Damnés, tome 3: Passion

Nous reprenons l’histoire de Luce et Daniel là où nous l’avions laissée à la fin du deuxième tome: pour mémoire, la belle s’était jetée tête baissée dans un passage inconnu créé à partir d’une ombre. C’est donc là que nous la retrouvons, avec évidemment Daniel sur ses traces, car difficile de séparer le couple damné.

L’originalité de ce tome, et c’est malheureusement la seule, se situe dans les voyages temporels de Luce. Celle-ci remonte en effet ses précédentes vies afin de découvrir la source de la malédiction qui l’unit à l’ange déchu. Si vous ne supportez pas le personnage de la jeune fille, vous n’allez malheureusement pas être déçu. Celle-ci se montre égocentrique à souhait, dépendant dangereusement du héros masculin de l’histoire. Un peu d’autonomie vis-à-vis de son âme soeur n’aurait sans doute pas été du luxe dans la narration, car si une fois le livre terminé vous n’avez pas compris combien son double est extraordinaire sur tous les points, c’est que vous avez vraiment raté un épisode ! Oui, on sait, Daniel est beau, il a la peau douce et il embrasse super bien, mais le répéter toutes les deux lignes ne risque-t-il pas de donner une certaine lourdeur au texte ?

De plus, ces voyages temporels qui auraient pu être intéressants à exploiter, sont finalement peu utilisés par Lauren Kate. L’auteur passe en effet extrêmement rapidement sur les différentes époques que traverse son héroïne et celles-ci ne sont finalement qu’un prétexte pour un certain voyeurisme, l’activité principale de Luce étant d’espionner les relations qu’entretenaient ses vies antérieures avec Daniel. Un nouveau personnage plutôt original et amusant égaille toutefois ce triste tableau : Bill, une petite gargouille qui s’est donnée pour mission de guider Luce dans les Annonciateurs et qui est loin d’avoir la langue dans sa poche.

Conclusion: après un premier tome intéressant, un deuxième tome un peu moins intéressant, Lauren Kate signe un troisième tome qui ne se renouvelle pas vraiment. On commence à se lasser des aventures de Luce et Daniel et l’histoire semble prendre l’eau de toutes parts… dommage.

Le site du livre : http://www.damnes-lelivre.fr

Passion, Lauren Kate, éditions Bayard jeunesse, 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Bayard Jeunesse.

L’Apprentie de Merlin, tome 2: L’ogre et le bouclier

« Le mythe devient réalité. La Table ronde est sur le point de naître. »

Les années ont passé, Ana n’est plus la petite voleuse d’antan. Après s’être réveillée d’un long sommeil, elle se voit confier par Merlin la lourde tâche de mettre Arthur sur le trône de Bretagne. S’attendant à trouver un bébé, elle est surprise de découvrir un jeune homme en âge de réclamer Excalibur. Mais pour cela, il doit se montrer digne de l’épée et être capable de la retirer du rocher. Problème: d’autres chevaliers la convoitent et empêchent les curieux de l’approcher. Aidé d’Ana, Arthur va rassembler autour de lui quelques compagnons et se lancer sur les traces d’Yspaddaden, horrible ogre qui terrifie les alentours de Camaaloth.

Comme dans le premier tome, le personnage de Merlin est secondaire : Ana est celle sur qui repose le futur royaume de Bretagne. Le vieux magicien lui fait en effet entièrement confiance et lui confie ni plus ni moins la vie et l’avenir du jeune héritier de la couronne de Bretagne. Merlin se fait donc rare, n’apparaissant qu’aux moments les plus critiques afin de répandre mises en garde ou conseils. Evidemment, l’enchanteur évite de lui mentionner qu’elle vient de passer plus de quinze ans plongé dans un profond sommeil et l’adolescence est fort surprise de trouver, non pas un bébé, mais un jeune homme virile prêt à monter sur le trône. Le lecteur découvre une nouvelle génération de chevaliers, héritiers des compagnons d’Uther : Lancelot, Yvain, Gauvin, Borhort … la table ronde se fonde.

