Sur le fleuve

Au temps des conquistadors, un groupe d’aventuriers se lance sur les traces d’El Dorado, cité située quelque part sur le fleuve Amazone. Entièrement faite d’or selon les croyances, ils sont prêts à tout pour s’emparer du pactole, même à condamner un groupe d’hommes à une mort certaine. Entre superstitions et dangers réels, espagnols et serviteurs locaux se frottent aux dangers du fleuve.

Première rencontre avec la plume de Léo Henry et Jacques Mucchielli : bilan plutôt positif avec un goût de retournes-y pour ce court roman de 119 pages. J’ai été portée par l’ambiance particulière de ce roman. Le vrai héros de ce roman, ce n’est pas le groupe d’inconscients qui se font d’ailleurs dégommer les uns après les autres, ni Petit Frère, cet esprit primaire qui s’est juré de punir l’intrusion des cupides hommes blancs. Non, le personnage principal, c’est le fleuve. Omniprésent tout au long du roman, il s’immisce dans les pensées des protagonistes, se lovant autour de leurs peurs les plus primaires. Sous le calme plat de ce serpent fluvial se cache une angoisse permanente, tant pour le groupe d’hommes que pour le lecteur et une simple question : les cités d’or existent-elles vraiment ?

Sur le fleuve, Léo Henry, Jacques Mucchielli, éditions Dystopia (Numérique), 2012

Le Sidh, tome 1 : âmes de verre

Sous la ville de Lille se cache un monde insoupçonné. Créatures monstrueuses y pullulent, monstres nés des entrailles des ténèbres, les Daedalos. Certaines d’entre elles montent à la surface et s’attaquent aux êtres humains, semant la mort sur leur passage. Pourtant, les humains les ignorent, car ces êtres surnaturels restent invisibles à leurs yeux. Sont-ils pourtant totalement sans défense contre ce danger omniprésent ? Pas tout à fait. Certains d’entre eux sont doués de la Vue, on les appelle les Eveillés. Seul rempart contre l’espèce féerique, ils mènent une guerre millénaire prenant ses racines dans l’âge de fer.

Waouh ! Belle claque que Âmes de verre. Anthelme Hauchecorne nous offre un univers extrêmement riche, foisonnant de créatures issues des légendes celtiques et de la mythologie féerique. Toutefois, point de paillettes, ni de marraine la fée dans ce premier opus : nous pénétrons de plain-pied dans un macrocosme glauque et violent où la mort règne en maîtresse absolue.

Ce monde, nous le découvrons principalement à travers les yeux de deux Eveillés, deux humains qui ont reçu le don de la Vue, à leur grand désespoir : Camille est une jeune femme paumée. Recueillie par la Vigie, communauté d’Eveillés œuvrant pour la protection des humains, elle cherche à retrouver ce que les Daedalos lui ont volée, son enfant nouveau-né. Vincent est enseignant. Sa femme et sa fille ont été massacrées par les Daedalos. Dirigé par une vengeance aveuglante, il est prêt à tout pour retrouver et détruire le coupable, même pactiser avec l’ennemi. Le destin va évidemment réunir les deux anti-héros, lancés sur les traces d’une oeuvre musicale méphistophélique, le Requiem du Dehors.

Âmes de verre est également un voyage initiatique pour le lecteur : entre deux mésaventures de Camille et Vincent, le bibliophage avisé parcourt le Codex Metropolis, oeuvre majeure des Éveillés les plus érudits, les Pilliers. Fondateurs de la Vigie, ils promulguent conseils et mises en garde contre les Daedalos, ou les Streums comme certains les surnomment. Deux tendances se dégagent : celle des Intellos, Eveillés animés d’une curiosité insatiable face aux créatures surnaturelles et les Cogneurs, qui comme leur surnom l’indique, fonce dans le tas et pose les questions ensuite.

En lisant Âmes de verre, je me suis immergée dans un folklore riche et passionnant, proche de la mythologie celtique. Si vous avez aimé des romans comme Faërie de Feist ou Roi du matin, Reine du jour de McDonald, foncez !

Âmes de verre, Anthelme Hauchecorne, éditions Midgard, 2013

Phaenix, tome 2 : le brasier des souvenirs

Nous retrouvons Anaïa là où nous l’avions quittée à la fin du premier tome : la jeune femme a choisi Enry et le beau Eidan, blessé, a choisi de quitter la France. Des rêves troublants hantent les nuits de l’héroïne et un mystérieux visiteur nocturne lui laisse des messages à travers des paroles de chansons. Pour répondre à ses questions, Anaïa doit fouiller son passé et se souvenir. Mais se souvenir de quoi ?

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume de Carina Rozenfeld et les aventures extraordinaires de la jeune héroïne, Anaïa. C’est une jeune femme plus sûre d’elle que nous retrouvons ici : prête à tout pour retrouver Eidan, dont elle soupçonne l’importante place qu’il occupait dans sa vie antérieure, elle se lance à corps perdu dans une quête identitaire qui prend racine dans les siècles passés.

Ce second tome du dyptique Phaenix éclaire le lecteur sur de nombreux points obscurs : rôle du phaenix, vies antérieures d’Anaïa, raisons de son amnésie et relations avec Enry et Eidan. C’est également le quotidien d’une jeune femme normale que nous partageons ; étudiante passionnée par le théâtre et la musique qui va en cours et s’amuse avec sa famille et ses amis. Une fois encore, ceux-ci tiennent une place importante dans l’intrigue. Très présents, que se soient dans la vie réelle ou virtuelle, ils accompagnent Anaïa dans certains choix difficiles, tout en ignorant son identité secrète. J’ai trouvé que Carina Rozenfeld avait trouvé le dosage parfait entre fantastique, quotidien et romance. Sans tomber dans les clichés des amours adolescents, elle offre une histoire sensible et forte à l’atmosphère envoûtante.

