
C’est la talentueuse Agata Kawa qui a bien voulu se prêter au jeu des « petites questions à » cette semaine. C’est une artiste que j’apprécie énormément, je vous avais d’ailleurs fait un post de présentation il y a quelques mois lors des débuts de ce blog. Côté actu, Agata expose aux Furieux du 2 au 28 Septembre (j’en parle ici) et on peut admirer quelques unes de ses illustrations dans l’ Artbook du Café Salé n°2 (voir ici). Je vous laisse découvrir ses autres projets dans cette interview ( et il y a du scoop ^^)…
-Pouvez vous vous présenter ?
Bonjour Laure. Je suis une jeune femme parait-il plutôt grande (un héritage de mes parents d’origine slave, à ce qu’il parait), et aux cheveux rouges (une particularité un poil moins naturelle, mais depuis le temps que je les ai adoptés je pense qu’on peut parler de seconde nature ;) )
- Quel est votre parcours ?
Il a été multiple, et presque toujours fait de chemins de traverse. Un parcours de petite rate curieuse, à chercher les surprises, à l’inverse total du parcours planifié ! :)
Sauf pour le point de départ paradoxalement : j’ai découvert très tôt mon penchant pour les domaines artistiques, et me suis orienté dans ce sens dès le collège. Le reste du cursus a suivi.
Une année à l’atelier de Sèvres à m’accrocher pour une mise à niveau afin de passer les concours des grandes écoles publiques. Malgré les petits boulots, tenir plus d’un an dans un cursus privé, question finance, c’était pour moi mission impossible. Résultat : fallait cravacher ! ;)p L’année d’après, après un concours d’entrée réussit, j’ai enchaîné 3 années supplémentaires à l’Ecole Municipale Supérieure des Arts et Techniques de Paris. Ce cursus s’est bouclé avec une dernière année aux Arts Déco, en candidate libre.
En parallèle j’ai commencé à peindre, et exposer dans les salons et galeries parisiennes.
C’est une époque où j’ai aussi travaillé dans beaucoup d’ateliers de groupe, de peinture, de dessin, de sculpture, de décors, et des ateliers d’artistes aussi. Des expériences souvent aussi barrées que magiques ! ;)p
A 24ans, j’ai commencé à enseigner le dessin, la peinture et le modèle vivant dans des écoles privés pour adultes. Sans doute un des trucs que j’ai préféré, de très beaux moment de partages et d’échanges de fondamentaux, un vrai truc qui reste à intérieur…
Ca a duré trois ans. En parallèle, l’illustration prenait pour moi progressivement le pas sur la peinture, avec en plus des envies vers l’univers de l’édition jeunesse.
Et puis, l’informatique est arrivée, et avec elle la 3D, et la fascination absolue de pouvoir entrer dans ses propres illustrations « sculptées » en 3 Dimensions.
Le reste s’est enchaîné comme une traînée de poudre, et m’a attrapé au vol sans que j’aie le temps de voir venir : Entre mon tout premier clic de souris sur un ordinateur et mon embauche pour sculpter des décors et des personnages dans une des plus grosse boite française, il s’est passé à peine 1 mois…
S’en sont suivis 7années à explorer cet univers, à travers le film d’animation, les séries et le jeu vidéo, dans l’apprentissage constant des techniques, en enchaînant les rencontres, les sociétés, les beaux projets, et les postes de graphiste, jusqu’à celui de directrice artistique.
Arrivée à cette position, en haut de cette « petite colline fleurie où pour mon entourage tout me semblait acquis », j’ai choisi de sauter à nouveau vers un nouvel inconnu. Il faut croire que l’on ne se refait jamais tout à fait ! ;) Depuis quelques temps maintenant je redessine à nouveau, comme Illustratrice et auteur. Et je renoue avec mes premières amours, en revenant vers l’aventure de l’édition jeunesse. :)
-Comment en êtes-vous arrivée à représenter la féerie et à trouver ce style si particulier de « Old Fairy Tales » ?
La féerie en appelle à notre part d’inconscient, qui m’intéresse au moins autant chez quelqu’un que sa part visible et consciente.
C’est en tout cas toujours cette part d’inconscient que je choisi d’aborder lorsque je travaille en illustrations sur un texte. Pour moi ça passe alors au choix par une représentation féerique, onirique ou bien symbolique (ou un mélange des 3 ;) ).
Et pour ce qui est du style, c’est une longue histoire, je vais vous l’épargner !!
Disons pour résumer que je ne serais sans doute pas qui je suis au fond si je n’avais pas été nourrie toute petite par de très beaux livres, perdus prématurément. Il faut croire que je vais courir après encore un moment ! ;)p
-Quelles techniques utilisez vous ?
De par mon parcours, mes techniques actuelles mélangent sans complexe le traditionnel et le numérique.
J’utilise ponctuellement toutes les techniques traditionnelles du dessin ou de la peinture, et les logiciels infographiques qui m’intéressent, pour obtenir le résultat escompté sur le moment. Pour moi, tout ça ce sont des outils au service d’une finalité, ils me sont tous utiles, ils varient selon l’image produite. Mais souvent le point de départ se fait au crayon et celui d’arrivée sur photoshop, c’est entre ces deux étapes que ça varie ! ;)p
-Avez-vous un petit rituel pour trouver l’inspiration ?