Pas de temps mort dans les aventures de la jeune magicienne: la joyeuse bande doit en effet affronter moult ennemis. Combats contre chevaliers, créatures surnaturelles et monstres ponctuent le récit. La plume de Fabien Clavel est efficace, vraiment prenante et sa vision de la Matière de Bretagne assez originale. On suit avec beaucoup de plaisir la quête initiatique de la jeune Ana, voyage qui nous conduit sur les sentiers magiques de la forêt de Brocéliande.

L’Apprentie de Merlin, tome 2: L’ogre et le bouclier, Fabien Clavel, éditions Mango, 2011

Cette lecture a été réalisée en partenariat avec les éditions Mango.

Sisters Red

Scarlett et Rosie March sont chasseuses. Depuis la mort tragique de leur grand-mère tuée par un Fenris, elles ne cessent de traquer les créatures lupines. Elles sont aidées dans leur quête sanglante de Silas, jeune homme qui ne laisse pas indifférente Rosie. La jeune fille rêve en effet d’une vie paisible où la chasse ne serait plus au centre de sa existence.

Version revisitée du Petit Chaperon Rouge, Sisters Red plonge le lecteur dans une ambiance à la « Buffy contre les vampires ». L’hémoglobine coule à flot et aucun détail n’est épargné au lecteur. Ici, les filles n’attendent pas sagement de se faire dévorer par les monstres lycanthropes: maniant le couteau et la hache avec dextérité, les donzelles se lancent sans hésitation à leurs trousses pour sauver la vie de la veuve et de l’orphelin.

Pourtant, les deux soeurs March différent par leurs motivations: cette vie Scarlett, l’aînée, l’a choisie. Témoin de la mort de sa grand-mère lorsqu’elle était enfant, elle s’est battue contre le loup-garou pour sauver la vie de sa petite soeur. De cette rencontre, il lui reste des cicatrices sur le visage qui la défigure. Rosie, quant-à elle, ne suit cette voie que par culpabilité. Elle vit dans l’ombre de sa grande soeur et se sent redevable vis-à-vis de celle-ci qui lui a sauvé la vie au péril de la sienne. L’adolescente a du mal à trouver son identité, à se dissocier de sa soeur avec laquelle « elle partage le même coeur ». Elle ne rêve que d’avoir une vie normale comme les autres filles de son âge, de vivre dans l’inconscience du monde invisible et dangereux qui l’entoure. Pourtant, elle continue à chasser car elle sait que c’est important pour Scarlett, et puis également parce qu’elle craint que si jamais elle arrêtait, sa soeur cesserait de l’aimer.

Avec Sisters Red, Jackson Pearce touche à des thèmes importants tels que la différence et le regard des autres. Tout en surfant sur la vague du fantastique et de la romance qui fleurit dans les romans adolescents, elle narre avec justesse la relation émouvante qu’entretiennent deux soeurs; l’histoire de deux filles qui cherchent dans le regard de l’autre ce qu’elle ne trouve pas dans le sien: Scarlett envie la beauté de Rosie, alors que la plus jeune souhaiterait avoir le courage et la force de l’aînée.

L’alternance des deux héroïnes dans la narration permet de découvrir les deux points de vue des soeurs ainsi que leurs différences. Cela donne également un certain rythme au récit. Le style de Pearce est fluide et agréable à lire et l’auteur développe une intrigue assez originale. Toutefois, la violence omniprésente et les descriptions sanglantes font que ce roman  est avant tout destiné aux adolescents et jeunes adultes, certaines scènes risquant de heurter la sensibilité des plus jeunes.

Sisters Red, Jackson Pearce, éditions Albin Michel (Wiz), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Albin Michel.

La couleur de l’âme des Anges

En ce début 2012, Robert Laffont lance une nouvelle collection. « R » se veut adaptée aux jeunes adultes, mêlant pour cela les genres dans un rythme effréné, sans pour autant laisser les questions de société de côté. Léa Lavagen signale également, dans l’article d’Actualitté dédié à cette collection, que les éditeurs ont choisi de mettre les femmes en avant dans ces douze romans à paraître pour le lancement. Parmi ceux-ci, l’un des plus attendu est La couleur de l’âme des Anges, de Sophie Audouin-Mamikonian (célèbre auteur française des Tara Duncan).