La musique est une fois de plus au coeur de l’histoire : sur fond de chansons de Sade, Archive ou Sia, c’est une véritable playlist qui rythme l’histoire d’ Anaïa et Eidan. Celle-ci n’accompagne pas seulement le roman, elle le complète et transmet des messages entre les protagonistes, insufflant au roman un univers riche et original.

Phaenix est un diptyque que j’ai adoré suivre : histoire d’amour, amitiés et trahisons allient  éléments fantastiques pour former un mélange explosif, le tout serti par la magnifique écriture de Carina Rozenfeld. J’en redemande.

Phaenix, tome 2 : le brasier des souvenirs, Carina Rozenfeld, éditions Robert Laffont (R),  2013

Rose Morte, tome 1 : la floraison

France, fin du XVIe siècle. Eileen est une jeune aristocrate anglaise réfugiée en France avec sa famille. Femme forte et libre, elle refuse tous les courtisans qui se présentent à sa porte. Toutefois, au bord de la faillite, son père la met au pied du mur et lui impose un prétendant. En faisant tout pour se soustraire à cette nouvelle obligation, la jeune femme fait la connaissance d’Artus de Janlys, un mystérieux comte qui l’entraîne dans un univers semé de dangers dont elle ne soupçonnait pas l’existence.

Sur fond de roman historique, Céline Landressie plonge le lecteur dans une histoire d’amour fantastique. A la tête de celle-ci, Eileen, jeune femme à la chevelure de feu et au caractère bien trempé. Loin d’être soumise à l’étiquette comme ses consœurs, Eileen ne souhaite faire qu’un mariage d’amour, et ce contre l’avis de ses parents, aristocrates anglais ayant fuient l’Angleterre Élisabéthaine quelques années plus tôt.

Pas vraiment de surprise quand au caractère surnaturel d’Artus de Janlys, surtout lorsqu’on découvre au bout de quelques pages que celui-ci ne sort qu’à la tombée de la nuit. Céline Landressie dépeint cette créature avec toutes les forces et faiblesses qui lui sont souvent attribuées. Le comte est un homme jeune, séduisant et mystérieux qui a choisi Eileen comme compagne. Tous deux se lancent sur les traces d’un assassin qui a sévit dans l’entourage de la jeune femme : à l’aspect fantastique et historique du roman s’ajoute une enquête au coeur de l’aristocratie parisienne.

Difficile de lâcher ce premier tome de Rose Morte : j’ai particulièrement aimé l’aspect historique du roman qui immerge le lecteur dans une époque frappée par les guerres de religion. L’esprit libertaire de la jeune Eileen m’a toutefois semblée parfois un peu trop marqué pour l’époque. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme reste une héroïne forte qui prend son destin en main et dont on se plaît à suivre les aventures !

Rose Morte, tome 1 : la floraison, Céline Landressie, éditions de l’Homme Sans Nom, 2012

Ferrailleurs des mers

Etats-Unis, fin du XXIe siècle. Dans un bidonville de Louisiane, Nailer, un jeune ferrailleur, dépouille avec d’autres adolescents les carcasses de vieux pétroliers. Après une puissante tempête, Nailer découvre un bateau échoué sur les rochers. A l’intérieur de celui-ci : des matériaux rares, des objets précieux et une jeune fille, plus morte que vive. Que faire ? Achever la demoiselle en détresse et partir avec le trésor ou sauver celle-ci et l’aider à retrouver sa famille ? Dilemme.

Gros coup de coeur pour Ferrailleurs des mers. Sur fond de violences sociales, Paolo Bacigalupi signe un roman d’anticipation post-pétrole où la plupart des pays du monde ont plongé dans la pauvreté. Les habitants sont réduits à fouiller les carcasses des pétroliers afin d’en extraire les matériaux de valeur. Ferrailleur des mers, un métier dangereux où beaucoup ont laissé un membre, ou pire la vie.

Nailer est membre d’une équipe de ferrailleur. Poids plume, il se faufile dans le noir dans les conduits les plus étroits afin de trouver le précieux cuivre qui lui rapportera à peine de quoi se nourrir. Lors d’une exploration, il tombe dans une poche de pétrole et arrive miraculeusement à s’en sortir, ce qui lui vaut le surnom de Lucky boy. A travers lui, le lecteur découvre un peuple baigné par les croyances et les traditions du sud des Etats-Unis. Un peuple qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut jadis : les plus grosses villes sont maintenant sous les flots et les habitants sont regroupés dans des bidonvilles où seule la loi du plus fort prévaut. Nailer rêve d’échapper à cette vie, de partir loin de son père, homme drogué et violent, et d’explorer les lointaines contrées maritimes.

Premier tome d’un dyptique dont la suite paraîtra en novembre sous le titre les Cités engloutiesFerrailleurs des mers est un roman d’aventure passionnant qu’on ne lâche pas. Sous la houlette d’un héros téméraire et courageux, on est plongé de plain-pied dans le monde violent et dangereux de la piraterie. Un univers saisissant et original qui a été récompensé par le National Book award aux Etats-Unis.

Ferrailleurs des mers, Paolo Bacigalupi, éditions Au Diable Vauvert, à paraître le 19 avril 2013

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