Je vais frapper à la porte de l’enfant qui habite en moi. J’ai de la chance, il est plutôt hospitalier de nature ! :)
-Comment choisissez vous les thèmes que vous allez illustrer ? Vous sentez-vous plus à l’aise avec les auteurs classiques, comme Keats ou Spencer ?
Sans avoir la prétention de jouer les grands esprits, j’ai tout de même besoin de travailler sur du sens (ça n’empêche en rien un goût prononcé pour la légèreté d’ailleurs, et même bien au contraire… ;)p).
De part son essence, loin de limiter cela, le livre jeunesse ouvre des possibilités incroyables en terme de sens.
Il y a pour moi toujours une part d’engagement dans le choix thématique des textes illustrés (aussi bien ceux que j’écris moi-même, que ceux d’autres auteurs). Et puis une rencontre, surtout la rencontre. Avec un texte, un auteur ou une personne…Parfois les trois, quand c’est mon jour de chance ! ;)
Pour Keats ou Spencer, c’est un peu différent. Entre le « passionné » et le « chevaleresque », je me suis juste fait un plaisir perso, 100% ocytocine ! ;) Mais c’est vrai qu’il y a peu de courants cumulant les parts artistiques et idéologiques, dont je me sente si proche que celui des préraphaélites. Je dois avoir gardé un incorrigible goût bien désuet pour certaines formes d’esprits idéalistes, écolo et humanistes. Et si on rajoute à ça, un côté slave prononcé pour le Romantisme, je vous laisse imaginer le portrait !! :)))
- En matière de féerie, quelles sont les œuvres ou artistes qui vous ont le plus marquée ?
Il y en a tellement, j’ai du mal avec ce genre de listes de courses… Bon allez tant pis, je vais faire dans le vrac, au feeling :
Tous les préraphaélites, auteurs, peintres, architectes, poètes et en particulier Burnes Jones et Morris.
Et puis Millais, Rackham, Nielsen, tout Doré (et en particulier L’Enfer de Dante), Klimt, Dulac, Duncan, Bilibine, Beardsley, Hacker, Moreau, Khnopff, Leighton, Fortescue-Brickdale, Waterhouse, Carpaccio, Bauer, Collier, Kupka, Tenggren, Froud, Howe, Lee, Poe…et je fini sur Oscar Wilde.
Mais demain au réveil c’est sur je me dirais : « mais et ça, et ça…comment t’as pu ne pas y penser. »
- Vous avez illustré Rousalka, où en est ce projet ?
Je dirais que j’ai monté le projet Rousalka sur la base de mes origines slaves. C’est un projet très dense, sur un univers pour ainsi dire jamais développé à ce jour. J’ai trouvé un engouement unanime et très chaleureux auprès de tous les éditeurs contacté. Mais c’est un projet trop important pour commencer par lui aujourd’hui, et il ne sortira sans doute pas sous sa forme actuelle. En sommeil, il viendra en son heure.
-Vous avez participé au deuxième tome de l’univers des dragons qui sortira courant 2008, comment avez-vous participé à ce projet, vous a-t-on orienté vers un thème en particulier ?
Je connais Daniel Maghen et Olivier Souillé depuis un moment déjà, et j’adore la manière dont ils travaillent. Que ce soit à la gestion de la Galerie Daniel Maghen, ou du point de vue éditorial, leur démarche est incroyable de richesse et de générosité. Pour la direction artistique, Olivier m’a laissé un vrai champ libre « dans mon registre ».
- Sur quel projet travaillez vous actuellement ?
En ce moment je travaille sur un livre de Conte romantique et fantastique Chinois, basé sur le texte d’un auteur du XVIIIème siècle, Shen Qifeng (dynastie des Qing).
Ce livre sera le tout premier d’une nouvelle collection de Contes merveilleux, parue aux éditions HongFei Cultures (http://www.hongfei-cultures.com/), et il sortira en Mars 2009.
Je suis très heureuse de cette belle collaboration, et de la confiance dont ils m’honorent. J’ai la chance d’ouvrir la collection en travaillant sur cet album dans sa globalité : des illustrations au design intérieur du livre, en passant par la maquette et jusqu’au montage de charte graphique de la couverture (et du coup de celles à venir pour la future collection)…Une vraie gageure (timing compris ! :) ).
Et au mois d’Octobre 2009 (c’est grave un scoop pour l’instant ! ;)), sortira aux éditions du Seuil un album dont le sujet me tient à cœur depuis un moment (là pour le coup je préfère ne pas trop en dire encore). J’en suis l’illustratrice, mais à la plume se sera mon ami Benjamin Lacombe. Fruit d’une collaboration étroite entre nous, cet album s’avère d’ores et déjà être une aventure magnifique…
Pour tous ceux que ça intéresse, je vous invite à retrouver mon blog, pour le pas-à-pas des avancées et des surprises !
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Je remercie encore une fois Agata pour sa gentillesse et ses scoops ^^.Pour découvrir un peux plus son univers, je vous invite à visiter son blog et sa page myspace.
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