La couleur de l’âme des Anges commence avec la décapitation d’un jeune homme, Jérôme Graveaux, 23 ans. Par katana. Bien qu’atterré de se voir mort, la tête séparée du corps, celui-ci se gausse tout de même d’avoir réussi à mourir de manière peu banale. Car oui, on le suit mort. Afin de ne pas perdre les quelques lecteurs qui liront cette chronique, je crois qu’il est nécessaire de décrire le monde des morts que nous a concocté Sophie Audouin-Mamikonian : c’est un monde superposé au nôtre, identique, mais plus lumineux, plus clair. Et tous les morts (humains, parce que les animaux semblent disparaître aussi vite qu’ils apparaissent dans ce monde. Pour vraiment comprendre cette théorie, demandez à Einstein, il s’y connaît mieux que moi) y … vivent, faute de meilleur mot. Imaginez un peu le nombre d’êtres humains qui sont morts depuis la création de notre planète! Ils envahiraient tout et se monteraient sur les pieds! Heureusement (enfin, ça dépend du point de vue), les morts peuvent mourir (une deuxième fois s’entend) s’ils mangent trop, ou pas du tout. Parce qu’ils mangent en plus. Et les sentiments des vivants! Ces sentiments s’échappent du corps des vivants sous forme de brume, dont la couleur varie suivant le sentiment. Voici la liste des couleurs :

« Cristal bleuté pour la loyauté
Blanc pour la satisfaction, le sentiment de plénitude
Gris argent pour la compassion, l’empathie
Bleu clair pour la joie
Bleu turquoise pour le désir sain
Bleu foncé pour l’amour
Violet clair pour le bonheur
Violet foncé pour l’excitation positive
Doré pour la victoire, l’accomplissement parfait

Vert pour la jalousie
Jaune pour l’envie
Rose clair pour l’agacement, le début de la colère ou du désir malsain
Rose foncé pour l’excitation malsaine
Rouge clair pour la colère
Rouge foncé pour la colère malsaine
Orange pour la revanche, la vengeance
Marron clair pour la tristesse, la peur légère et la culpabilité
Marron foncé pour la peur intense et la tristesse profonde
Noir pour le meurtre ou les désirs pervers »

Je ne sais pas si vous avez été, comme moi, attiré par la belle couverture du livre, mais tout de suite on la regarde autrement. Si je traduis : jalousie, envie, vengeance et colère! Quel programme!

Mais passons. Pour revenir à Jérémy, que j’ai laissé en plan, à peine était-il arrivé dans le royaume des morts qu’il rencontre Flint, anciennement appelé Decarus Pomee, passé (puisque c’est le terme consacré pour indiquer sa date de mort) en 451 après J.C., ainsi que Tétishéri (l’une des premières grandes figures féminines de l’histoire, avant Cléopâtre ou Néfertiti) et Albert Einstein (qui n’a rien trouvé de plus amusant que de changer son corps pour reprendre l’apparence qu’il avait à 10 ans!). Ca donne envie de mourir, vous ne trouvez pas? Bref. J’ai encore abandonné Jérémy. Donc après s’être fait quelque peu expliquer les règles de ce nouveau monde, il décide de retrouver son meurtrier, et si possible de se venger. Pour cela, il retrouve la trace du seul témoin de son meurtre, une jeune fille. Et ce qui devait arriver arriva : il en tombe amoureux. Alors qu’il est mort, et elle vivante. De quoi le rendre fou et le transformer en esprit frappeur de l’avis des plus vieux anges (et ne pensez pas à Peeves, dans ce monde, les esprits frappeurs n’ont plus toute leur tête, et ne font aucune farce)! Un amour impossible, quoi, à moins qu’elle ne meure… Mais il ne veut pas qu’elle meure. Il tente même de la protéger de son assassin, revenu pour la tuer elle! Pour connaître tout ce qu’il va entreprendre pour sauver l’amour de sa vie (qui ne le connaît que de nom), tous à vos livres, je n’en dévoilerai pas plus à ce sujet!

