’anglais (comme chez tout jeune parisien), et d’expressions dignes d’une dissertation. Sa plaie au cœur à elle, c’est Constant. Un type beau comme Louis Garrel, mais un peu trop pressé en amour.

Ce personnage haut en couleurs a la voix et l’humour de Cécile Roumiguière, qui retrace elle-même sa vie sur la page suivante. Je vous laisse la découvrir par vous-même.

L’autre fille de la bande, c’est Zik. Soizic pour l’état civil, mais elle se fâche si on le lui rappelle. Elle est métisse : fille d’un père réunionnais et d’une mère ardéchoise, elle porte un nom breton. Cherchez l’erreur ! Et, pour reprendre ces mots, ça lui va « comme une coiffe bigoudène à une Touareg ». Comme on le remarque d’emblée, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Quand son esprit, toujours révolté et parfois torturé, la travaille trop, c’est sur les toits de Paris qu’elle va s’apaiser, de préférence avec un stock de fraises Tagada. C’est là-haut qu’elle rencontre Jim Morrison, l’ange des toits qui lui fait visiter les catacombes le temps d’un concert, et accessoirement l’homonyme du chanteur des Doors (ou peut-être est-ce le vrai ?).

Cet humour parfois noir, un peu décalé, mais toujours plaisant à lire est l’œuvre de Maryvonne Rippert, auteur également de Métal Mélodie (excellente lecture pour toutes les filles qui trouvent que leur mère est passée de mode et bien trop sérieuse pour comprendre la vie). Son blog, le voici. A découvrir sans modération, même s’il n’y a pas de biographie ! Sachez seulement qu’elle est originaire de l’Ardèche (qui parle de coïncidences ?).

Et pour finir, parce qu’il faut bien un dernier : Satya. Ce charmant jeune homme est orphelin, élevé par mamie-yin et mamie-yang (à savoir respectivement Solange et Madeleine), les propiétaires de la librairie jeunesse La Malle de l’ange. L’esprit (et le cœur aussi, mais chut…) en vrac à cause de la belle Indiana, il décrypte tant bien que mal les codes que lui envoie sa belle, toujours à coup de littérature. Après des citations d’ED (Emily Dickinson), elle lui offre un livre de Cormier s’intitulant La balle est dans ton camp, et l’invite, par des moyens détournés bien sûr, à assister à un attentat… poétique. Qui est-elle ? Pourquoi tant de mystères, tant d’énigmes autour de leurs rencontres ? Je ne vous en dirai pas plus. « L’eau s’apprend par la soif. » ED bien sûr, qui d’autre.

Satya est, à mon sens, le ciment des Cerises, au moins dans cette première saison. Il est le seul à ne pas rester bloqué dans sa bulle sous ce déluge de soucis. Il est aussi le seul des quatre à sortir de la plume d’un homme. Jean-Michel Payet, le grand, l’unique. Si vous voulez approfondir votre lecture de ce côté, la trilogie d’Aerkaos devrait vous ravir. Et sa chère Mademoiselle Scaramouche ne manque pas de piquant. Lui aussi à la page, il signe ce blog, où l’on peut voir ses romans et ses BD-romans. A savourer au coin du feu.

Voici pour la première saison. Par la suite, on en apprend un peu plus sur la mystérieuse Olivia, qui est juste évoquée, et aussi vite oubliée, dans cette saison. On comprend également de mieux en mieux les termes de leur pacte, à mesure que se dévoile le secret qui a scellé leur amitié de manière si incongrue. Amitié qui semble d’ailleurs s’effilocher alors que le secret n’en est plus un. Je me refuse à vous raconter la suite. Quel plaisir y aurait-il, sinon, à aller les lire ? Et je ne sais moi-même pas encore tout.

En effet, l’histoire n’est pas finie. La saison quatre (janvier, logiquement) est attendue pour février 2012. Et pour nous faire patienter, les Editions Milan ont réédité la saison une en un tome ; ils s’apprêtent à faire de même avec les autres.

Si vous voulez poursuivre l’aventure, Amos, Zik, Satya et Violette vous accueillerons volontiers sur leurs blogs.  

Blue Cerises, Sigrid Baffert, Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert, Jean-Michel Payet, éditions Milan (Macadam), 2009

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À propos de Alicia

Ceci est un appel à l'aide. Si quelqu'un m'entend/me lit, venez me sortir de là! Je suis une choupette (soit 20 à 25 ans) et j'ai été kidnappée par Laure pour lui écrire des chroniques. Pour l'instant elle est gentille et me laisse faire ce que je veux, mais bientôt, elle m'obligera à lui écrire toutes ses chroniques à sa place (et il y en a beaucoup)! Je suis trop jeune pour mourir, même la plume à la main!

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6 réponses à Blue Cerises

  1. Aurélie

    ça a l’air très sympa comme bouquin!! :)
    Tu séquestres des gens maintenant Laure pour faire tes chroniques? ;)

  2. Comment ça, plus de secret ? Vous savez ce qu’est devenue Olivia ? Elle est vivante ? Hey, dites-nous… parce nous, on nage en eaux cafardeuses, à se ronger les sangs sans savoir.
    Belle lecture, merci ;-)
    … et la suite, on m’a dit que ce serait pour le 4 janvier 2012.
    Vio

  3. Alicia

    @Vio : Hey, je n’ai jamais dit qu’on savait tout sur Olivia, au contraire!!! Je dit juste qu’au moins on voit vaguement de quoi Zik, Amos, Satya et toi parlez à chaque évocation des « événements »!!
    Quoi??? Sortie le 4?? Et j’ai manqué ça? Au mon Dieu, je défaille!! Vite, il faut que je le trouve!!

  4. Ping : Petites questions à …Maryvonne Rippert | De l'autre côté du miroir

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