De péripéties en péripéties, on regarde le monde qui nous entoure  d’une autre manière : les acouphènes et maux de tête seraient dû à des anges qui hurlent trop dans nos oreilles (pour nous influencer et nous faire avoir tel ou tel sentiment, dont ils se nourrissent), l’idée des anges pourvus d’ailes serait une simple méprise (autrefois, les anges pensaient qu’ils ne pouvaient voler sans aile, alors que ce n’est pas du tout utile. Mais je m’arrête là, parce que je n’ai pas retenu tout ce qu’Einstein a dit à Jérémy à ce sujet), et les vampires ne sont en fait que des chimères, ces anges qui mangent d’autres anges (la chimère étant à l’origine un enfant qui a « avalé », intégré son jumeau en lui avant la naissance, et ça Jérémy le savait sans Einstein!).

Si jamais vous mourez avant de me laisser un message, souvenez-vous de ne pas manger de fumée rouge. Elle vous transformera en ange rouge, c’est-à-dire malfaisant (tandis que la fumée bleue rend les anges bleus, et que les anges bleus sont les gentils). C’est l’un des points qui m’a le plus déplu dans ce livre : son côté manichéen. Les anges sont soit bons (bleus), soit mauvais (rouges). Certains se disent neutres, mais aucun ne l’est vraiment au final. Toutes mes excuses si je choque quelqu’un, mais à quelques mois des présidentielles, je n’ai pu m’empêcher d’y voir pendant un instant un engagement politique! Toujours est-il qu’avec tant de couleurs de sentiments, je m’étonne que les anges ne soient que bleus ou rouges (avec une tâche dorée au niveau du nombril pour quelques rares privilégiés, mais je n’en dirai pas plus, même sous la torture : allez lire si vous voulez savoir!).

Un autre point qui m’a gêné, et pas mal travaillé, lors de ma lecture, est la publicité que se fait Mme Audouin-Mamikonian en citant Tara Duncan comme l’héroïne préférée de la demi-soeur de Jérémy. Un autre nom m’aurait paru normal, mais j’ai trouvé l’emploi de celui-ci maladroit, surtout que, même si Jérémy est français par son père, sa demi-soeur, Angela, est pur jus américain. Donc la littérature française n’est peut-être pas celle qu’elle a le plus entre les mains.

Pour ne pas finir sur cette brume légèrement teintée de marron, je signale à ceux que ce livre intéresse qu’il y aura une suite (un seul tome apparemment), et que vous pourrez retrouver l’univers de La couleur de l’âme des Anges ici.

La couleur de l’âme des Anges, Sophie Audouin-Mamikonian, Robert Laffont (R), 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Robert Laffont.

 

Dames de lune, Fées des brumes

Créature mythologique ou simple humaine, fée amoureuse ou femme vengeresse: les huit nouvelles contenues dans l’anthologie Dames de lune, Fées des brumes nous mènent à la rencontre d’épouse, d’amante, de mère, de fille … toutes liées par la magie, noire ou blanche.

Inspirées des illustrations de Cécile Guillot, les huit nouvelles sont assez sombres: destins tragiques, malédictions ou tromperies … la grande faucheuse est l’invitée de marque de cette anthologie. Toutefois, ne vous alarmez pas, car amour et amitié apportent une note d’espoir dans cette obscurité.

Stéphane Soutoul, seul représentant de la gente masculine du groupe, conte « l’étrange histoire du luthier amoureux », l’histoire d’un homme secrètement amoureux d’une femme inaccessible prêt à sacrifier sa vie pour que celle-ci trouve le bonheur. Toujours aussi agréable, l’écriture de Stéphane nous amène du côté de Kalistran, havre de paix où la musique est honorée.

Avec « Ralvn », Vanessa Terral nous offre une plongée dans la mythologie scandinave et les Divinités romaines. Ralvn, c’est le prénom d’une jeune femme multi-centenaire, fille de déesse, magicienne et guerrière qui se voit confier la garde d’un mausolée. Cette nouvelle alterne passé et présent de l’héroïne et plonge le lecteur dans une ambiance bit-lit auréolée de références mythologiques.

« La légende du dragon d’ambre » de Céline Guillaume nous transporte en l’an de grâce 1123 au château de Bourguaneuf, en terre morvandelle. Ici, un terrible dragon sème mort et destruction sur toute la contrée, propageant la terreur chez les habitants. Tous les courageux qui se sont opposés à lui y ont laissés la vie. Le dernier espoir du seigneur est la jeune magicienne Tendrelune. L’écriture poétique de Céline baigne le lecteur dans une ambiance moyenâgeuse où monstres et magie se côtoient.

Légendes bretonnes et surnaturel se retrouvent dans « Mademoiselle Hilda » de Malaïka Macumi, nouvelle où un médecin va vivre une étrange expérience au chevet de sa malade. Malaïka a une écriture simple, délicate et prenante: elle crée en quelques mots une ambiance malsaine où maladie, secret et fantasmagorie planent.

Avec « la maison de la sorcière », Aline Finley pénètre dans la vie antérieure d’une jeune femme: amie des fées et des créatures de la forêt, celle-ci a été injustement condamnée pour sorcellerie et brûlée sur le bûcher dans son ancienne vie. Avec son écriture, Aline transmet parfaitement les sentiments et l’incompréhension de la jeune héroïne.

L’un de mes chouchous est « Vanité ou destinée ? » d’Ambre Dubois. La jeune auteur nous offre un allé simple pour les terres Unseelie, où Christina, la jeune héroïne, va découvrir à ses dépends que les fées existent vraiment et qu’elles sont loin d’être les créatures mignonnettes des contes. Ambre Dubois signe une nouvelle proche de la Féerie anglo-saxonne et des légendes celtiques. C’est très bien écrit et on s’immerge avec délice dans cette ambiance claire-obscure.

Autre chouchou de l’anthologie : « La toile de Liadan » de Lia Vilorë. Nombreuses références aux légendes celtiques et aux récits moyenâgeux dans cette nouvelle où demoiselles, chevaliers et amour courtois sont au programme. Là encore, un très beau texte où un chevalier se prend d’amour pour une Fée solitaire.

Enfin, cet anthologie se conclut par « Dame Astraea » d’Angelique Ferreira, une nouvelle aux échos de la « Petite Sirène » d’Andersen; une histoire émouvante où une fée est prête à tous les sacrifices pour sauver son prince des griffes d’une sorcière.

Dames de lune, Fées des brumes est une anthologie qui brille par la diversité de ses textes. Elle mixte parfaitement les textes d’auteurs plus ou moins connus, permettant de retrouver avec plaisir les uns et de découvrir avec curiosité les autres. Déjà conquise par la thématique avant d’entamer la lecture, j’ai été charmée par les différentes ambiances et histoires.

Dames de lune Fées des brumes, anthologie dirigée et illustrée par Cécile Guillot, éditions du Chat Noir, 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions du Chat Noir.

Comment sauver un vampire amoureux, tome 2

Nous avions laissé Jessica et Lucius heureux et mariés à la fin de Comment se débarrasser d’un vampire. Comment sauver un vampire amoureux débute quelques mois plus tard. Jessica doit s’imposer comme héritière du trône aux côtés de Lucius et apprendre à être reine. Malheureusement, cette tâche s’avère plus difficile que prévue : elle ne parle pas le roumain, elle ignore tout des us et coutumes de la cour vampire et est terrifiée par sa belle-famille. Les choses s’aggravent lorsque Lucius est accusé de meurtre et emprisonné.

L’originalité et l’humour du premier tome m’avaient touchée et je l’avais dévoré en quelques heures. Bien que cette suite se révèle assez prévisible, elle reste toujours aussi agréable à lire. Les vampires de Beth Fantaskey peuvent se montrer sombres, dangereux. Loin de l’attitude un peu frivole que l’on retrouvait par moment dans le premier tome, l’ambiance de Comment sauver un vampire amoureux est noire, sérieuse. Les côtés les plus dangereux et ténébreux de nos vampires sont révélés.

J’ai trouvé que les deux tomes s’enchaînaient parfaitement. L’histoire du « happy couple » reprend là où elle s’était arrêtée. Aux côtés de Jessica, nous découvrons la cour vampirique, comment elle fonctionne. La jeune femme est mise en lumière durant tout le tome, la vraie star, c’est elle. Avec Lucius de côté, elle révèle sa force de caractère, sa volonté. Elle n’hésite pas à prendre des décisions difficiles afin d’affirmer son autorité, malgré son évident manque de confiance en elle et sa fragilité au début du roman.

Un second tome assez réussi, même si j’ai préféré la fraîcheur et la découverte du premier tome des aventures de Jessica et Lucius. Toutefois, cette suite tient ses promesses et j’ai retrouvé avec un réel plaisir les personnages imaginés par Beth Fantaskey.

Comment sauver un vampire amoureux, Beth Fantaskey, éditions du Masque (Msk), 2011

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

La trilogie des Illumières, tome 1 : l’Eternéant

[l'Eternéant] : n.m. Monde situé entre la vie et la mort où se perdent les enfants sur la route de l’au-delà.

Après un accident de voiture auquel ils n’ont pas survécu, Nick et Allie se retrouvent coincés dans l’Eternéant, monde invisible situé à mi-chemin entre la vie et la mort. Cet univers, merveilleux et dangereux à la fois, suit ses propres règles : si les enfants ne prennent pas garde, ils finissent avalés par la terre, s’enfonçant sans fin dans ses entrailles jusqu’à attendre son coeur, où ils restent piégés jusqu’à la fin des temps. Dans l’Eternéant, les enfants sont condamnés à garder la même apparence pendant des siècles, mais s’ils n’y prennent pas garde, ils oublient tout de la vie qu’ils ont perdu, à commencer par leur nom.

La reine autoproclamée de ce royaume, Marie Tourcéleste, est l’une des rares adolescentes de l’Eternéant. Étrangement, les enfants sont les seuls à se perdre sur le chemin de l’Au-delà et Marie s’est donnée comme mission de veiller sur eux, leur trouvant un foyer dans l’un des rares immeubles ayant passé dans les limbes, les Twin Towers. Nick et Allie n’ont aucune envie de rester coincés dans cet entre-deux, et encore moins de rester dans le petit monde parfait qu’à créé Marie. Allie n’a qu’une idée en tête, retourner chez elle et retrouver sa famille, même s’il y a de très grandes chances pour qu’ils ne la voient pas. En effet, les créatures coincées dans ce monde deviennent des fantômes: les vivants ne peuvent ni les voir, ni les entendre et ils ne peuvent pas interagir avec le monde des vivants.

De Neal Shusterman, j’avais déjà lu les fragmentés, roman qui m’avait vraiment bouleversée. Avec l’Eternéant, premier tome de la trilogie des illumières, il plonge le lecteur dans une ambiance étrange aux relents de sa Majesté des Mouches et de Peter Pan. Ici, les enfants perdus, abandonnés, se regroupent et s’organisent en société. Certains choisissent de vivre autour de Marie, d’autres choisissent de semer la violence et la peur en jouant les gros durs. Pourtant il y a quelque chose que tous craignent: les monstres. Car en ce monde,  les légendes urbaines prennent vie et un nom fait trembler tous les enfants: le Mc Gill.

L’éternéant, Neal Shusterman, éditions du Masque (MsK), à paraître le 4 janvier 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions Le Masque.

Paradise

Une seconde d’inattention, une erreur, deux vies brisées. Condamné à un an de prison pour avoir renversé Maggie alors qu’il conduisait en état d’ivresse, Caleb rentre dans sa ville natale après avoir purgé sa peine. Maggie, quant-à elle, sort tout juste de l’hôpital après une longue rééducation. Les deux adolescents vont devoir réapprendre le train train quotidien, reprendre la route des cours et se réapproprier des gestes cent fois répétés.

Simone Elkeles signe avec Paradise l’histoire touchante de deux adolescents: deux points de vue alternés, celui de Maggie et celui de Caleb. L’un vient de passer un an en prison et vient d’être libéré de manière anticipée pour bonne conduite. L’autre a vu ses espoirs brisés par l’accident : sportive de haut niveau, elle doit maintenant réapprendre à marcher et enchaîne les opérations et les séances de rééducation. J’ai trouvé l’utilisation des points de vus alterné très intelligent: l’auteur partage ainsi les deux versions de l’histoire, de l’accident. A aucun moment elle ne juge, ni tente d’influencer le lecteur. Toutefois, cela reste de la fiction et on n’échappe pas à certains stéréotypes du côté des personnages secondaires.

Ce roman aborde des thématiques assez variées: sujets bateaux récurrents comme l’amour ou l’amitié, mais également sujets plus rares et difficiles à traiter comme l’abus d’alcool chez certains jeunes, la prison, la difficulté de se reconstruire, le handicap, le regard des autres et les réactions de la famille et des amis.

Ces deux gamins que tout opposent partagent finalement les mêmes peurs, les mêmes angoisses: celle de se croiser, celle de retourner en cours, celle du regard des autres. Tous deux ont peur d’avoir perdu l’amour de leurs proches. Toutefois, tous deux montrent un grand courage dans les épreuves qu’ils traversent, une force de caractère qui va les rapprocher.

Brisée psychologiquement et physiquement par l’accident, Maggie est étouffée par l’amour de sa mère, mais souffre cruellement du manque de présence de son père: celui-ci a en effet quitté le cocon familial et a fondé une autre famille. L’adolescente se sent responsable de ce départ, et le sport de haut niveau semblait être, à ses yeux, la seule chose capable d’attirer l’attention paternelle. Fragile et forte à la fois, elle n’a qu’un rêve, quitter la petite ville de Paradise pour aller étudier en Espagne. Mais, là encore, le destin lui joue des tours.

A sa sortie de prison, Caleb est touché par la superficialité de sa famille: ceux-ci ont changé et ne sont plus que les fantômes d’eux même. Sa soeur est devenue anorexique, sa mère prend pilule sur pilule pour garder le contrôle de sa vie et son père préfère ignorer la déchéance familiale. L’adolescent est dégoûté par les non-dits, par les faux-semblants. Il ne peut parler à personne de la prison, de son vécu pendant l’année écoulée.

Bizarrement, c’est une vieille dame excentrique qui va rapprocher ces deux âmes blessées, Mrs Reynolds. Celle-ci va être leur employeur durant quelques mois, et va effacer les rancunes et les peurs de chacun. Avec son côté gentille « Tatie Danielle », elle va donner une leçon de vie à nos deux jeunes héros et leur faire découvrir que les apparences sont parfois trompeuses.

Paradise se lit vite, très vite. Simone Elkeles, auteure reconnue de « teen romance » aux Etats-Unis, écrit plutôt bien. Pas beaucoup de descriptions, beaucoup de dialogues: elle met avant tout en relief les sentiments, les émotions, les pensées de ses personnages. Paradise est un double monologue sympathique qui devrait toucher le coeur de beaucoup d’adolescents.

Paradise, Simone Elkeles, éditions La Martinière Jeunesse (Fiction), à paraître le 12 janvier 2012

Cette lecture a été réalisée en Partenariat avec les éditions La Martinière Jeunesse.

L’herbier des fées

Aleksandr Bogdanovitch, imminent botaniste russe du siècle dernier parcourt le monde à la recherche de l’élixir d’immortalité pour le compte du Cabinet des sciences occultes de Raspoutine. Ses recherches le conduisent en Bretagne sur les terres de Merlin: dans la forêt légendaire de Brocéliande, le scientifique va faire une extraordinaire découverte qui va changer à jamais son existence.

Au texte: Sébastien Perez. Aux illustrations: Benjamin Lacombe. Voilà, tout est dit, je peux limite arrêter ma chronique ici. En effet, les deux compères réunis ont tendance à signer de véritables petits trésors (et ça marche aussi quand ils le font séparément !): Destins de chiens, la Funeste nuit d’ErnestGénéalogie d’une Sorcière ou Rossignol (que je n’ai pas encore chroniqué, mais ça ne serait tarder), c’est eux !

Avec l’herbier des fées, Sébastien et Benjamin touchent à la magie, chose qu’ils avaient déjà fait avec la petite sorcière et le grimoire de sorcière. Mais ici, et c’est une première, le sulfureux duo prend le chemin de Faërie et mène le lecteur à la rencontre de volubiles créatures ayant élu domicile dans les frondaisons bretonnes.

Alternant journal de bord, herbier, planches d’anatomie, échanges de lettres et photographies, l’herbier des fées nous fait partager les découvertes d’Aleksandr Bogdanovitch, homme obnubilé par ses recherches scientifiques qui va peu à peu ouvrir son esprit au monde invisible qui l’entoure et aux êtres féeriques qui le peuplent. Les fées sont végétales, aériennes, immanquablement liées à la plante qui les a vu naître. Elles se cachent aux yeux des humains, elles se cachent aux yeux du lecteur: il faut en effet souvent soulever une feuille ciselée ou un transparent pour pouvoir les admirer.

Avec l’herbier des fées, Sébastien Perez et Benjamin Lacombe signe un magnifique ouvrage qui devrait enchanter les plus petits comme les plus grands. J’ai trouvé leur vision des fées vraiment originale et poétique. Certains y verront un homme rongé par la solitude qui sombre lentement mais sûrement dans la folie et les hallucinations … je préfère pour ma part croire en une extraordinaire rencontre et un happy-end féerique. Ce livre est à la fois un herbier, un conte, une aventure extraordinaire. C’est un très beau livre-objet que l’on prend plaisir à admirer sous toutes les coutures.

Le site du livre : herbierdesfees.com

L’herbier des fées, Benjamin Lacombe, Sébastien Perez, éditions Albin Michel, 2011

© Toutes les images Copyright Benjamin Lacombe/ Sébastien Perez/ éditions Albin Michel

Gothic Faërie

Moire est l’ultime représentante des créatures féeriques dans notre monde. Alors que le Petit Peuple et les Belles Dames ont choisi de passer dans l’Outremonde pour fuir une nature envahie et transformée par les humains, la jeune fée a décidé de rester près de celui qu’elle aime. Malheureusement, les hommes ne sont pas éternels et Moire se retrouve bientôt seule dans un monde hostile où toute magie a disparu. Durant des siècles, l’esprit de la nature va côtoyer les hommes et vivre dans leur ombre … jusqu’au jour où, enfin, elle va retrouver celui qu’elle aime tant.

De Séverine Pineaux, on connaissait déjà la peintre, l’illustratrice, l’auteure. Avec Gothic Faërie, on découvre une nouvelle facette de l’artiste, puisque la grande dame se fait aussi conteuse, diseuse d’histoire. Aux côtés de Moire, le lecteur est plongé dans un monde sombre, mourant, mais néanmoins gorgé d’espoir. Sur les pas de la fée, la magie et la nature reprennent leurs droits, mais les rumeurs de la guerre et des machines l’obligent à fuir vers un monde nouveau au delà de la mer et à se cacher dans une ville aux hautes tours qui touchent le ciel.

Cette histoire, ce n’est pas la fée qui nous la rapporte, mais son journal, son fidèle confident. L’être de papier, genèse d’une créature fabuleuse, nous rapporte la légende de la dernière fée ayant foulé la Terre des hommes.

Ceux, qui comme moi, se sont émerveillés en parcourant les deux tomes d’Ysambre  retrouveront avec émotion l’univers des hommes-arbres de Séverine. Entre feuillages et rouages, l’artiste tisse un monde où se mêlent magie et essence steampunk et entraîne le lecteur à travers les mondes et époques … un voyage plein de poésie, de délicatesse et de beauté à entreprendre sans hésiter.

Gothic Faërie, Séverine Pineaux, postface de Pierre Dubois, éditions Au Bord des Continents, 2011

© Toutes les images Copyright Séverine Pineaux / éditions Au Bord des Continents